À Mayotte, le tourisme tente de reprendre son souffle. Après Chido, alors que l’île reste confrontée à l’insécurité, aux difficultés de déplacement et à des infrastructures encore fragiles, le Salon du tourisme revient pour sa 12e édition avec une ambition plus large. : faire découvrir l’offre locale, soutenir les professionnels et, surtout, donner aux habitants l’envie de profiter de leur propre territoire.

« On revient de loin », confie Michel Madi, avant l’ouverture du Salon du tourisme et des loisirs

À Mayotte, le tourisme tente de reprendre son souffle. Après Chido, alors que l’île reste confrontée à l’insécurité, aux difficultés de déplacement et à des infrastructures encore fragiles, le Salon du tourisme revient pour sa 12e édition avec une ambition plus large. : faire découvrir l’offre locale, soutenir les professionnels et, surtout, donner aux habitants l’envie de profiter de leur propre territoire.

Il fait très chaud, ce jeudi 10 septembre, sur la place de la République. Des ouvriers s’affairent sous les chapiteaux, des voitures vont et viennent, les plantes sont installées, la musique accompagne les derniers préparatifs. Les décorations prennent forme au milieu du ballet des équipes. Tout est presque prêt pour accueillir le public.

Pendant trois jours, le Salon du tourisme entend faire la démonstration d’une Mayotte qui travaille, qui entreprend et qui veut continuer à avancer après Chido. Pour sa 12ème édition, l’événement mise aussi sur ceux qui vivent ici, avec l’idée de leur donner envie de découvrir autrement leur propre territoire.

Faire profiter Mayotte à ceux qui y vivent

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Des véhicules arrivent pour livrer le matériel nécessaire au Salon du tourisme, tandis qu’exposants et ouvriers s’attèlent aux préparatifs. Mathilde HANGARD / JDM

La scène a quelque chose de réjouissant. Pas de grand discours encore, seulement cette agitation familière des heures qui précèdent l’ouverture. Chacun s’affaire à son poste pour que le Salon puisse ouvrir ses portes. Et il y aura beaucoup à voir. L’événement rassemble cette année 145 exposants, contre 95 en 2025, avec 113 chapiteaux répartis dans quinze espaces thématiques. Hôteliers, opérateurs nautiques, artisans, offices de tourisme, acteurs de l’environnement et institutions ont répondu présents.

Pour Michel Madi, directeur de l’Agence d’attractivité et de développement touristique de Mayotte (AaDTM), cette rencontre doit d’abord permettre aux habitants de mieux connaître l’offre qui existe sur l’île. « C’est la 12ème édition de ce Salon. Il fallait qu’il y ait une rencontre entre l’offre sur place et les résidents pour encourager la consommation du tourisme par les résidents directement », explique-t-il lors d’une rencontre avec la presse.

L’ambition tient presque dans une scène de vie ordinaire. Sortir avec ses proches, déjeuner quelque part, découvrir une activité, passer une journée ailleurs. « L’idée était de proposer un moment, une sortie entre amis, en famille, pour se promener, déjeuner sur place », poursuit-il. Le Salon s’adresse donc autant aux professionnels qu’au public. Et pour attirer les familles, les organisateurs ont pensé aux plus jeunes, avec des poneys et des châteaux gonflables. Une façon de rappeler que le tourisme ne se résume pas aux hôtels et aux excursions en mer. Cette édition marque aussi une montée en puissance de l’événement. « Cette année, on a vu les choses en très très grand », reconnaît Michel Madi.

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Un homme travaille sur une échelle sous un stand place de la République, à Mamoudzou, le 10 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

Mais cette démesure apparente repose sur une réalité économique très concrète. Une soixantaine d’entreprises ont été mobilisées pour préparer le rendez-vous, entre la scène, l’électrification du site, les décorations, les travaux et la restauration. « C’est aussi un levier économique », insiste le directeur de l’AaDTM. L’organisation a été assurée entièrement en interne, sans société d’événementiel. Les équipes de l’agence ont été mobilisées depuis plusieurs jours avec les partenaires du territoire. « Depuis samedi dernier, toutes mes équipes sont sur le terrain », dit Michel Madi.

L’an dernier, 11.000 personnes avaient fréquenté le Salon. L’agence espère cette fois doubler, voire tripler la fréquentation. Au-delà du nombre de visiteurs, le pari est de faire du tourisme une activité que les habitants puissent davantage s’approprier. Des moments simples, mais qui prennent une dimension particulière, sur une île encore marquée par le souvenir du cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024.

Après Chido, le temps de se faire du bien

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Michel Madi, le directeur de l’AaDTM, sous un stand, à quelques heures de l’ouverture de l’édition. Mathilde HANGARD / JDM

Cette année, le Salon a choisi de mettre le bien-être à l’honneur. Un thème qui, à première vue, pourrait sembler éloigné des préoccupations les plus urgentes de l’île. Pourtant, derrière les massages, les soins et les projets de spa, une nouvelle offre touristique commence à se dessiner. À Bandrélé, le Jade Hotel & Spa en est déjà l’un des exemples, tout comme plusieurs entreprises qui proposent des massages traditionnels. Des initiatives encore peu connues que le Salon entend justement mettre en lumière. « C’est un espace de visibilité », explique Michel Madi.

L’objectif est aussi de faire émerger une véritable activité économique. À l’hôtel Sakouli, un projet de massages est en réflexion. Dans le sud de l’île, un projet de spa est également à l’étude. Reste à composer avec les réalités du territoire et ses contraintes, comme la crise de l’eau, qui peut encore freiner les ambitions de certains porteurs de projets.

Pour Michel Madi, la demande, elle, ne fait pas vraiment de doute. « Il y a une demande de la population », affirme-t-il. À terme, il imagine une offre qui s’appuierait davantage sur les savoirs traditionnels, les plantes et les pratiques déjà présentes à Mayotte. Avec l’espoir d’en faire « un vrai filon économique ». 

Mais le choix du bien-être ne répond pas seulement à une logique de marché. Il dit aussi quelque chose de l’état de l’île. Plus d’un an et demi après Chido, les premiers mois ont surtout été consacrés à réparer ce qui avait été détruit. Les toits, les routes, les réseaux, les bâtiments. Tout ce qui se voit. La question de ce que les habitants avaient traversé, elle, a été plus difficile à prendre en compte. « Après le cyclone Chido, cet élément-là psychologique, on ne s’en est pas préoccupé », reconnaît Michel Madi.

C’est là que le tourisme peut prendre un autre sens. Non plus seulement partir à la découverte de l’île, réserver une activité ou passer une nuit dans un hôtel, mais simplement s’accorder du temps. Sortir, respirer, se retrouver, prendre soin de soi. Des gestes ordinaires qui, après une telle épreuve, ne le sont peut-être plus tout à fait.

Michel Madi se souvient d’une phrase entendue lors de l’édition précédente. Quelqu’un lui avait dit que le Salon permettait, à sa manière, de « soigner Chido ». Cette année, il reprend cette idée autrement, comme une invitation à tourner doucement la page. « L’an dernier, on m’a fait remarquer que cet événement permettait de soigner Chido. Cette année, on peut vraiment prendre le temps de se faire du bien », dit-il, les yeux brouillés.

Malgré les obstacles, certains projets avancent

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Un camion chargé de meubles, dont des fauteuils en osier, arrive sur le site du Salon. Mathilde HANGARD / JDM

Faire grandir le tourisme suppose aussi de regarder en face ce qui, à Mayotte, continue de compliquer les choses. Entre novembre 2025 et février 2026, l’AaDTM a mené une enquête auprès des habitants des cinq territoires intercommunaux. En ligne comme en face-à-face, l’agence a cherché à mieux comprendre les habitudes, les attentes et les freins aux sorties et aux activités touristiques.

L’enquête a voulu prendre en compte la diversité de la population de l’île, des Mahorais aux Réunionnais, Comoriens et Malgaches, en passant par les métropolitains et la communauté internationale. Deux difficultés vécues sur l’île, ont été souvent mises en avant par les personnes sondées  reviennent particulièrement dans les réponses, que sont l’insécurité et les déplacements.

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Vue d’ensemble des stands encore vides du Salon du tourisme et des loisirs, à la veille de l’ouverture de l’événement, le 10 septembre 2026, en milieu de journée. Mathilde HANGARD / JDM

Sur ce dernier point, Michel Madi voit notamment dans les taxis, un partenaire possible pour faciliter l’accès aux différents sites. L’agence ne peut pas agir directement sur les tarifs, mais elle entend travailler avec les professionnels sur la qualité des prestations. « On sait qu’il y a de nombreux freins sur l’île par rapport au développement touristique », reconnaît-il.

Pour autant, pas question d’attendre que tous les problèmes soient réglés pour agir. « Il faut se rendre compte que des gens vivent sur cette île, et nous devons composer avec ces difficultés en proposant des opportunités pour les atténuer ». Les infrastructures sont évidemment au cœur de cette équation. Mayotte multiplie aujourd’hui les chantiers, mais leur achèvement prendra beaucoup de temps. « On voit bien que Mayotte est en ébullition en ce moment en termes d’infrastructures », observe Michel Madi. « On n’attend pas que les choses soient terminées pour mettre en place des choses ». 

Port de Mamoudzou : « Les engagements du Département n’ont pas été tenus » 

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Une épave gisant dans le lagon dans la baie de Mamoudzou, le 7 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

L’état actuel du port de plaisance de Mamoudzou témoigne notamment de cette urgence de remettre à flot ce qui stagne depuis Chido. Les professionnels du nautisme travaillent dans des conditions rudes, avec des installations dégradées qui compliquent leur quotidien. Pour préserver la saison des croisières, l’AaDTM avait bataillé pour obtenir un ponton provisoire. « On a bataillé très dur pour avoir un ponton d’urgence, sinon on allait rater toute la saison des croisières après le cyclone Chido », rappelle Michel Madi.

Le directeur de l’agence dit mesurer la lassitude des professionnels qu’il rencontre régulièrement. « Je comprends totalement le quotidien des opérateurs nautiques qui sont adhérents chez nous, personnellement je les vois tous les matins de ma fenêtre dans cette difficulté-là », explique-t-il. Et sur les engagements pris par le Département-Région, son constat est direct : « Les engagements qui ont été pris au départ par le Département n’ont pas été tenus ».

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Chaque matin, les professionnels du milieu nautique descendent une digue écroulée à pieds pour rejoindre leurs embarcations à la nage ou en kayak. Mathilde Hangard / JDM

L’AaDTM n’a pas la main sur l’ensemble du dossier, mais continue de pousser pour des améliorations concrètes, notamment pour sécuriser le site. Un ponton en Petite-Terre est espéré avant la fin de 2026. Celui de la Croisette demandera davantage de temps.

Ces difficultés n’empêchent pas, pour autant, les projets de se dessiner. Sur le front de mer de Mamoudzou, un hôtel quatre étoiles de soixante chambres pourrait ouvrir en 2028. En Petite-Terre, un autre complexe hôtelier quatre étoiles est envisagé à proximité de l’hôpital Martial-Henry. Dans le sud, la deuxième phase du Jardin Maoré doit également venir renforcer l’offre existante.

D’autres projets concernent des lieux plus ouverts au public, avec la requalification du parc Mahabou ou encore le jardin botanique de Coconi. Autant de pistes pour diversifier les endroits où l’on peut se promener, découvrir et prendre le temps de rester. « Ce sont des signaux positifs », estime Michel Madi.

Le contexte demeure néanmoins, encore fragile. Les besoins de reconstruction se sont ajoutés aux difficultés déjà présentes et les priorités se sont multipliées. « Les priorités se sont accentuées », reconnaît-il. Mais le tourisme reste dans la feuille de route.

L’an dernier, 11.000 visiteurs avaient fait le déplacement. Cette année, l’AaDTM espère doubler, voire tripler la fréquentation. Au-delà des chiffres, l’événement cherche surtout à encourager des moments simples pour les habitants de l’île. Le tourisme ne réglera ni l’insécurité, ni la crise de l’eau, ni les difficultés d’infrastructures. Mais il peut remettre du mouvement, faire connaître l’île autrement et, peut-être, redonner un peu envie d’y croire.

« On revient de loin », conclut Michel Madi. Une phrase qui dit le chemin parcouru, mais surtout la possibilité de regarder collectivement devant soi.

Mathilde Hangard

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