C'est désormais le nouveau chiffre de référence. L'Insee a dévoilé ce mardi les premiers résultats du recensement exhaustif de la population. Au 1er janvier 2026, Mayotte comptait 323.153 habitants. Une hausse de 26 % en neuf ans qui confirme le dynamisme démographique de l'île, tout en battant en brèche les estimations les plus élevées qui circulaient dans le débat public.

Recensement : Mayotte compte officiellement 323.153 habitants

C'est désormais le nouveau chiffre de référence. L'Insee a dévoilé ce mardi les premiers résultats du recensement exhaustif de la population. Au 1er janvier 2026, Mayotte comptait 323.153 habitants. Une hausse de 26 % en neuf ans qui confirme le dynamisme démographique de l'île, tout en battant en brèche les estimations les plus élevées qui circulaient dans le débat public.

Depuis le précédent recensement, réalisé en 2017, l’île a gagné près de 66.600 habitants, soit une progression de 26 %. Avec une croissance annuelle moyenne de 2,8 %, Mayotte demeure le département français à la plus forte croissance démographique. La population a tout simplement doublé depuis 2002 et le territoire possède une densité de 860 habitants/km2.

Très attendus depuis plusieurs mois, ces résultats serviront de base aux politiques publiques, au calcul des financements de l’État comme la dotation globale de fonctionnement (DGF) ou encore à la représentation politique du territoire. Ils apportent également une réponse statistique à un débat qui agite Mayotte depuis des années : combien d’habitants vivent réellement sur l’île ?

Une croissance due aux naissances, pas aux migrations

Contrairement à une idée largement répandue, cette hausse ne s’explique pas par un afflux migratoire massif. L’Insee indique au contraire que le solde migratoire est redevenu légèrement négatif entre 2017 et 2026, avec environ 800 départs de plus que d’arrivées chaque année.

Les départs vers l’Hexagone et La Réunion compensent en effet les nouvelles arrivées. Selon l’Insee, près de 43.000 personnes ont quitté Mayotte entre 2017 et 2025 pour s’installer dans un autre département français, dont environ la moitié sur l’île Bourbon.

La croissance de la population s’explique donc exclusivement par un solde naturel très positif, c’est-à-dire la différence entre les naissances et les décès. Avec un indice de fécondité stable de 3,5 enfants par femme et une population particulièrement jeune.

« Les chiffres qu’on entend souvent sont fantasmés »

Ces résultats contredisent les estimations les plus élevées avancées ces dernières années dans le débat public. Certains responsables politiques évoquaient, eux, une population de 450.000, voire 500.000 habitants, bien au-delà des 323.153 recensés officiellement par l’Insee.

Pierre Greffet directeur interrégionnal de l’Insee La Réunion-Mayotte, lors de la conférence de presse sur le dernier recensement à Mayotte. Léo Vignal / JDM

Le directeur interrégional de l’Insee La Réunion-Mayotte, Pierre Greffet, affirme que les données récoltées ont été soumises à de nombreuses vérifications. « On a challengé nos chiffres, on n’est pas resté dans notre bulle », explique-t-il, « on a entendu les personnes qui contestent les chiffres mais les chiffres qu’on entend souvent sont fantasmés ».

Pour consolider ses estimations, l’Insee ne s’est pas limité au travail de terrain. Les statisticiens ont confronté leurs résultats à plusieurs indicateurs. Ils ont notamment comparé le nombre d’enfants qu’ils avaient recensés, soit 109.700 jeunes de 3 à 15 ans, aux 103.900 élèves scolarisés de la même tranche d’âge. Un résultat également conforté par les données des Douanes relatives aux importations de riz, jugé cohérent avec la population estimée.

Pour l’institut, une population sensiblement plus élevée ne serait tout simplement pas compatible avec ces différents indicateurs. En effet, si la population était, comme certains le disent, de 400.000 habitants, le taux de fécondité serait de moins de 3 enfants par femme. « Ce n’est pas crédible », tranche Pierre Greffet.

Une opération hors norme

L’agent Nouriati sur le terrain, recensant une maison de fortune.

cidé quelques semaines après le passage du cyclone Chido, et inscrit dans la loi pour la refondation de Mayotte, ce recensement exhaustif répondait à une demande du Gouvernement. Pendant plus d’un an, l’Insee et les communes ont déployé un dispositif inédit.

Une cartographie complète des logements a d’abord été réalisée entre avril et août 2025, avant d’être validée par les 17 communes. Le porte-à-porte, l’exploitation d’images aériennes et l’intelligence artificielle ont permis d’identifier près de 70.000 bâtiments à usage d’habitation.

La collecte, organisée du 27 novembre 2025 au 24 janvier 2026, a mobilisé 700 agents recenseurs, 75 coordonnateurs communaux et huit agents de l’Insee. Les enquêteurs se sont rendus dans tous les quartiers, y compris dans les habitats « informels », insiste le directeur interrégional de l’Insee La Réunion-Mayotte.

Au final, seuls 3 % des logements n’ont pas pu être recensés, un taux inférieur à la moyenne nationale de 4 %. « Les Mahorais ont été très réceptifs », souligne Pierre Greffet.

Des évolutions très hétérogènes selon les communes

La croissance démographique est loin d’être uniforme sur le territoire. À Mamoudzou, chef-lieu du département, la population continue de croître rapidement, avec une hausse moyenne de 3,4 % par an.

Mais les plus fortes dynamiques se concentrent toutefois dans l’ouest de l’île. Mtsamboro affiche une croissance annuelle de 5 %, M’Tsangamouji de 7,7 %, tandis que Chiconi enregistre la progression la plus spectaculaire avec 8,6 % de croissance par an, sa population a pratiquement doublé depuis 2017.

Des conséquences financières et politiques

Au-delà de la photographie démographique, ce nouveau chiffre aura des conséquences très concrètes. La population officielle sert notamment au calcul de la dotation globale de fonctionnement versée par l’État aux communes. « S’il y a plus de gens, il y a plus d’argent », résume Pierre Greffet.

Ces données influencent également les règles de représentation politique. Le franchissement de certains seuils démographiques peut modifier la composition des conseils municipaux ou le nombre de représentants au niveau national.

À Mamoudzou, la progression est particulièrement marquée, la commune passe de 71.400 habitants en 2017 à 94.600 aujourd’hui, et devient ainsi la 3e commune la plus peuplée des Outre-mer. Elle se rapproche ainsi du seuil des 100.000 habitants, qui pourrait lui permettre d’obtenir un représentant national supplémentaire. « Pour la vie politique locale, il y a plein d’enjeux autour de ce chiffre », rappelle le directeur interrégional de l’Insee La Réunion-Mayotte.

Un portrait plus complet de Mayotte d’ici la fin de l’année

La publication de ce chiffre n’est qu’une première étape. D’ici la fin de l’année, l’Insee publiera une analyse détaillée des caractéristiques démographiques du territoire ainsi qu’un décret authentifiant la population de Mayotte.

Seront notamment dévoilées la structure par âge, la proportion d’étrangers, la part du bâti en tôle ou encore d’autres indicateurs destinés à éclairer les transformations démographiques de Mayotte.

À plus long terme, l’Insee souhaite désormais rapprocher Mayotte du droit commun en mettant en place un recensement annuel, comme dans les autres départements français. L’objectif est de disposer de données régulièrement actualisées sur le territoire dont la population évolue plus vite que partout ailleurs en France.

Joséphine Puig

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