Les violences survenues à la mi-juin ont marqué un tournant pour la commune de Ouangani. Pendant plusieurs jours, le village a été le théâtre d’affrontements impliquant des bandes rivales. Le mardi 16 juin, une trentaine d’individus armés de machettes ont pénétré en plein cœur de la localité, s’en prenant à des commerces et à des habitants. L’école élémentaire a également été visée par des jets de pierres lors de ces affrontements.

Le lendemain, le 17 juin, le maire de la commune, Issoufi Madi, dressait un constat préoccupant sur le plateau de Mayotte La 1ère. Il évoquait notamment « une nouvelle forme de délinquance », liée selon lui à des groupes extérieurs circulant sur le territoire, rendant plus difficile la maîtrise des phénomènes de violence à l’échelle locale.
Il mettait aussi en garde contre le risque de voir certains habitants céder à la tentation de se faire justice eux-mêmes, appelant au maintien du cadre républicain, tout en rappelant que les troubles à l’ordre public relèvent des compétences de l’État, la commune n’ayant selon lui qu’un rôle de prévention et de sensibilisation. L’élu alertait également sur la multiplication des points de tension et la nécessité de renforcer la coordination entre les acteurs concernés.
Réunir tous les acteurs pour des actions coordonnées
Un appel à la coordination qui s’est concrétisé ce lundi 30 juin avec le lancement officiel d’un Groupe de partenariat opérationnel (GPO). Piloté par la préfecture, ce dispositif réunit autour d’une même table les différents acteurs concernés par les questions de sécurité et de prévention, parmi lesquels la gendarmerie, le rectorat, les directions du collège de Ouangani et du lycée de Kahani, les services de l’État, les représentants de la commune, ainsi que d’autres acteurs locaux mais aussi les représentants de la population.
« Le but est de renforcer la lutte contre la délinquance en réunissant tous les acteurs afin de mieux se coordonner, notamment pour agir plus rapidement face aux violences du quotidien », explique Anfina Dalali, adjointe au maire de Ouangani chargée de la sécurité. « L’idée est que chacun connaisse précisément son champ d’action et son rôle, à travers des priorités définies et un plan d’action établi pour une période donnée ».
Pour l’élue, l’implication des habitants constitue également un maillon essentiel du dispositif. « Les représentants des différents villages permettront de faire remonter la parole de la population lors des réunions. On n’arrivera pas à lutter contre l’insécurité sans la population », insiste-t-elle.
Dans cette volonté d’associer davantage les habitants, la commune a également mis en place, le 13 juin dernier, un conseil des droits et des devoirs. Cette instance permet de convoquer les représentants légaux de jeunes concernés afin de rappeler le cadre des règles en vigueur et les obligations des familles, dans une logique de responsabilisation des parents.
À l’issue de cette première réunion, deux axes de travail ont été retenus : la lutte contre la vente de produits illicites et celle contre les rixes entre jeunes délinquants. « Les vacances approchent et il y aura davantage de monde sur la voie publique. Ces priorités permettront aussi de préparer la prochaine rentrée scolaire », poursuit l’adjointe.
Renforcer l’action et la visibilité des forces de l’ordre
Pour la municipalité, ce GPO doit également permettre d’améliorer la coordination avec les forces de l’ordre. « L’intrusion de jeunes venus d’autres villages, notamment à bord de camionnettes, rend la situation de plus en plus compliquée », observe l’adjointe.

« Si la Ville de Ouangani a souhaité mettre en place un GPO, c’est aussi parce que nous avions jusqu’à présent peu de visibilité sur l’action de la gendarmerie dans nos villages. Les patrouilles et les rondes n’étaient pas toujours perçues par la population. On s’attend à en voir davantage grâce au GPO, c’est important. On a réellement besoin de cet outil de coordination, il faut agir tous ensemble ».
Une nouvelle réunion du Groupe de partenariat opérationnel est d’ores et déjà programmée dans une quinzaine de jours. Le dispositif pourra toutefois être réuni de manière exceptionnelle à la demande de la municipalité si la situation l’exige, notamment en cas de nouveaux incidents.
Plusieurs autres communes ont déjà activé des GPO, notamment Koungou, Miréréni-Combani, Dembéni-Iloni, Tsoundzou, Petite-Terre. Ces dispositifs visent à mieux cibler les actions et à fluidifier la circulation de l’information entre partenaires, et s’ils sont régulièrement mis en avant par les autorités locales comme un moyen de renforcer la réponse opérationnelle, leurs effets restent avant tout mesurés en termes d’organisation et de coopération, plutôt que par des résultats quantifiés rendus publics.
Victor Diwisch


