Depuis sa création en 2005, le Maoré Jazz Festival s’est installé comme un rendez-vous culturel important sur l’île. Sa particularité, repose sur sa proposition d’un jazz ouvert, qui se mélange aux musiques traditionnelles de l’île et aux influences régionales, tout en donnant aussi une place aux nouveaux artistes.
La dernière édition a notamment été marquée par une création originale autour du célèbre tablatiste Subhash Dhunoochand. L’artiste a travaillé avec des musiciens et danseurs locaux pour construire un spectacle mêlant sonorités indiennes, musique urbaine mahoraise et danses traditionnelles.
Le projet a réuni des artistes incontournables de la scène mahoraise, comme Saandati Moussa, connu pour ses divers titres faisant référence à la femme mahoraise. Ainsi qu’une performance associant le debaa et la danse contemporaine portée par la Madarassati Chababiya de Tzoundzou.
Une création entre jazz et debaa
Pour Cris Kordjee, chargée de communication de l’association Austral Organisation et du Maoré Jazz Festival, cette création représente l’identité même du festival. Car l’objectif n’est pas de séparer les différents genres, mais plutôt d’associer le jazz aux sonorités locales, traditionnelles de Mayotte et de la région.
« Ce n’est pas qu’un festival pour montrer du jazz qui est déjà fait très bien par d’autres. Notre vocation, c’est vraiment des mélanges audacieux, originaux, explorer ce qui n’a pas été fait jusqu’ici pour trouver notre sonorité, notre jazz, quelque chose qui nous ressemble », explique-t-elle.

La rencontre entre le tablâ et le debaa représentait d’ailleurs un véritable défi artistique pour l’association. « C’était un peu un saut vers l’inconnu, nous-mêmes ne savions pas trop ce que ça allait donner ». Le résultat a finalement convaincu l’équipe, qui voit dans ce projet une manière de faire évoluer les pratiques et de mettre en lumière des artistes locaux.
En l’associant au jazz et à d’autres univers musicaux, l’idée est aussi d’ouvrir une nouvelle porte, notamment pour des jeunes qui pourraient découvrir cette pratique autrement et peut-être s’y intéresser davantage. Pour Cris Kordjee, cette évolution ne signifie pas perdre l’identité du debaa, mais au contraire lui permettre de continuer à vivre. « Ce n’est pas parce qu’on fusionne avec autre chose pour recréer une production différente, que forcément on se perd, on disparaît ou on met de côté notre identité », affirme-t-elle.
La jeunesse au cœur de la transmission culturelle
La jeunesse occupe aussi une place importante pour les organisateurs du festival. Cette projection avec les élèves du collège de Kwalé s’inscrit dans cette volonté de transmettre et de partager. « On a un message, une ligne qui ne nous quitte pas : intégrer et impliquer la jeunesse, cultiver les rencontres et la diversité », souligne Cris Kordjee.
Pour l’association, travailler avec les établissements scolaires permet d’aller au-delà d’un simple spectacle. Car les élèves participent à une expérience qui mélange découverte artistique, échanges et transmission culturelle. L’idée de documenter régulièrement ces différents festivals, fait également partie de ce travail de transmission et de mémoire auprès des générations à venir. « Ça contribue à enrichir notre mémoire, nos archives. On ne sera peut-être pas là demain ! »,confie Cris Kordjee.
Une nouvelle étape avec « Maoré Jazz in College »
Depuis ses débuts, le Maoré Jazz Festival porte cette volonté de faire dialoguer les cultures. En 2005, le projet est né du constat qu’un espace qui manquait dans le paysage culturel de Mayotte. Rapidement, l’idée a été de mélanger le jazz avec les sonorités locales.
Pour le choix des artistes, il se fait en fonction des réalités du festival, notamment les moyens financiers disponibles et les conditions d’accueil. « Il faut pouvoir accueillir les artistes, organiser les répétitions, le travail de production et de composition, tout ça avec la disponibilité de nos moyens », précise-t-elle.

Après cette édition 2025 et la sortie du film, l’équipe prépare déjà la suite avec un nouveau projet baptisé « Maoré Jazz in College ».
Cette prochaine création mettra encore la jeunesse au centre, avec une collaboration annoncée avec l’artiste Baco, autour d’un rendez-vous prévu au début du mois d’octobre. « La création principale c’est les jeunes, accompagnés d’un artiste engagé avec des textes forts et légers ».
Une nouvelle étape pour un festival qui continue de défendre la même idée : faire de la musique un espace de rencontre entre les générations et les cultures.
Shanyce MATHIAS ALI.


