Entre risques sanitaires liés à la prolifération des moustiques et menace d’inondations lors des fortes pluies, l’obstruction de la rivière inquiète les riverains. La situation met également en lumière la persistance des dépôts sauvages et des incivilités récurrentes.

Kawéni : eau stagnante et déchets dans la rivière, des habitants alertent sur des risques sanitaires

Entre risques sanitaires liés à la prolifération des moustiques et menace d’inondations lors des fortes pluies, l’obstruction de la rivière inquiète les riverains. La situation met également en lumière la persistance des dépôts sauvages et des incivilités récurrentes.

Depuis plusieurs semaines, les habitants de Kawéni, rue de la Mosquée du Vendredi, située le long de la rivière, alertent sur les réseaux sociaux à propos de l’accumulation de déchets dans le lit du cours d’eau et de la stagnation de l’eau. Au-delà des mauvaises odeurs qui s’en dégagent, ils dénoncent un environnement propice à la prolifération des moustiques et donc de maladies, notamment le chikungunya et le paludisme.

Une rivière obstruée par la boue et les déchets, un chantier à l’arrêt

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Les habitants s’inquiètent de la prolifération des moustiques en raison des eaux stagnantes. Victor Diwisch / JDM.

Ce 10 juin au matin, plusieurs personnes prennent leur petit-déjeuner auprès d’un food-truck, installées autour d’une table à proximité du canal où s’accumulent bouteilles en plastique et pneus de voiture.

« Malheureusement, les travaux de nettoyage du caniveau se sont arrêtés et la situation se détériore », remarque l’un d’eux. « Ce n’est pas encore totalement la saison sèche, il risque de pleuvoir encore ! », alerte-t-il, en référence aux pluies torrentielles du mois de mars dernier, qui ont fait déborder la rivière et provoqué des inondations dans tout le quartier.

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La rue de la Mosquée du Vendredi à Kawéni, inondée en mars dernier. (Capture d’écran Facebook).

« Le souci, c’est que les déchets et la boue sont bloqués sous le pont de la route nationale. S’ils ne débouchent pas cet endroit, l’eau ne pourra pas s’écouler », constate-t-il. « Il est important de nettoyer tout cela avant qu’ils n’atteignent la mangrove, sinon c’est désastreux ».

« Aujourd’hui, les travaux sont inachevés et la population subit une forte odeur et une prolifération de moustiques. On demande juste une évacuation des eaux usées qui favorise la production de moustiques », insiste de son côté un internaute sur le compte Instagram Ville de Kawéni, suivi par plus de 59.000 personnes.

La CADEMA, qui à la compétence des nettoyages des cours d’eau n’a pas répondu à nos sollicitations concernant une éventuelle reprise des travaux d’évacuation du canal.

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Sous le pont de la route nationale, boue et déchets bloquent l’écoulement de l’eau. Victor Diwisch / JDM.

Toujours d’après les habitants rencontrés, les travaux auraient été arrêtés en raison de l’impossibilité pour les engins de chantier d’intervenir sur le site, en raison de la présence de voitures garées le long de la rivière. « Seule une voiture est abandonnée sur le parking, toutes les autres peuvent être déplacées », assure l’un d’eux.

Mais la situation interroge aussi la responsabilité des habitants. « Tous ces déchets proviennent des hauteurs. Dès qu’il y a de la pluie, les gens jettent leurs poubelles dans la rivière », raconte un autre habitant ce mercredi matin, sans que cette information puisse être vérifiée.

Des incivilités difficiles à enrayer

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Des agents de la CADEMA interviennent sur un tas de déchets déposés illégalement à Mtsapéré. Mathilde Hangard /JDM.

Depuis plusieurs jours, la Ville de Mamoudzou publie également sur ses réseaux sociaux des photos de poubelles et d’amas de déchets pour illustrer l’ampleur de la tâche à accomplir afin de nettoyer l’ensemble des villages de la commune. Une nouvelle approche de communication, similaire à celle déjà mise en place pour informer la population sur l’avancée des travaux des bâtiments scolaires dégradés, notamment à Vahibé, afin de dénoncer certains comportements et responsabiliser davantage les habitants.

« Nous allons créer des publications quotidiennes sur tous les sujets à Mamoudzou pour informer la population sur ces dégradations », annonçait le maire Ambdilwahedou Soumaïla le 28 avril dernier, pointant du doigt le « gouffre financier » que représente la « course aux réparations ». « Lundi, on doit reconstruire ce qu’on a fait vendredi, et c’est comme ça chaque jour. C’est une course contre la montre et on nous demande de trouver de l’argent ».

Un constat qui peut également être fait concernant la collecte des déchets assurée par la CADEMA. « Parfois, dix minutes après notre passage, les déchets sont de nouveau là ! », racontait un agent des équipes de la CADEMA, intervenant régulièrement pour débarrasser les quartiers des dépôts sauvages. Malgré des opérations de nettoyage répétées, les agents décrivent une situation qu’ils peinent à enrayer.

Une enquête inondation auprès de la population 

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Une carcasse de voiture est toujours présente dans la rivière de M’tsapéré depuis le mois de mars 2026. Victor Diwisch / JDM.

Hier, le 9 juin, la CADEMA a annoncé le lancement d’une enquête d’inondation auprès de la population, dans le cadre de l’élaboration de son Programme d’études préalables (PEP), en vue de la mise en œuvre d’un Programme d’actions de prévention des inondations (PAPI), « qu’il s’agisse du ruissellement des eaux pluviales, du débordement des ravines et cours d’eau ou encore de la submersion marine ».

La communauté d’agglomération invite toutes les personnes qui vivent, travaillent ou circulent sur le territoire à partager leurs observations et leurs retours d’expérience en répondant à un questionnaire en ligne. Les contributions recueillies permettront d’identifier les secteurs les plus exposés, de mieux comprendre les enjeux locaux et de définir les priorités d’action afin de renforcer la prévention et la gestion des risques d’inondation.

La rivière de Kawéni, son aménagement et sa gestion entrent sans aucun doute dans le cadre de cette enquête, tout comme d’autres rivières de Mamoudzou, notamment celle de M’tsapéré, dans laquelle l’épave d’une voiture emportée par les eaux en mars dernier gît encore et toujours.

Victor Diwisch

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