« Get up, stand up, stand up for your right ». La sonnerie du collège de l’Île aux Parfums, à M’tsangamouji, retentit ce lundi 15 juin aux alentours de 9 h 30, reprenant l’air de la célèbre chanson de Bob Marley. Un titre devenu, au fil des décennies, un véritable hymne à la liberté, à la dignité et à la défense des droits, appelant chacun à se lever contre l’injustice et à refuser l’oppression.
Des conditions de travail et d’accueil dégradées

Ce matin, la mélodie résonne avec une certaine ironie. Devant les grilles de l’établissement, qui accueille plus de 1.200 élèves, une vingtaine de parents participent à un sit-in, pancartes à la main. Ils dénoncent des conditions de scolarité qu’ils jugent dégradées et réclament l’égalité des droits pour leurs enfants.
Certains d’entre eux déplorent l’absence de cours d’éducation physique et sportive ainsi que l’annulation de sorties scolaires, mais aussi des repas jugés insuffisants à la cantine, des sanitaires qu’ils estiment insalubres, des coupures d’eau et un sentiment d’insécurité grandissant. Les parents évoquent notamment les intrusions survenues le 4 juin dernier au sein du collège, au cours desquelles des individus armés d’armes blanches auraient fait plusieurs blessés.

« Quand elle rentrait du collège ma fille me parlait des problèmes, comme les coupures d’électricité, les toilettes dégueulasses, mais aussi l’absence de sorties scolaires, ou encore le manque de livres », raconte Salima Hamidou, parent de deux collégiens, debout sous le soleil, une pancarte pour l’égalité des droits à la main.
« C’est une mobilisation pacifique, c’est pour cela que nous n’avons pas bloqué l’entrée des collégiens. Nous souhaitons alerter sur la situation et surtout que les parents qui passent dans la rue nous rejoignent », ajoute-t-elle. « On attend surtout des réponses, du concret ! », lance Sadjidat Harouna, elle aussi parent d’élève.
Une situation qui découlerait d’une dette de 500.000 euros

Des difficultés qu’elles attribuent principalement à la situation financière de l’établissement, confronté, selon elles, à une dette d’environ 500.000 euros.
« Nous avons eu des informations et des témoignages de professeurs ces derniers mois sur la situation économique du collège. Nous avons ensuite eu accès au compte financier et au rapport de gestion 2025, ce qui nous a permis de constater l’ampleur de la dette », explique Oittini Mambadi, présidente de l’association des parents d’élèves. « On s’aperçoit notamment qu’il y a une facture d’eau de 108.000 euros, mais pour le reste de la dette, nous ne savons pas d’où elle vient ».
« On avait déjà entendu parler des soucis économiques, mais je ne pensais pas que cela était aussi grave », se souvient Salima Hamidou.
Un renflouement des comptes et un audit

Le collège, établissement du second degré, est placé sous l’autorité du rectorat de Mayotte, compétent en matière de gestion, d’organisation et de suivi de la vie scolaire. Face à leurs interrogations, Oittini Mambadi et plusieurs parents assurent avoir multiplié les démarches auprès de la direction de l’établissement et des services du rectorat afin d’obtenir des explications sur la situation financière.
Mais ces sollicitations seraient restées sans réponse satisfaisante, selon la représentante des familles. « Notre objectif aujourd’hui est de nous faire entendre par le rectorat et par la direction du collège », souligne-t-elle. « Nous avons tout de même pu échanger avec le principal, mais ses explications ne nous ont pas convaincus. C’est pour cela que nous sommes là ce matin. Nous attendons de vraies réponses et nous demandons un renflouement des comptes et la mise en place d’un audit pour comprendre précisément l’origine de cette dette ».
« Rien ne se fait parce qu’ils n’ont pas les moyens »

En attendant, les collégiens s’apprêtent à passer le brevet dans ce contexte. Les épreuves écrites sont programmées les 26, 29 et 30 juin prochains.
« Lorsqu’on est en cours dans les salles proches des toilettes, ça pue ! », relève Inaida, élève au collège. « Parfois, les cours de sport sont annulés parce qu’on n’a pas de bus », ajoute son amie Ania, à ses côtés. « Les plats à la cantine ne sont pas bons et, surtout, pas diversifiés. Il n’y en a pas assez pour tout le monde. Quand on termine à 16 heures, il n’y a plus rien à manger », insiste Nazla.
« Les salles ne sont pas nettoyées, il n’y a pas de sacs-poubelle. Rien ne se fait parce qu’ils n’ont pas les moyens », observe encore Ania. « Notre rassemblement, c’est avant tout pour nos enfants. Nous ne sommes pas non plus contre la direction, nous souhaitons un dialogue, de la transparence. L’aide doit venir », conclut Oittini Mambadi.
Des factures d’eau « colossales » à l’origine des difficultés

En fin d’après-midi, le rectorat de Mayotte a apporté plusieurs précisions sur la situation du collège de M’tsangamouji, lors d’un point presse organisé en visioconférence.
Selon la cheffe de cabinet, les difficultés rencontrées par l’établissement trouvent principalement leur origine dans l’accumulation de factures d’eau liées à des fuites identifiées sur le réseau. « Le collège faisait face à des factures d’eau colossales en raison de fuites identifiées », a-t-elle indiqué, précisant que ces dépenses ont progressivement dégradé la situation budgétaire de l’établissement.
Selon les chiffres communiqués, près de 250.000 euros de factures d’eau ont été enregistrés ces dernières années. Le résultat de l’exercice 2025 de l’établissement scolaire s’établit à -57.326 euros, un déficit qui a été absorbé grâce à la mobilisation du fonds de roulement du collège, assure le rectorat. Ce dernier explique par ailleurs avoir apporté une aide exceptionnelle de 100.000 euros et assure qu’une partie des dépenses est couverte par des subventions existantes à hauteur de 89.000 euros, tandis que le solde restant sera pris en charge progressivement, sans donner de calendrier précis.
Des activités complémentaires « limitées »

L’administration assure que « les cours de sport ne sont pas supprimés » et que « les élèves auront les mêmes cours que les autres établissements », mais reconnaît tout de même que les sorties scolaires ne sont pas « prioritaires », et que certaines peuvent être réduites ou annulées temporairement, comme les sorties à la plage annulées faute de budget transport.
Selon le rectorat, il n’y a pas d’instruction d’économie d’électricité imposée au personnel comme aux élèves. Toujours selon l’administration, les « problèmes ponctuels de restauration scolaire » sont « liés au prestataire en raison des difficultés occasionnelles de livraison de repas ».
Les compteurs d’eau feront désormais l’objet de relevés réguliers afin de prévenir toute nouvelle dérive de consommation. Le rectorat rappelle « qu’un établissement public ne fait pas faillite et ne ferme pas » et que « tout est mis en œuvre pour assurer la continuité du service public », notamment à l’approche des épreuves du brevet.
Des réunions doivent prochainement être organisées entre le rectorat, la direction du collège, les équipes éducatives et les représentants des parents d’élèves, avec pour objectif de clarifier la situation et de rassurer les familles.
Victor Diwisch


