Pour la première fois, l'OIM documente les départs vers Mayotte depuis plusieurs points côtiers des Comores. L'étude éclaire les dynamiques migratoires régionales et les risques humains liés aux traversées clandestines.

Près de 14.000 migrants recensés sur la route des Comores vers Mayotte entre juillet et décembre 2025

Pour la première fois, l'OIM documente les départs vers Mayotte depuis plusieurs points côtiers des Comores. L'étude éclaire les dynamiques migratoires régionales et les risques humains liés aux traversées clandestines.

13.914 personnes ont été recensées entre juillet et décembre 2025 sur la route maritime reliant les Comores à Mayotte, selon un premier rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publié la semaine dernière. Ces données proviennent d’un dispositif de suivi des zones de départ mis en place dans l’archipel comorien afin d’observer les dynamiques de déplacements en amont des traversées vers Mayotte.

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Les données récoltées sur la période juin – décembre 2025.

Les chiffres publiés ne correspondent pas à des arrivées enregistrées sur le territoire mahorais, mais à des observations réalisées dans des zones identifiées comme points de départ ou de transit. Ils constituent des indicateurs issus d’un système encore en phase de déploiement.

Les mouvements observés présentent une forte concentration durant la saison sèche. Les données font état de 3.778 personnes en juillet, puis d’un pic à 5.278 en août. Les chiffres diminuent ensuite à 2.696 personnes en septembre avant de chuter à partir d’octobre (728), novembre (749) et décembre (684). Selon les premières analyses, cette baisse pourrait être liée à la dégradation des conditions de navigation avec l’arrivée de la saison des pluies dans le canal du Mozambique.

« Les résultats confirment que les Comores constituent un corridor important de migration irrégulière dans le canal du Mozambique, avec des migrants transitant principalement depuis l’Afrique de l’Est, l’Afrique centrale et Madagascar en direction de Mayotte », note le rapport. « Les migrants partaient d’Afrique centrale via la Tanzanie, ainsi que directement de Madagascar, et transitaient par Ngazidja, Anjouan et Mohéli, avec pour objectif principal d’atteindre Mayotte, leur destination finale ».

Le dispositif a permis de confirmer plusieurs zones de départ régulières sur les trois îles de l’Union des Comores. Parmi elles figurent Marahare et Sadapouani à Anjouan, Chindini-Ourouveni en Grande Comore, ainsi que Kangani à Anjouan. « Au cours de la période considérée, Kangani et Marahare à Anjouan ont été identifiés comme les principaux points de départ vers Mayotte ».

Des profils majoritairement masculins et très diversifiés

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Aperçu des profils des personnes arrivant à Mayotte depuis les Comores (Capture d’écran OIM).

Les données collectées indiquent que les ressortissants malgaches représentent 32 % des personnes observées. Ils sont suivis par les Congolais (12 %), les Burundais (7 %), les Rwandais (5 %), les Tanzaniens (2 %) et les Kényans (1 %). Dans 42 % des cas, la nationalité n’a pas pu être identifiée.

Le profil démographique fait apparaître une majorité d’hommes adultes (73 %). Les femmes représentent 17 %, tandis que les enfants (garçons et filles) comptent pour une part minoritaire des observations.

Les chiffres confirment également l’arrivée en plus grande nombre des ressortissants Congolais qui fuient la violence du conflit qui ravage l’est du pays. « En 2025, 50% de ressortissants congolais ont demandé l’asile à Mayotte », selon les chiffres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), contre 13% de Comoriens.

Naufrages et traite, des traversées à haut risque

Dynamiques et routes migratoires dans l’océan Indien occidental. (Capture d’écran rapport OIM).

« Les premières consultations menées dans le cadre du projet ont confirmé que la migration maritime irrégulière empruntant la route de l’océan Indien occidental vers Mayotte comportait des risques graves », ajoute l’OIM, dans une section intitulée « Risques liées aux mouvements maritimes irréguliers ».

Cela s’explique en premier lieu, selon l’OIM, en raison de traversées effectuées à bord de kwassa-kwassa, souvent surchargés et inadaptés aux conditions de navigation dans le canal du Mozambique. L’OIM met en avant des risques élevés de naufrages, de disparitions en mer et d’exploitation par des réseaux de passeurs. Les femmes et les enfants figurent parmi les profils les plus vulnérables. « Au total, 15 incidents maritimes ont été signalés par les points focaux communautaires au cours de la période considérée ».

« Les migrants étaient extrêmement vulnérables aux abus, à l’extorsion et à l’exploitation », poursuit le rapport. « Cette vulnérabilité était particulièrement aiguë pour les mineurs, ainsi que pour les femmes et les filles malgaches victimes de transport irrégulier. Ces risques étaient exacerbés par l’éloignement des principaux points de départ confirmés, notamment Marahare et Sadapouani et Chindini-Ourouveni, qui sont difficiles à surveiller et facilitent le fonctionnement des réseaux de passeurs ».

L’organisation estime toutefois que ces données restent partielles en raison du caractère clandestin des traversées et des difficultés d’accès à certaines zones.

En début de semaine, une embarcation a d’ailleurs chaviré près de la pointe de Koungou, selon la préfecture de Mayotte. Onze passagers ont été secourus. Les passagers étaient tous des ressortissants comoriens.

Une méthodologie basée sur des observateurs de terrain

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Kangani et Marahare à Anjouan ont été identifiés comme les principaux points de départ vers Mayotte.

Le dispositif repose sur une méthodologie en trois volets : la cartographie et la validation des principaux sites de départ, le déploiement de six observateurs communautaires et la collecte systématique d’informations sur les événements liés aux mouvements maritimes.

Ces observateurs ont été identifiés, formés et déployés sur les trois îles (un à Grande Comore, trois à Anjouan et deux à Mohéli), selon l’organisation. Leur mission consiste à suivre les zones identifiées, à recueillir des informations auprès de sources locales et à documenter les incidents liés aux traversées.

Ces données sont collectées à l’aide d’un formulaire standardisé, puis consolidées par les équipes de l’OIM. Elles permettent d’identifier des tendances sur les départs et les profils observés, sans prétendre à une exhaustivité des mouvements.

Pour l’OIM, « ce premier cycle a permis de poser les bases opérationnelles d’un suivi systématique des migrations maritimes irrégulières aux Comores ». Il permet aussi « de mettre en évidence à la fois l’importance stratégique de cette route et les risques significatifs encourus par les migrants ».

Un premier cycle qui en appel d’autres

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Le camp de Tsoundzou 2, point de chute de centaines de déplacés à Mayotte. Victor Diwisch / JDM.

Dans le rapport, l’OIM précise que l’ensemble des résultats doit être interprété comme des tendances et non comme une mesure complète des mouvements entre les Comores et Mayotte. Les prochaines phases de collecte permettront d’affiner progressivement l’analyse et de renforcer la couverture du système de suivi.

A noter que l’Organisation internationale pour les migrations est une agence intergouvernementale rattachée au système des Nations Unies depuis 2016. Elle accompagne les États dans la gestion des migrations, la protection des personnes vulnérables et la production de données sur les mobilités humaines.

Dans l’océan Indien, l’OIM développe des dispositifs de suivi des mouvements migratoires afin de mieux comprendre les routes utilisées et les risques associés, notamment dans le cadre des traversées entre les Comores et Mayotte.

« Le premier cycle du projet DAMT a permis de lancer avec succès un suivi systématique aux Comores, en mettant en place le cadre opérationnel grâce au recrutement, à la formation et au déploiement de six agents de protection des communautés (PCF), ainsi qu’à la validation des principaux lieux sensibles sur les trois îles », conclut l’OIM.

« Les données de référence ont confirmé le rôle crucial de la route de l’océan Indien occidental dans le réseau de migration irrégulière et ont mis en évidence les risques extrêmes en matière de protection liés à la sécurité des navires et à la traite des êtres humains ».

Victor Diwisch

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