À Tsararano, les épreuves du baccalauréat se déroulent dans un climat de tensions récurrentes autour et dans le lycée. Pour certains élèves, décrocher le diplôme représente aussi une manière de tourner la page des violences scolaires et de quitter un quotidien marqué par l’insécurité.

« Je n’ai qu’une chose en tête : partir », à Tsararano, obtenir le bac pour tourner la page des violences

À Tsararano, les épreuves du baccalauréat se déroulent dans un climat de tensions récurrentes autour et dans le lycée. Pour certains élèves, décrocher le diplôme représente aussi une manière de tourner la page des violences scolaires et de quitter un quotidien marqué par l’insécurité.

Devant le portail du lycée polyvalent de Dembéni, dans le village de Tsararano, ce mardi 16 juin, des agents de sécurité, assis sur des chaises, échangent quelques mots tout en jetant, par intermittence, des regards vers la route nationale 2 qui longe l’établissement. Un peu plus loin, sur le parking, des gendarmes à bord d’un véhicule banalisé restent eux aussi vigilants.

Situé dans une zone régulièrement touchée par des affrontements entre bandes rivales venues de Dembéni, Tsararano ou encore Ongoujou, le lycée polyvalent de Dembéni demeure sous étroite surveillance. À la sortie du village, les affrontements donnent régulièrement lieu à des barrages et des caillassages, perturbant la circulation sur cet axe routier majeur.

Machettes et tournevis, des affrontements jusque dans le lycée

Le 4 juin dernier, des jeunes munis de tournevis ont réussi à rentrer dans l’enceinte du lycée. Un lycéen a été évacué au CHM. (Capture d’écran, vidéo réseaux sociaux).

Mais les violences ne restent pas toujours cantonnées aux abords de l’établissement. Le lundi 1er juin, un jeune homme cagoulé s’introduit dans le lycée avec une machette, provoquant un mouvement de panique au sein de l’établissement. Le lendemain, des affrontements entre jeunes reprennent et perturbent à nouveau le fonctionnement du lycée.

Deux jours plus tard, le 4 juin, plusieurs individus parviennent de nouveau à rentrer dans l’enceinte du lycée par l’arrière du site, échappant à la vigilance des agents de sécurité.

Armés de tournevis, ils provoquent de violents affrontements qui nécessitent l’intervention des forces de l’ordre. L’établissement est alors confiné avant que les élèves ne soient évacués progressivement. Un lycéen, blessé au dos par un coup de tournevis, est transporté au Centre hospitalier de Mayotte à Mamoudzou, tandis que trois autres élèves sont pris en charge après des malaises.

Au total, huit jeunes ont été interpellés lors des opérations de sécurisation et quatre lycéens originaires de Tsoundzou et de Tsararano ont été placés en audition. Dans le même temps, des automobilistes ont été visés par des jets de projectiles à proximité du rond-point de Tsararano, causant plusieurs dégâts matériels et des blessés. Selon la gendarmerie, des groupes rivaux s’étaient également retranchés sur les hauteurs du village avant d’être contenus par les forces de l’ordre. Le lendemain, les cours ont été suspendus durant toute la journée.

Des violences banalisées, fil rouge de la scolarité

Transport scolaire, bus, caillassage, Mayotte
Les élèves proviennent de différents villages, une situation qui donne régulièrement lieu à des affrontements et à des caillassages de bus. Photographie d’illustration / JDM.

Un épisode de violence que Kamel Abdallah, 17 ans, n’a pas oublié. Malgré le calme apparent de ce matin, le lycéen sait que la situation peut basculer à tout moment. « Quand on arrive le matin, on s’attend à tout. À chaque instant, ils peuvent se battre. C’est devenu banal », confie-t-il.

Un mot, « banal », qui traduit selon lui le quotidien des plus de 2.000 élèves de l’établissement, confrontés à des violences récurrentes tout au long de leur parcours scolaire, du collège jusqu’au lycée.

« Les agents de sécurité arrivent à calmer un peu les situations, mais ils sont souvent débordés, ils ne sont pas assez nombreux », poursuit Kamel, casquette noire vissée sur la tête. « Depuis le début de l’année, on manque de professeurs, certains cours sont annulés, notamment à cause des violences et des caillassages. Ça impacte notre scolarité, on a du mal à travailler normalement ».

« Après les violences du 4 juin, ils ont envoyé tout le monde en vacances, sauf les élèves qui passent le baccalauréat », ajoute le jeune homme en bac professionnel couture. Selon lui, les cours des classes non concernées par les examens auraient pris fin plus tôt que prévu afin de limiter les risques de nouveaux affrontements. Une information qui n’a pu être vérifiée. Kamel, lui, passera le baccalauréat l’année prochaine. « Ça va être chaud », souffle-t-il, conscient d’un quotidien qu’il n’imagine pas s’améliorer.

« Après le bac, je vais pouvoir étudier ailleurs où il n’y aura plus d’affrontements »

Gendarmerie, Mayotte
Un barrage enflammé à Tsararano. Photographie d’illustration / JDM.

Peu après 11 h 00, plusieurs lycéens quittent l’établissement après avoir terminé les épreuves écrites, portant notamment sur les mathématiques, les sciences économiques et sociales, l’histoire-géographie ou encore la physique-chimie, selon les filières.

« Je suis toujours traumatisée par ce qui s’est passé il y a quelques jours », confie Marine Ibrahim Ramadani, 18 ans, à la sortie des épreuves écrites de physique-chimie et de mathématique. « Moi j’arrive de Tsoundzou tous les matins et souvent le bus est caillassé. On n’a pas le choix que de vivre avec la violence ! ».

Pour elle, l’obtention du baccalauréat signifie la fin du lycée mais aussi, enfin, un échappatoire à la violence. « J’ai plusieurs projets et notamment de partir dans l’Hexagone. Je n’ai qu’une chose en tête c’est de partir car ici c’est trop violent ». 

« On a l’habitude que les élèves se battent entre eux et même les jours du bac ils se mettent à faire la bagarre », témoigne Nayam Maoulana Saïd Hachim, 18 ans. « Je suis content parce qu’après le bac je vais pouvoir étudier ailleurs et il n’y aura plus d’affrontements qui nous procurent du stress permanent ». Le futur bachelier a été admis dans un établissement d’enseignement supérieur à Rennes.

Le préau central du lycée.

En attendant, les candidats sont appelés à revenir dans les prochains jours au lycée pour poursuivre les épreuves restantes du baccalauréat, dont la session principale doit s’achever à la fin du mois de juin 2026. En cas d’échec, certains devront se rendre aux épreuves de rattrapage prévues début juillet 2026, selon le calendrier officiel.

Jusqu’au dernier jour, le stress des examens se mêlera avec la peur de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Victor Diwisch

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Au collège de Kwalé, le Maoré Jazz Festival 2025 raconté en images à travers un documentaire

Présenté en avant-première ce mardi 16 juin aux élèves du collège de Kwalé, le film de 52 minutes consacré au Maoré Jazz Festival 2025 revient sur une édition marquée par les mélanges entre le jazz, les cultures traditionnelles et des créations locales.

La CAGNM en mission à La Réunion pour un partenariat avec le TCO

Une délégation de la Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte une mission à La Réunion pour établir un partenariat avec le Territoire de la Côte Ouest, selon un communiqué de presse reçu le 16 juin 2026. La coopération doit porter sur plusieurs politiques publiques, notamment le développement économique, le tourisme et la gestion des déchets.

Les îles Vanille revendiquent une première certification bas-carbone dans l’océan Indien

L’Organisation des Îles Vanille (VIO) devient la première à obtenir un certificat de contribution à la neutralité carbone, délivré dans le cadre du Label bas-carbone de l’État français. Une étape inédite pour une structure touristique régionale engagée dans la transition climatique. La démarche repose sur une mesure indépendante, une réduction des émissions et une contribution certifiée. 

N’Gouja : deux bivouaqueuses agressées par des hommes armés

Deux soignantes venues bivouaquer sur la plage de N'Gouja ont été la cible d'une tentative de vol à main armée le 7 juin dernier. Menacées par deux individus armés, elles ont finalement réussi à les mettre en fuite.