Le mouvement lancé samedi 13 juin par l’intersyndicale de l’aéroport de Pamandzi se poursuit, avec des perturbations encore limitées mais des inquiétudes grandissantes pour les prochains jours, alors que les salariés et la direction d’EDEIS Mayotte restent en désaccord.

Le mouvement de grève à l’aéroport Marcel-Henry commence à impacter les vols

Le mouvement lancé samedi 13 juin par l’intersyndicale de l’aéroport de Pamandzi se poursuit, avec des perturbations encore limitées mais des inquiétudes grandissantes pour les prochains jours, alors que les salariés et la direction d’EDEIS Mayotte restent en désaccord.

Plusieurs employés de l’aéroport sont en grève depuis ce week-end, dénoncent des conditions de travail qu’ils jugent difficiles et demandent plusieurs avancées : une augmentation générale des salaires de 10 %, une prime annuelle exceptionnelle de 4.000 euros, mais aussi des investissements pour améliorer les infrastructures et les équipements, détruits depuis passage du cyclone Chido le 14 décembre 2024. Plusieurs installations seraient toujours dégradées et les conditions de travail ne permettraient pas d’exercer leur métier correctement.

Un dialogue qui n’aboutit pas

Oili Omar, agent de sûreté à l’aéroport Marcel-Henry, décrit notamment des problèmes dans les pièces utilisées quotidiennement. « Quand on vient au travail, il n’y a plus de protection au niveau du plafond. Cela peut tomber à n’importe quel moment », explique l’agent. Un enfant aurait notamment été touché par un morceau de mousse tombé dans la salle d’attente ce samedi. « Si ça avait été sur sa tête, on aurait fait quoi ? », s’interroge-t-il.

Les manifestants ont débuté leur mouvement social depuis samedi 13 juin matin.

La chaleur dans certaines zones de l’aéroport est aussi pointée du doigt. Des brasseurs d’air ont été installés, mais empirent la situation, d’après les employés. « Ça touche notre santé. Il y’a des agents et même des voyageurs qui sont déjà tombés dans les pommes à plusieurs reprises à cause du choc de température ». Les toilettes et les équipements sanitaires sont également dénoncés comme insuffisants.

Selon les manifestants, une réunion s’est bien tenue avec la DEETS et des représentants des salariés, mais aucun accord n’en est ressorti, les participants n’étant pas décisionnaires. Les syndicats accusent par ailleurs la direction d’Edeis de refuser toute négociation avec l’intersyndicale, préférant traiter séparément chaque entité. Ils dénoncent également l’absence de négociations annuelles obligatoires (NAO) depuis plusieurs années.

« On a commencé en faisant des demandes chacun de notre coté mais ils ne nous ont jamais répondu, raison pour laquelle on s’est alliés. On demande juste à se mettre autour de la table discuter et trouver des solutions, mais ils refusent », s’exclame l’un d’eux.

Des perturbations pour les voyageurs

Pour l’instant, les avions partent avec trente minutes à une heure de retard car le mouvement n’est pas encore à son maximum. Si dimanche 14 juin, le service minimum restait assuré, les grévistes ont signalé plusieurs perturbations au niveau de l’activité aéroportuaire. Notamment, un vol Paris-Mayotte arrivé avec du retard et des passagers qui n’auraient pas pu embarquer sur le vol retour faute de personnel de sûreté disponible.

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Les voyageurs sont les premiers impactés par la mobilisation.

Face à ces premiers couacs, les voyageurs n’ont d’autre choix que de s’adapter, quitte à revoir complètement leurs habitudes. Madi, qui devait prendre un vol ce lundi matin, explique être arrivé tôt par précaution.

« On voit de tout sur les réseaux sociaux, donc je suis venu en avance pour être sûr de pouvoir enregistrer mes bagages sans problème », raconte-t-il. Sur place, il dit avoir trouvé une situation plutôt calme, avec une forte présence des forces de l’ordre. Pour Idris, arrivé dimanche depuis La Réunion, devant se rendre au sud de Mayotte, l’expérience a été plus compliquée. « On a atterri vers 14h20 et je n’ai eu mes valises que vers 16h. Il y avait beaucoup d’attente, je comprends qu’ils ont des revendications et c’est normal mais là c’est nous qu’ils pénalisent ».

Une crainte pour les passagers 

Face aux perturbations sur le site, la méthode employée par la direction pour maintenir l’activité suscite de vives critiques chez les grévistes. En effet, pour pallier le manque d’effectifs, des agents de sûreté et des pompiers ont été acheminés depuis La Réunion, tandis que des forces de l’ordre effectuent les contrôles.

« On se demande comment ils peuvent trouver l’argent pour faire venir gens. C’est du gaspillage, ça prouve encore une fois qu’ils ont l’argent, mais ils ne veulent pas négocier », déplore Oili Omar, qui précise que ces agents venus d’ailleurs n’auraient pas obtenu leurs agréments locaux.

Les forces de l’ordre sont présentes en nombre plus important que d’habitude.

Au-delà de la question financière, c’est la sécurité des passagers qui inquiète le personnel en grève, en particulier pour le recours aux policiers pour les fouilles de sûreté. « C’est un travail où il faut être certifié. Ils ne connaissent pas notre métier et c’est très dangereux car il y a des règles à respecter, surtout en période de vacances », alerte l’agent.

Pour le moment, l’agent de sûreté gère lui-même le planning du service minimum sur son temps personnel pour maintenir une activité minimale. Cependant, il prévient qu’il arrêtera d’aider et que le mouvement s’intensifiera si la direction persiste à ignorer l’intersyndicale. D’autres stratégies pourraient être mises en place, comme l’arrêt total de leur participation à la gestion du service minimum.

«  La population doit comprendre que nous sommes au même niveau, ces revendications sont aussi pour eux, nous les agents on a pas  d’avantage ». Il conclut : « Nous sommes déterminés, maintenant la balle est dans leur camp ! ».

Shanyce MATHIAS ALI.

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