Un salarié de l’aéroport Marcel-Henry décrit des conditions de travail qu’il juge dégradées, notamment depuis le passage du cyclone Chido. Les syndicats réclament une hausse générale des salaires de 10 % et une prime de 4.000 euros. La grève illimitée annoncée pour le samedi 13 juin prochain, cristallise un profond malaise social.

« On vient travailler avec la boule au ventre » : à l’aéroport de Mayotte, la colère sociale monte avant la grève

Un salarié de l’aéroport Marcel-Henry décrit des conditions de travail qu’il juge dégradées, notamment depuis le passage du cyclone Chido. Les syndicats réclament une hausse générale des salaires de 10 % et une prime de 4.000 euros. La grève illimitée annoncée pour le samedi 13 juin prochain, cristallise un profond malaise social.

« On vient travailler avec la boule au ventre ». La phrase est lâchée sans détour par un salarié engagé dans l’organisation de l’intersyndicale de l’aéroport Marcel-Henry de Mayotte, ce lundi 8 juin 2026. Alors que les tensions sociales s’intensifient autour du site aéroportuaire, le mouvement de grève illimitée annoncé pour le samedi 13 juin prochain, prend une dimension à la fois sociale, matérielle et humaine.

Derrière les revendications officielles portées par les syndicats : hausse des salaires, primes et moyens supplémentaires, se dessine un malaise plus profond, nourri par le vécu quotidien des agents. « On ne demande pas la lune, on veut juste être considérés », résume-t-il.

10% de plus sur les salaires et 4.000 euros de prime

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À l’accueil de l’aérogare, certains équipements de base, comme les tapis de livraison des bagages, sont régulièrement pointés du doigt par les agents.

Au cœur des revendications, la question salariale reste centrale. L’intersyndicale réclame une revalorisation générale de 10 % des salaires pour l’ensemble des employés. Une mesure jugée indispensable par les représentants du personnel face à l’inflation et à la charge de travail. Mais c’est surtout la prime annuelle de 4.000 euros qui cristallise les tensions. Pour ce salarié, cette demande repose sur une réalité économique locale insuffisamment prise en compte par les directions. « Cette prime est d’autant plus justifiée que le BDESE (ndlr, base de données économiques, sociales et environnementales) montre combien les entreprises gagnent à Mayotte et c’est énorme », affirme-t-il, dénonçant un manque de transparence sur les résultats économiques des sociétés concernées.

Selon lui, les efforts des salariés ne seraient pas suffisamment reconnus : « Il y a tellement de travail qui n’apparaissent pas sur nos fiches et nos contrats. Jusque-là, on n’a rien dit, on a continué à faire le travail comme il faut. Il faut que les entreprises soient reconnaissantes de notre professionnalisme ». 

Un aéroport marqué par les traces de Chido

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Les salariés évoquent des conditions matérielles de travail dégradées, marquées par des équipements vétustes et un manque de moyens au quotidien.

Au-delà des salaires, le salarié décrit une infrastructure fragilisée depuis le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024. Près d’un an et demi plus tard, il estime que les réparations et mises aux normes restent incomplètes. « Depuis qu’il y a eu Chido, tout est dégradé », explique-t-il. Dans l’aérogare, il évoque des équipements défaillants et des espaces d’accueil inadaptés aux voyageurs. « Pour ceux qui sont dans la salle d’embarquement, il n’y a pas de clim, il y a encore de gros ventilateurs. Et même un jour, un employeur a eu un problème avec ça, il a mis sa main sur le ventilateur et il s’est blessé ». 

Les critiques s’étendent aussi à l’espace dit VIP. « La salle VIP, c’est pas une salle VIP. On a l’impression qu’on élève des chats à l’intérieur ! Il faut accueillir les gens dans de bonnes conditions », déplore-t-il, estimant que l’image d’un aéroport international n’est plus respectée. Il affirme également que l’extension de l’aérogare n’a toujours pas été mise en service.

Entre insécurité et trajets à risque

Autre point de tension : les conditions de déplacement des salariés. L’aéroport étant situé à Pamandzi, en Petite-Terre, de nombreux employés vivant en Grande-Terre doivent traverser quotidiennement l’île, puis emprunter la barge, pour se rendre sur leur lieu de travail, dans un contexte jugé parfois difficile.

« Moi, à trois reprises, j’ai été caillassé. C’était une embuscade à 4h du matin à Majikavo », raconte-t-il. Il décrit des trajets vécus dans la crainte : « Quand on part travailler, on a toujours la boule au ventre. J’appelle toujours quelqu’un sur le trajet, jusqu’à ce que j’arrive à Mamoudzou. C’est un parcours du combattant ». À ces difficultés s’ajoute la hausse du coût du carburant, qui pèse sur les budgets des salariés. « L’essence est très chère, c’est une fortune à la fin du mois », insiste-t-il, évoquant un quotidien de plus en plus contraint.

« On est des humains » 

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Les usagers déplorent des sanitaires dans un état d’hygiène dégradé, marqués par de fortes odeurs et un manque d’entretien. Léo Vignal / JDM.

Le salarié interrogé rapporte des situations qu’il dit avoir entendues au sein de certaines équipes de nettoyage de l’aéroport. Il évoque des conditions de travail rendues difficiles, selon lui, par les contraintes matérielles du site, notamment dans l’entretien des sanitaires de l’aérogare. Ces difficultés s’inscrivent, de manière plus large, dans un contexte marqué sur le territoire, par des tensions sur l’accès à l’eau et des interruptions de service régulières, qui peuvent affecter différents établissements, dont des infrastructures publiques.

Selon son témoignage, ces conditions compliquent le travail quotidien des agents chargés de l’entretien, confrontés à des situations qu’il juge parfois difficiles à gérer, notamment pour le nettoyage des sanitaires lorsque les conditions d’accès ou d’approvisionnement en eau sont dégradées. Il appelle à une meilleure prise en compte de ces contraintes dans l’organisation du travail et des moyens alloués. Dans ce contexte, il insiste sur la nécessité, selon lui, d’un meilleur respect des personnels et de leurs conditions d’exercice. « On est des humains », souligne-t-il, en référence à la pénibilité des tâches et au manque de reconnaissance qu’il dénonce.

« C’est pas contre eux, c’est pour eux »

Sur le plan social, il dit craindre une fragilisation de la reconnaissance du travail des salariés, ainsi qu’un recours à des renforts extérieurs en cas de conflit prolongé. Il évoque à cet égard des précédents de grève en 2020 durant lesquels des dispositifs de continuité de service auraient été mobilisés. Face aux inquiétudes que suscite l’annonce d’un mouvement de grève auprès des usagers, il défend la démarche engagée par l’intersyndicale. « Si on fait ça, c’est pour le bien-être des passagers. On ne fait pas ça pour les embêter, mais pour que les gens puissent voyager dans de bonnes conditions. C’est pas contre eux, c’est pour eux », affirme-t-il.

Une attente de dialogue avant le début de la grève 

Alors que la grève illimitée doit débuter samedi 13 juin, les syndicats disent désormais attendre une prise de contact officielle des directions d’EDEIS et de GISM avec leurs représentants. À ce  stade, aucun calendrier de négociation n’a été confirmé.

Du côté de la direction, une prise de parole est attendue ce mardi 9 juin lors d’un rendez-vous avec notre rédaction. Elle devra répondre à une série de questions désormais très concrètes : état réel des négociations, capacité de dialogue social et mesures envisagées pour éviter une paralysie du trafic aérien sur le 101ème département français, à quelques semaines des vacances scolaires. 

Mathilde Hangard

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