Avant de répondre aux questions des sénateurs, en visioconférence depuis une salle du Département, Ben Issa Ousséni a brièvement rappelé le contexte dans lequel se trouve notre territoire près d’un an et demi après le passage de Chido où persistent toujours les mêmes sempiternels problèmes que sont l’insécurité et la violence « sentiments trop connus des Mahorais… », l’accès à l’eau potable, aux soins, ou encore à l’éducation. Afin d’illustrer concrètement ses propos, BIO a donné pour exemple son ancien DGS. « A peine arrivé, il est reparti ! Il n’est pas resté longtemps car il n’y avait pas d’école pour ses enfants. Même quand on met les moyens et que l’on fait des efforts Mayotte n’est pas attractive. Les rotations dans les classes continuent, les tours d’eau aussi et vont augmenter, sans compter les problèmes d’assainissement et les déchets… Ces problèmes étaient déjà présents avant le passage du cyclone, Chido n’a fait que révéler la réalité du territoire », déplore-t-il.
L’absence de données fiables et récentes

C’est l’un des points noirs dont a fait part le directeur de cabinet du Président de l’Assemblée de Mayotte, Jacques Alonzo, lors de cette audition : l’absence de données. En effet, bien que Mayotte soit française depuis 1841, les données manquent cruellement. « Sur le plan politique on a beaucoup de mal à planifier les projets car les chiffres et les données manquent. De plus, l’État n’a pas mis en place d’indicateurs pour suivre les différents plans concernant Mayotte, il n’y a pas eu de suivi si bien que nous avons très peu de données. Le manque de données est une réalité », à justifier le directeur de cabinet. Et pour cause, difficile de se projeter à moyen terme et mettre en place des politiques publiques sans données fiables concernant l’immigration notamment ou encore le nombre précis d’habitants, même si nous devrions avoir une première estimation de la population dans les prochaines semaines suite au recensement fait par l’Insee en début d’année.
Un fonds d’amorçage difficile à enclencher

Interrogé sur les freins à la reconstruction, le Président de l’Assemblée de Mayotte a expliqué que le fonds d’amorçage était en partie contraignant et manquait de bon sens. « Le fonds d’amorçage nous oblige à reconstruire à l’identique des bâtiments qui datent pour certains des années 70 ! Les normes actuelles ne sont plus les mêmes ! L’un des principaux freins à la reconstruction et qui empêche Mayotte de rattraper son retard est qu’il est impossible de reconstruire à l’identique. On ne peut pas transposer des politiques nationales à Mayotte ! Les politiques publiques doivent s’adapter à la réalité et aux besoins du territoire », a martelé Ben Issa Ousséni.
Il a par ailleurs indiqué que concernant les reconstructions des bâtiments scolaires, « elles devraient débuter dans les prochaines semaines », soit plus d’un an et demi après le passage de Chido…
Une inégalité toujours accrue dans l’accès aux soins

BIO n’a pas caché regretter de voir les Mahorais partir ailleurs, en métropole ou à La Réunion, pour se faire soigner. « Il y a un décalage entre l’offre de soins à Mayotte et celle sur le reste du territoire. De plus en plus de Mahoraises vont accoucher ailleurs qu’à Mayotte. Nous avons de plus en plus de maladies importées qui avaient disparu… Nous manquons de médecins, de spécialistes, de sages-femmes, d’infirmiers, pour effectuer les soins courants. Il y a des sous-effectifs partout car le territoire n’est pas attractif ».
Plusieurs idées sont toutefois sur la table comme transformer le CHM en CHU « afin d’améliorer les métiers liés à la santé », ou encore de créer une première année de médecine dans l’île. L’État et les pouvoirs publics en ont-ils vraiment la volonté ? La loi de refondation de Mayotte a pour objectif de (re)construire le territoire mais pour l’instant les Mahorais ne voient toujours rien venir ni de près ni de loin.
B.J.


