Depuis trois semaines, l’association Nayma et ses dizaines de salariés en insertion sont à l’œuvre à M’tsamboro et à Sohoa pour réaliser les délimitations des forêts départementales. Un important travail de balisage et de déblaiement, prévu sur plusieurs mois, qui permettra d’identifier clairement les périmètres, mais aussi d’ouvrir davantage ces espaces à la population grâce à la création de nouveaux sentiers. Leur intervention joue également un rôle essentiel dans la protection de l’environnement, avec l’aménagement de zones coupe-feu destinées à limiter la propagation des incendies.
Des chantiers pour monter en compétence

« Sur le terrain, nous devons enlever les lianes, couper les arbres tombés, évacuer les branches et dégager les accès », explique Mari Yahaya, coordinateur de l’association. Un travail d’autant plus exigeant que ces forêts ont été fortement endommagées par le cyclone Chido et que, sous l’épais couvert végétal, les embâcles sont particulièrement nombreux.
Gilets orange sur les épaules et gants de protection aux mains, les salariés, principalement des jeunes âgés de 18 à 30 ans, prennent soin de la forêt. Ils mènent une action d’intérêt général tout en montant en compétences. Certains apprennent par exemple à manier la tronçonneuse pour couper les arbres morts et permettre leur évacuation, ou encore à utiliser une débroussailleuse. Un savoir-faire qui pourra, plus tard, leur ouvrir les portes d’un emploi dans une entreprise.

C’est tout l’objectif de l’association Nayma qui, depuis sa création en 2020, œuvre dans les domaines de l’insertion sociale et professionnelle à travers des chantiers de protection de l’environnement — notamment des mangroves et des rivières — et du développement solidaire à Mayotte. Son action repose principalement sur des Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI), comme ceux de Sohoa et de M’tsamboro, qui permettent à des personnes éloignées de l’emploi — jeunes en difficulté, demandeurs d’emploi de longue durée, parents isolés ou encore personnes en situation de précarité — de retrouver une activité professionnelle et un accompagnement social. L’objectif est donc double : préserver le lagon et les écosystèmes de Mayotte tout en favorisant le retour à l’emploi des habitants les plus fragiles.
Au-delà des actions environnementales, Nayma propose également un accompagnement socio-professionnel global : formations, suivi administratif et social, aide à la construction d’un projet professionnel, sensibilisation citoyenne et actions éducatives auprès des jeunes. L’association dispose également d’un dispositif visant à aider les enfants non scolarisés à obtenir une place dans les établissements publics.
« Plus gratifiant que de rester chez soi »

« Les chiffres évoluent chaque mois en fonction des arrivées et des besoins, mais aujourd’hui nous comptons plus de 168 salariés, entre les personnes en insertion et les permanents », précise Mari Yahaya. « Ce sont principalement des personnes en difficulté scolaire, engagées dans une démarche de réinsertion. Nous accompagnons différents publics, des hommes comme des femmes, mais beaucoup de nos actions sont tournées vers les jeunes des quartiers reculés et prioritaires, comme à Ouangani, Dembéni, Mamoudzou, Kawéni ou encore Koungou ».
« Sur ces chantiers, les salariés sont rémunérés au SMIC horaire grâce au soutien de la DEETS, qui finance ces opérations », poursuit le coordinateur. « Ce type de chantier apporte beaucoup de satisfaction aux personnes accompagnées. Jour après jour, elles se forment sur le terrain, voient le résultat de leur travail et comprennent qu’elles apportent quelque chose à la société. Elles se rendent compte aussi que cela est beaucoup plus gratifiant que de rester chez soi à ne rien faire ».
L’association Nayma recherche désormais activement des subventions afin de pérenniser son travail en faveur de l’environnement et de l’insertion. « Nous n’avons pas de chiffre d’affaires en tant qu’association. Nous répondons à des marchés publics et essayons d’avancer petit à petit, mais cela n’aboutit pas encore. Nous faisons donc appel à tous ceux qui peuvent nous aider », souligne Mari Yahaya.
En attendant, les salariés poursuivront leurs actions dans les forêts de M’tsamboro et de Sohoa pendant encore plusieurs semaines.
Victor Diwisch


