Depuis plusieurs jours, un sit-in est organisé devant les locaux de Orange à Kawéni par plusieurs associations, parmi lesquelles les Femmes leaders, l’Association des anciens élus et une organisation de consommateurs proche de la CFDT. Réunis au nom de la population, les manifestants dénoncent ce qu’ils qualifient de « passage en force d’Orange dans l’installation du réseau de fibre optique à Mayotte » et s’interrogent sur le devenir des 55 millions d’euros annoncés par l’État dans le cadre du projet initial Mayotte THD.
Cette mobilisation intervient dans un contexte de forte incertitude, après une position du gouvernement consistant à ne pas s’opposer au déploiement par Orange de son propre réseau dans les cinq principales communes de l’île, au risque de fragiliser Mayotte THD, pourtant attributaire de la délégation de service public du Département le 25 mars 2025 et bénéficiaire attendu d’un financement public conséquent.
Plusieurs précédents dans d’autres secteurs dénoncés

Face à cette situation, le mot d’ordre est sans ambiguïté : « Soit Orange met la fibre sur toute l’île, soit rien du tout ». Derrière cette revendication, les associations dénoncent une logique qu’elles estiment récurrente dans les secteurs stratégiques du territoire. Elles établissent un parallèle avec la gestion de l’eau confiée à la Société Mahoraise des Eaux, ou encore avec le fonctionnement en monopole d’Électricité de Mayotte. Dans le domaine des carburants, elles rappellent également que des alternatives régionales comme Galana avaient pu être envisagées avant que le marché ne s’organise finalement autour de TotalEnergies, renforçant selon elles une logique de concentration autour de grands groupes.
« Ça se répète avec Total, EDM, le syndicat des eaux. On choisit toujours le monopole », résument-elles.
Les prises de parole se succèdent pour dénoncer une mécanique jugée bien installée. « Il y en a marre des actions de l’État », lance un représentant, qui revient sur un épisode du secteur des carburants : « Dans la délégation de service public, Total avait dit ne pas être intéressé par le marché. La société Galana proposait de reprendre les actifs. Les élus avaient validé. Le soir même, appel du préfet, on revient sur la décision. On nous dit : raison stratégique, on ne peut pas prendre une société étrangère. Mais au fond, ce n’est jamais dans l’intérêt des Mahorais ! », affirme-t-il. Et d’ajouter, « Les multinationales, c’est toujours l’État qui est derrière. C’est toujours pareil ».

Les associations défendent aussi la légitimité du projet Mayotte THD. « La procédure des marchés publics a été respectée jusqu’au bout. Si Orange se sent lésé, qu’il aille au tribunal », affirme l’un des représentants, refusant que le dossier soit, selon leurs mots, « géré au tempérament ». Elles rejettent également l’argument de l’urgence post-cyclone : « Justifier leurs choix après Chido, ce n’est pas tenable. Si Orange voulait que Mayotte entre dans le monde moderne avec la fibre, ça fait longtemps qu’ils pouvaient le faire ».
Au-delà du seul dossier de la fibre, c’est une critique plus large du modèle économique du territoire qui s’exprime. « Tout ce qui peut créer de la richesse à Mayotte est phagocyté par les multinationales. Comment développer un financement local si tout part chez les actionnaires ? », interroge un intervenant, avant de conclure en évoquant Younoussa Bamana. « Il disait qu’à Mayotte on était tranquilles parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’argent. Aujourd’hui, on voit qu’il avait raison ».
« Nous sommes ici pour revendiquer une égalité de traitement et l’amélioration du service public. Nos élus, affirmez-vous afin de mettre un terme aux manques de respect et de considération de l’État. Rappel à tous les Mahorais : le nombre de fois où l’État nous a manqué de considération : lors du marché de l’eau, de l’aéroport, des hydrocarbures, des énergies dont EDM pour le développement et l’industrialisation de Mayotte et maintenant pour la fibre optique. L’Etat s’est engagé : qu’il paie les 55 millions au CD. Alors ça suffit ! », résume une déclaration commune.
Une réunion avec le préfet est prévue ce 14 avril au soir. Les associations vont continuer le mouvement. « Si on n’a pas de réponses, on ira en justice ».
Victor Diwisch


