Déjà dans la tourmente au lycée du Nord, la rectrice de Mayotte voit s'allonger les listes des réclamations touchant d'autres établissement scolaires, notamment Bamana. Alors que la situation démographique les impacte comme un minicyclone perpétuel.

Education : le mouvement du Lycée du Nord fait tâche d’huile dans un contexte plus sinistré qu’en métropole

Déjà dans la tourmente au lycée du Nord, la rectrice de Mayotte voit s'allonger les listes des réclamations touchant d'autres établissement scolaires, notamment Bamana. Alors que la situation démographique les impacte comme un minicyclone perpétuel.

Est-ce une contagion du mouvement qui agite les établissements scolaires en métropole ? Lycée du Nord, Sada, Bamana…  En tout cas, les revendications entendues à 10.000 kilomètres de Mayotte ne peuvent que faire amèrement sourire ici. Les reproches d’un emploi du temps « trop lourd de 8 à 18h » sont une paille face à la poutre des problèmes de l’Education nationale vécus à Mayotte.

Gigantisme des établissements qui accueillent souvent le triple d’effectifs par rapport aux prévisions initiales, classes surchargées, déficit de salles, locaux vétustes, sans clim ou ventilateur par 35° à l’ombre, etc. A ce constat qui prévalait avant Chido se rajoute des dégâts qui n’ont pas encore tous donné lieu à des remises en état.

Au lycée du Nord, cela fait 5 semaines, donc quasiment depuis la rentrée, que les élèves sont privés de cours, avec pour certains une épreuve à passer en fin d’année. Un contexte qui affole les parents incitant l’APECSN et la FCPE Mayotte à appeler à rouvrir l’établissement sans abandonner les revendications.

Le syndicat FSU976 indique avoir été reçu mardi 29 septembre au rectorat, pour étudier un protocole de sortie de crise, avec comme avancée, l’attribution de 92 heures supplémentaires et quatre parcours emploi compétences (PEC), la rectrice fustigeant l’attitude d’un groupe restreint d’enseignants et de parents qui continuerait d’empêcher les personnels non-grévistes d’accéder aux salles de classe. De son côté, la FSU contestait formellement toute entrave physique.

L’organisation syndicale en a profité pour avancer également auprès de l’institution de graves dysfonctionnements au lycée de Sada ainsi qu’au collège de M’tsangamouji, avec demande d’enquêtes internes approfondies et décisions administratives immédiates.

Le « contexte social » de l’île

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Plusieurs élèves du lycée Bamana signent des revendications (Image d’illustration)

Et ce 29 septembre, c’est une partie des élèves du lycée Younoussa Bamana qui entraient dans la danse, quelques jours après une mobilisation scolaires à l’unisson du national. En se mobilisant pour dénoncer des conditions de travail et d’études jugées « inacceptables » et exiger des réponses concrètes de l’administration. À l’issue d’une rencontre avec la direction, ceux qui signent leur communiqué « Des élèves du lycée Younoussa Bamana » affirment avoir obtenu des réponses « pas à la hauteur de la situation ».

Les représentants des élèves ont listé plusieurs problèmes prioritaires : des toilettes et des lieux communs insalubres, des classes pouvant atteindre 38 élèves, un manque de professeurs dans plusieurs matières avec des pertes de cours, un déficit de salles, des emplois du temps troués et des journées à rallonge, l’absence d’infirmière scolaire en nombre suffisant, des salles non équipées en ventilateurs et un manque de mobilier, chaises et tables pour étudier.

Selon les élèves, la direction a attribué la saleté des sanitaires au comportement des élèves, expliqué la surcharge des classes par le « contexte social de l’île », et le manque d’enseignants par l’insuffisance de candidatures, et indiquant qu’il n’y aurait « plus de place » pour créer des salles, qu’« une infirmière suffirait », que le matériel serait « réparé » et que des repas avaient été commandés. En réaction, les élèves estiment que « Une année de plus dans ces conditions, ce n’est pas possible ! »

Ils annoncent de nouvelles actions. Ils demandent un plan immédiat de remise en état des toilettes et lieux communs, assorti d’un calendrier suivi par les élèves, la résorption de la surcharge des classes et l’ouverture des postes nécessaires, le recrutement et l’affectation des professeurs manquants – y compris par des contractuels et des moyens dérogatoires – afin qu’aucune classe ne soit privée de cours, la révision des emplois du temps pour supprimer les « trous » et journées trop longues, la présence d’une infirmière à temps plein et l’installation de ventilateurs dans toutes les salles « dans les plus brefs délais ».

Les lycéens appellent leurs camarades, les familles, les personnels et leurs représentants à se joindre à ces mobilisations à venir, dont les modalités et dates seront précisées prochainement. Ils sollicitent aussi l’appui du rectorat, des collectivités territoriales et des autorités compétentes, estimant que l’établissement ne peut, seul, résoudre ces difficultés. « Nos conditions d’études ne sont pas négociables : nous exigeons des réponses écrites, concrètes et datées », concluent-ils.

Le contexte d’enseignement a longtemps été dégradé dans la jeune académie de Mayotte, qui ne possédait encore dans les année 80 qu’un seul lycée, appelé alors lycée de Mamoudzou, désormais lycée Bamana. Sur une île qui fait face à un afflux migratoire tel notamment pour des besoins en éducation en faillite aux Comores, qu’il demanderait une armée de grues pour multiplier les infrastructures scolaires, et sur un foncier rare.

Une problématique que la rectrice seule aura du mal à solutionner, puisqu’elle nécessite un investissement massif dans une période de disette budgétaire nationale inscrivant 54 milliards d’euros d’économie au projet de budget 2027.

La rédaction

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