Les autorités comoriennes sont dépassées par l’afflux de migrants venant d’Afrique continentale. En une semaine d’intervalle, l’archipel a enregistré 159 migrants venant du Burundi, de la République du Congo, de la Tanzanie et d’autres pays de la région des Grands Lacs. Début septembre, une première vague de migrants (147 au total) avait été interceptés sur l’île de Mohéli. Et, une semaine après, soit le lundi 21 septembre, une deuxième vague de migrants (12 au total dont deux femmes) avaient également été enregistrés toujours dans cette petite île de l’archipel. La situation semble dépasser les services en charge de la gestion des flux migratoires.
La complicité des Comoriens installés en Tanzanie et en Ouganda
Deux Comoriens, qui assistaient les migrants, ont été interpellés par le parquet de Mohéli dans le cadre d’une enquête ouverte pour « trafic et complicité de trafic de migrants », selon le procureur de la République de l’île, Elamine Mohamed Souef. Les migrants, une fois interceptés, sont pris en charge par les communautés villageoises avant d’être remis aux autorités locales et aux forces de sécurité. Mais, face à l’ampleur du phénomène, les communautés commencent à s’inquiéter. « Nous leur offrons de l’eau, de la nourriture et des matelas, mais nous avons souvent des moyens limités. Les autorités doivent trouver des solutions en mobilisant des budgets conséquents », a soutenu Bakri Abdoula, membre d’une association locale à Mohéli qui participe régulièrement à des actions de solidarité en faveur des migrants en situation de détresse.
Si les Comores disposent déjà d’un arsenal de répression contre les trafiquants et un dispositif de surveillance des côtes, le pays est confronté toutefois à des soucis de gestion logistique, matérielle et financière des flux migratoires ces cinq dernières années. « Il faut les nourrir, les soigner et leur offrir un cadre de vie digne. Or, l’Etat ne pourrait pas prendre en charge indéfiniment ces migrants à cause de l’absence de ressources financières », avait souligné un officier comorien qui avait participé, le 14 septembre dernier, à l’opération d’éloignement de la première vague. Le choix opéré dorénavant est d’ordonner l’éloignement des migrants comme ce fut encore le cas le lundi 21 septembre. Les douze nouveaux migrants ont été reconduits au large après un passage à la caserne de la Police nationale de Nyumachuwa, à l’est de Mohéli.
Des ressources limitées pour prendre en charge les migrants

Au ministère de l’Intérieur, les techniciens abondent et soulignent l’impérieuse nécessité de faire respecter les conventions internationales signées par les Comores en matière de migration. «Il faut un accompagnement effectif. La gestion de migrants demande une coordination de l’ensemble des acteurs, un seul pays ne peut faire face à lui seul aux flux migratoires. Pour le moment, le gouvernement fait le nécessaire pour leur assurer une vie digne. Mais il faut toujours un accompagnement de nos partenaires car les apports ne sont pas à la hauteur des besoins réels », a souligné Ali Abdou, expert en migration et point focal des questions migratoires au ministère de l’Intérieur, qui félicite l’action menées jusqu’ici par les autorités comoriennes en matière de gestion et de prise en charge des migrants. « Entre 2025 et 2026, plus de 350 migrants ont été rapatriés vers leurs pays d’origine dans de dignes conditions », a-t-il affirmé.
Ces rapatriements volontaires ne prennent pas en compte les dernières vagues de 159 migrants enregistrés au mois de septembre 2026 et les autres opérations clandestines menées via la complicité de Comoriens installés à Dar Es Salam en Tanzanie et en Ouganda. On apprend que plus de « 200 migrants auraient été recensés à Mwali entre avril et septembre 2026, dont 159 au cours du seul mois de septembre ». Les passeurs font miroiter les migrants qui paient une fortune pour toucher Mayotte avant un autre voyage vers l’Europe, en France plus particulièrement.
A.S.Kemba


