La prochaine édition des Jeux des Îles de l’océan Indien déchaîne déjà les passions avant même d’avoir débuté. Car le pays choisi, les Comores, ne fait pas figure de destination idéale pour les Mahorais en raison des tensions diplomatiques qui perdurent, sans compter les polémiques autour du drapeau français interdit aux athlètes de l’île aux parfums, à contrario des Réunionnais.
Au-delà du contexte géopolitique, le monde sportif a été invité à s’exprimer sur le sujet. L’an dernier, une assemblée générale organisée par le Cros (comité région olympique et sportif) de Mayotte a permis de dégager un quasi-consensus. Comités et ligues mahoraises sont prêtes à se rendre à Moroni, en août 2027. En juillet, le comité avait d’ailleurs rappelé que « le mouvement sportif mahorais y participera avec responsabilité, dans le respect de la Charte actuellement en vigueur ».
Seule la ligue de handball a décliné et préfère se concentrer sur une compétition de l’IHF (la fédération internationale de handball) réservée aux territoires émergents de la discipline. Sous la forme de tournois à l’échelle régionale, elle a l’avantage d’être organisée chaque année et faire fi des conflits diplomatiques (les joueurs mahorais y arborent le drapeau français et peuvent chanter la Marseillaise).
Pas de budget pour les stages

Pour les autres, l’espoir même mince de se rendre de l’autre côté de l’archipel demeure. Le comité départemental d’athlétisme de Mayotte, par exemple, a déjà établi une pré-sélection en vue de présenter une équipe, l’an prochain. “Les athlètes auront leur propre échéance et arriveront à leur pic de forme dans les mois précédents, mais ils se tiennent prêts à pouvoir performer au mois d’août si besoin”, fait remarquer un cadre du comité. Dans les sports collectifs, comme le football ou le basket-ball, on espère aussi préparer l’échéance aux Comores. Cependant, il faut pour cela que les sélections commencent à se réunir.
Et c’est justement à ce niveau que ça bloque, puisqu’aucune position officielle de l’Assemblée de Mayotte* (ex-conseil départemental de Mayotte) n’a été adoptée, malgré une concertation organisée au mois de janvier. Une partie de la classe politique s’y montre favorable (voyant ici une façon d’affirmer que Mayotte est française aux Comores), tandis qu’une autre se montre plus frileuse. Or, la collectivité mahoraise est la principale financière à la fois de l’événement, mais aussi de la préparation. Les choses tardent donc et même s’enlisent. Aucun rassemblement de sélection n’a eu lieu, il n’y a pas de stages prévus, le monde sportif est maintenu dans le flou. Ce vendredi, les conseillers de l’Assemblée de Mayotte ont bien voté les subventions, mais les projets en lien avec la préparation des Jeux de 2027 ont tous été recalés. Ainsi, aucun euro ne sera octroyé à la Ligue mahoraise de football ou à celle de basket-ball pour organiser des rassemblements, pareil pour les stages souhaités par le comité d’athlétisme.
Cet attentisme du Département-Région pourrait pousser les sportifs à ne pas se rendre aux Comores faute de préparation suffisante. “On ne va pas envoyer une délégation à la dernière minute”, déplore un cadre du Cros, qui craint également qu’une non-participation ait des répercussions pour 2035, année où Mayotte doit normalement accueillir les Jeux. “Pourquoi les autres viendraient si on n’y va pas ?”, s’interroge-t-il.
Alexis Duclos
*Contacté, le cabinet du président de l’Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousseni, n’a pas donné suite à nos questions.


