Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mardi 29 septembre sur la place de la République à Mamoudzou, à l'appel de l'intersyndicale. Au milieu des drapeaux syndicaux, les lycéens ont rapidement pris le micro pour dénoncer l'insécurité et leurs conditions de scolarité.

« On est en France, on est français mais on ne le voit pas » : à Mamoudzou, les lycéens prennent la tête de la mobilisation

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mardi 29 septembre sur la place de la République à Mamoudzou, à l'appel de l'intersyndicale. Au milieu des drapeaux syndicaux, les lycéens ont rapidement pris le micro pour dénoncer l'insécurité et leurs conditions de scolarité.

Drapeaux syndicaux, cartons de revendications, enceintes de musique et prises de parole se succèdent sur la place de la République. Mais mardi 29 septembre au matin à Mamoudzou, ce sont surtout les voix des jeunes qui dominent. Venus de plusieurs lycées de l’île, des élèves ont rejoint la mobilisation et dénoncent, selon eux, une scolarité marquée par les caillassages et le manque de moyens.

Les lycéens prennent le micro

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Les lycéens de Mayotte étaient présents en nombre lors de la manifestation, à Mamoudzou, le 29 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

Sur le parvis de la place, les prises de parole s’enchaînent. Plusieurs centaines de personnes sont rassemblées pour cette journée nationale de grève, à laquelle l’intersyndicale CFE-CGC, CGT Mayotte, FSU Mayotte, Sud Education Mayotte, UI-CFDT et UNSA a appelé localement. Mais dans la foule, les jeunes donnent rapidement le tempo.

Moustoifa Hamza, 15 ans, lycéen au lycée Younoussa Bamana, est venu défendre les droits des élèves, notamment en matière de bourses, qu’il estime « fragile ». Il réclame aussi « la gratuité de la cantine » dans les établissements scolaires de Mayotte, en évoquant avec émotion les élèves qui, selon lui, ne peuvent pas toujours manger ou boire chez eux. Le jeune lycéen évoque également son propre quotidien. « L’insécurité c’est un problème », dit-il en venant de Cavani. « Et au lycée on a qu’une heure de pause, on est levés depuis 5h ou 6h du matin, et il n’y a pas assez de bus, on est tout le temps en retard », explique-t-il en décrivant des journées contre la montre.

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Thérèse Lebeault, élève de seconde au lycée Younoussa Bamana, lors de la manifestation. Mathilde Hangard / JDM

Quelques instants plus tard, Thérèse Lebeault, élève de seconde au lycée Younoussa Bamana, se saisit du micro, devant une foule qui reprend ses cris. « Y’a pas de sécurité », crie-t-elle sous les applaudissements. « On va au lycée, on a peur avec la boule au ventre », lance-t-elle. « La police elle répond pas, ils sont toujours occupés sur d’autres choses, on est en danger c’est pas normal, on peut mourir, tout le monde s’en fout », hurle-t-elle face à ses camarades en liesse.

Les cris de soutien couvrent sa voix. Elle tente de poursuivre malgré tout dans la cacophonie. « L’insécurité c’est l’enfer, on va au lycée on a peur avec la boule au ventre, on en a marre des conditions, y’a personne qui nous aide », puis, se tourne vers la presse et de nouveau vers ses camarades. « On est en France, on est français on dit, mais on ne le voit pas, on le voit pas qu’on est français, les caillassages, la violence, y’a pas d’eau », scande-t-elle, avant de céder face aux acclamations de la foule, qui l’empêchent finalement de terminer son intervention.

En aparté avec notre rédaction, la lycéenne détaille les raisons de sa présence dans le cortège, avec un sourire un peu teinté de lassitude, comme fatiguée de devoir encore et toujours répéter les mêmes choses. « Le nombre d’élèves trop élevé dans les classes, je parle même pas de l’insécurité, aussi, il n’y pas assez de toilettes, y’en a trois alors qu’on est presque 3000 élèves, y’a pas de ventilateur dans les classes, pas assez d’infirmier, pas assez de bus pour les transports, il y a aussi un manque de profs, un manque de salles, tout en fait (…) y’a rien qui va ». 

Une colère qui dépasse les murs des lycées

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Les lycéens ont brandi des pancartes en criant leurs revendications sur la place de la République, le 29 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

Ces témoignages interviennent alors que plusieurs établissements de Mayotte connaissent depuis plusieurs semaines des mobilisations et des tensions. Au lycée de la Cité du Nord, à Mtsangadoua, parents d’élèves et personnels éducatifs sont mobilisés depuis le 31 août. Au lycée de Sada, des troubles ont également conduit une quarantaine d’enseignants à exercer leur droit de retrait.

La question de la sécurité dépasse d’ailleurs les seuls établissements scolaires. Depuis lundi 28 septembre, de nombreux agents hospitaliers exercent eux aussi leur droit de retrait, dans un contexte marqué par des violences subies par les agents de l’hôpital, notamment sur les routes de l’île.

Sur la place de la République à Mamoudzou, ce mardi, quelques enseignants montent à leur tour au créneau. « Tout ce qu’on demande depuis des années c’est d’avoir au minimum un point d’eau dans chaque établissement de l’île avec la construction de plateau sportif ouvert pour travailler dans des conditions dignes », lance un professeur d’éducation physique et sportive (EPS). « On en a marre et on est là pour le revendiquer », conclut-il sous les applaudissements des élèves.

« Quatre bassins, quatre bassins, quatre bassins ! », scandent les enseignants d’EPS et les élèves, qui réclament davantage d’infrastructures pour apprendre à nager, à l’image du bassin nautique de Bandrélé, ils souhaitent pouvoir disposer d’équipements adaptés sur une île où les infrastructures dédiées à l’apprentissage de la natation restent quasi inexistantes. 

Les syndicats réclament un nouvel alignement des droits

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Le cortège de manifestants quitte la place de la République en fin de matinée, pour déambuler dans les rues de Mamoudzou, le 29 septembre 2026. Mathilde Hangard / JDM

À ces préoccupations s’ajoutent les revendications globales portées par l’intersyndicale. CFE-CGC, CGT Mayotte, FSU Mayotte, Sud Education Mayotte, UI-CFDT et UNSA demandent notamment une augmentation d’au moins 20 points du taux d’indexation des salaires et notamment, « l’alignement immédiat des droits (ndlr : sociaux) à Mayotte », sur le droit national.

Les syndicats défendent également une meilleure reconnaissance des conditions particulières d’exercice à Mayotte pour les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), les équipes mobiles de sécurité (EMS) et les assistants d’éducation (AED), ainsi que le respect des engagements pris en 2025, notamment concernant l’IRCANTEC et le versement d’une prime analogue à la prime REP/REP+ aux personnels exerçant dans les lycées.

Ils demandent aussi un plan pluriannuel de titularisation des enseignants et agents contractuels, une meilleure prise en compte de la situation des contractuels ressortissants de pays non européens, une aide au logement pour tous les agents, ainsi que la reconnaissance de tous les établissements de Mayotte en quartier prioritaire de la politique de la ville pour l’ouverture des droits à l’ASA. L’intersyndicale réclame enfin la déconjugalisation de l’indemnité de sujétion géographique (ISG) et le cumul de la prime spécifique d’installation.

Dans la foule, les drapeaux syndicaux continuent de flotter, la musique résonne et les prises de parole se poursuivent, avant que le cortège de manifestants ne se dirige vers le rond point de la barge pour se faire notamment entendre du côté du rectorat de l’académie.

Mathilde Hangard

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