Sécurité, éducation, chantiers en retard et projets structurants : Roukia Lahadji a présenté à la ministre des Outre-mer plusieurs dossiers qu’elle veut voir avancer rapidement, avec une priorité affichée pour la vidéoprotection.

La maire de Chirongui rencontre Naïma Moutchou sur les dossiers urgents de sa commune

Sécurité, éducation, chantiers en retard et projets structurants : Roukia Lahadji a présenté à la ministre des Outre-mer plusieurs dossiers qu’elle veut voir avancer rapidement, avec une priorité affichée pour la vidéoprotection.

À Chirongui, certains dossiers ne peuvent plus attendre. Face aux violences qui se multiplient dans les villages, aux difficultés de financement et aux projets qui prennent du retard, la maire Hanima Ibrahima «Roukia Lahadji» est allée présenter directement ses dossiers à la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou. Pendant près de deux heures, l’élue a défendu plusieurs projets de la commune et demandé des moyens pour les faire avancer.

La vidéoprotection, priorité numéro un

Elle a pu faire part des dossiers sur la sécurité au cabinet du Premier Ministre.

Le dossier qui lui semble le plus urgent, c’est la vidéoprotection. À Chirongui, les violences concernent des jeunes de villages différents, mais aussi parfois des jeunes d’un même village. Pour la maire, la situation est devenue suffisamment préoccupante pour justifier la mise en place rapide d’un dispositif de vidéoprotection.

Le projet est estimé à environ 700.000 euros, alors que le Fonds de prévention de la délinquance ne représente cette année que 300.000 euros. La commune demande donc que la vidéoprotection soit intégrée aux Fonds de Refondation Mayotte Chido.

« La vidéoprotection est urgente », insiste la maire que nous avons contactée, qui dit enregistrer très souvent des éléments liés aux violences et prévoit de les transmettre aux différents cabinets ministériels pour défendre le sujet. Naïma Moutchou aurait été particulièrement attentive à cette demande. Ses services doivent désormais étudier avec Bercy comment rendre le projet éligible au FRMC.

Des chantiers à débloquer

Plusieurs chantiers lancés depuis 2019 ont pris du retard et ont été de nouveau dégradés par Chido. Mais le problème ne concerne pas uniquement les travaux qui restent à réaliser : certaines subventions sont aujourd’hui devenues caduques, alors que la commune a déjà engagé des dépenses.

Roukia Lahadji demande donc à l’État de permettre à la commune de reprendre certains chantiers encore inachevés, avec des financements complémentaires, mais aussi de débloquer le remboursement de travaux déjà terminés. C’est notamment le cas de la T6 de Chirongui maternelle et du réfectoire de Tsimkoura. Ces deux établissements sont achevées, mais la commune attend encore le remboursement des subventions. « Les entreprises attendent, les factures sont en attente », rappelle la maire, qui estime le montant des remboursements attendus pour les travaux déjà réalisés à environ plus de 3 millions d’euros.

« La ministre a été très attentive et nous a assuré que les dossiers, notamment les caducités de subventions, vont être annulés ».

Addictions et éducation

La maire a également profité de cette rencontre pour défendre plusieurs projets qu’elle considère comme essentiels pour l’avenir de Chirongui. Parmi eux, le terrain de football de Miréréni, le marché couvert de Chirongui, la maison de la famille et de l’artisanat ainsi que le plateau de Tsimkoura, pour lesquels la commune cherche encore à compléter les financements.

Roukia Lahadji et la ministre déléguée à la formation Sabrina Agresti-Roubache.

D’autres projets ont également été présentés, notamment autour de la prise en charge des jeunes confrontés aux addictions. La commune souhaite expérimenter un lieu permettant de mettre à l’abri et d’accompagner ces personnes, avec notamment cinq places le soir, en lien avec l’ARS Mayotte. Sans oublier l’insertion professionnelle avec la création de 2 centres de formations professionnelles.

L’éducation reste le dossier important, avec la volonté de scolariser tous les enfants et d’accompagner ceux qui ne le sont pas encore. Roukia Lahadji estime leur nombre à environ 120 et demande notamment des moyens supplémentaires pour les dispositifs d’accompagnement ainsi que des fonds liés à la pauvreté. « Si on le fait dès maintenant, ça va nous permettre de limiter le coût, en prévenant la délinquance des jeunes et des adultes et éviter qu’ils se retrouvent aux mains de la justice », explique-t-elle.

Des cerveaux pour consommer les fonds

Une question qu’elle considère comme indispensable : l’ingénierie au sein des communes. Il s’agit concrètement d’avoir des personnes locales capables de monter les dossiers, de suivre les études,  et les différentes étapes nécessaires à la réalisation des projets.

Pour elle, l’aide de l’État et celle que peut apporter l’AFD sont importantes, mais elles ne suffiront pas si les communes ne développent pas leurs propres compétences. Elle propose donc qu’une partie du montant de chaque opération d’investissement puisse être consacrée au recrutement d’une ingénierie locale. L’enjeu est surtout de ne pas construire des compétences uniquement avec des dispositifs temporaires. Les équipes mises à disposition partiront un jour, et  les municipalités devront continuer à porter leurs projets.

« Si les communes ne sont pas aussi dotées d’ingénierie pour apprendre à grandir, à marcher, à courir et à faire, nous allons nous retrouver du jour au lendemain sans rien », estime l’élue.

« Nous n’allons pas nous arrêter là » 

La maire aux côtes du cabinet du ministre de l’intérieur.

Roukia Lahadji ne présente pas la rencontre comme une série de décisions déjà actées, mais se félicite de l’écoute reçue de la ministre et de son cabinet. La maire compte maintenant relancer les services concernés, et  prévoit de revenir faire le point dans quelques semaines. « Ça aura le mérite d’avoir été porté à la ministre des Outre-mer. Et nous n’allons pas nous arrêter là », affirme-t-elle.

Pour l’élue, le changement de gouvernement ne doit pas ralentir les démarches. Au contraire, les dossiers doivent être portés dès maintenant, car les besoins restent importants. « J’ai bon espoir que nous allons peut-être avancer de cette manière là », conclut-elle.

Shanyce MATHIAS ALI.

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