Quand on sait que les Outre-mer abritent à eux seuls plus de 80 % de la biodiversité française tout en ne couvrant qu’un cinquième du territoire national, leur faible visibilité historique relevait de l’aberration écologique. C’est pour inverser cette tendance que le Département-Région de Mayotte (DRM), le réseau d’élus Les Eco Maires et la plateforme Idealco ont uni leurs forces afin d’accueillir les Assises Outre-Mer de la biodiversité, couplées aux 11es Assises nationales des espaces naturels sensibles. Deux ans après une première session en Guadeloupe, le rendez-vous a pris ses quartiers à Coconi, résonnant simultanément en visioconférence avec les débats menés à Tours.
Un duplex de haut niveau qui a permis d’instaurer un dialogue direct entre les décideurs métropolitains — dont le maire de Tours, les présidents de la région Centre-Val de Loire et du département d’Indre-et-Loire, ainsi que la direction de l’Office français de la biodiversité (OFB) — et les exécutifs mahorais. « C’est le moment où l’on remet ce territoire au centre des discussions nationales, tout en reliant nos initiatives locales aux plus hautes sphères de l’État et aux ministères », résument Nell Crochet, chargée de mission aux Eco Maires, et Laurent Lagier-Dauphin, directeur des affaires publiques d’Idealco.
Urgence sur les massifs forestiers

Si les plénières du premier jour ont largement valorisé le concept « One Health » (une seule santé unissant l’humain, l’animal et les écosystèmes), la journée de terrain organisée ce mercredi 30 septembre a ramené les participants aux réalités concrètes et vulnérables de Mayotte. Les visites ont notamment conduit les délégations aux abords du lac Karihani, joyau humide de près de sept hectares où nichent de nombreuses espèces d’oiseaux et prolifèrent des essences médicinales rares. Un biotope remarquable aujourd’hui cerné par la pression foncière et les habitations informelles, imposant une concertation urgente entre riverains, agriculteurs, communes et intercommunalités pour garantir sa survie.
Même constat d’urgence dans les hauteurs boisées. Au service des ressources forestières du Département, Souadridini Rani gère la pépinière départementale de Coconi, capable de produire jusqu’à 90 000 plants par an pour reboiser une quarantaine d’hectares d’essences locales. Mais le technicien alerte sur l’intensification des agressions. « Nos forêts subissent des défrichements illégaux massifs pour des cultures vivrières et des feux récurrents. Pour préserver ces espèces végétales et animales uniques, nous avons désormais besoin de
moyens modernes. »
Fédérer la jeunesse
Au parc forestier de Coconi, véritable conservatoire pédagogique de la flore insulaire, les organisateurs ont insisté sur l’appropriation citoyenne de ces enjeux. « Si nous gardons ces

espaces fermés au public, les gens ne peuvent pas comprendre leur valeur. Il faut ouvrir davantage ces lieux, en particulier le week-end, et y amener notre jeunesse pour susciter des vocations. », plaide Ibrahim Ahmed Koumbou, directeur de la transition écologique et énergétique au Conseil départemental. Avec plus de 200 participants enregistrés — dépassant largement les 120 prévus —, la présence remarquée des élèves du lycée agricole de Coconi témoigne de cet intérêt naissant des jeunes générations pour les métiers de l’environnement.
Pour la collectivité, cheffe de file de la biodiversité, les outils stratégiques sont d’ores et déjà calibrés : schéma des espaces naturels sensibles, plan régional de prévention des déchets et schéma départemental d’entretien des rivières (CERM). L’enjeu réside désormais dans l’exécution coordonnée avec les communes et les associations, avec en ligne de mire un objectif : l’inscription de la double barrière de corail du lagon mahorais au patrimoine mondial de l’Unesco.
Après avoir pansé les plaies du cyclone Chido, Mayotte a prouvé durant ces deux jours qu’elle n’était pas qu’un territoire de crises à secourir, mais bien un laboratoire écologique majeur.
Léo Vignal


