Plus d’un an et demi après le passage du cyclone Chido, la question des déchets reste un dossier sensible à Mayotte. À l’issue d’un entretien avec le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Matthieu Lefèvre, le sénateur Saïd Omar Oili affirme 7 % seulement des quelque 22 000 tonnes de déchets générées par la catastrophe auraient été traitées, et que le site des Badamiers pourrait encore nécessiter « un an minimum » avant d’être évacué.
Des affirmations qui doivent être mises en perspective avec les opérations déjà menées par les acteurs locaux et les éco-organismes, ainsi qu’avec les difficultés structurelles du territoire.
Un an minimum ? Une nouvelle échéance qui interroge

Le chiffre est spectaculaire et pourrait relancer la polémique sur la gestion de l’après-Chido dans son ensemble, dans le contexte de publication du bilan gouvernemental controversé. Dans un communiqué transmis à la presse ce mercredi 30 septembre 2026, Saïd Omar Oili rapporte qu’au cours de son entretien la veille avec le ministre, ce dernier lui aurait indiqué que l’évacuation du site de Mtsapéré avait commencé et que celle des Badamiers ne pourrait pas intervenir avant « un an minimum ».
Le sénateur rappelle que, selon lui, plus de 22 000 tonnes de déchets ont été générées par le cyclone et que seulement 7 % auraient été traitées. Il conteste également les chiffres figurant dans le bilan d’étape de la loi du 11 août 2025 de programmation pour la refondation de Mayotte, qui fait état de 100 % des pneus et de 91 % des déchets métalliques enlevés, comme nous l’avons rapporté. Saïd Omar Oili estime que ces données « ne correspondent pas à la réalité sur le terrain ».
Aux Badamiers, les déchets continuent d’être triés et évacués

Quelques mois plus tôt, le Syndicat Intercommunal d’Élimination et de Valorisation des Déchets de Mayotte (SIDEVAM) décrivait une situation encore en cours de traitement. En mars 2026, Chanoor Cassam, alors directeur général des services du SIDEVAM976, indiquait que les déchets liés au cyclone Chido entreposés dans le secteur des Badamiers continuaient d’être pris en charge quotidiennement.
Les déchets étaient alors répartis en deux ensembles. Le premier regroupait des encombrants ayant déjà fait l’objet d’un tri, notamment des pneus, de la ferraille et du plastique. Le second était constitué de déchets mélangés, qui faisaient l’objet d’opérations quotidiennes de tri et d’extraction. Le fonctionnement du site reposait sur un flux de déchets entrant pour être traité et un flux sortant destiné à l’enfouissement.
En mars 2026, entre 30 et 50 tonnes de déchets issus de Chido étaient évacuées chaque jour depuis la Petite-Terre. Ce volume s’ajoutait également aux quelque 40 tonnes de déchets produites quotidiennement par le territoire. Le SIDEVAM estimait ainsi à environ 80 à 100 tonnes par jour la quantité totale de déchets évacuée de Petite-Terre. Une partie des matériaux issus du tri devait être acheminée vers la métropole. Ces exportations étaient organisées à raison d’environ une expédition tous les deux mois, en fonction notamment des rotations maritimes disponibles.
Ces opérations se déroulaient toutefois dans un contexte de capacités de traitement limitées. Le centre d’enfouissement de Dzoumogné avait été touché par Chido alors que son premier casier arrivait déjà en fin d’exploitation. Le deuxième devait progressivement prendre le relais, avec de nouvelles alvéoles prévues à partir de 2027.
Mise en demeure des éco-organismes

À l’issue de son entretien avec le ministre, Saïd Omar Oili affirme avoir obtenu plusieurs engagements. Matthieu Lefèvre aurait notamment annoncé la mise en demeure des éco-organismes chargés du traitement et de l’évacuation des déchets, ainsi que la demande d’un plan d’action assorti d’un calendrier.
Le sénateur a également soulevé la question des déchets plastiques liés à la crise de l’eau. Il affirme que plus de 23 millions de bouteilles ont été acheminées à Mayotte entre 2024 et 2026. Selon son communiqué, le ministre s’est engagé à travailler avec les éco-organismes à la mise en place d’un « contrat de performance » destiné notamment à réduire ces déchets.
L’entretien a enfin porté sur plusieurs infrastructures hydrauliques prévues par la loi du 11 août 2025, notamment l’usine de dessalement d’Ironi Bé, toujours à l’arrêt, et la troisième retenue collinaire. Saïd Omar Oili indique également vouloir poursuivre les discussions avec Monique Barbut, ministre de la Transition écologique.
Pour les déchets de Chido, la prochaine étape sera donc de voir comment les engagements annoncés se traduisent concrètement sur les différents sites. Le calendrier demandé aux éco-organismes vise à permettre de préciser le rythme des opérations dans les prochains mois.
Mathilde Hangard


