Les taximans sont parmi les premiers à subir les conséquences des travaux de la CADEMA, alors que la phase 2 Nord du Caribus, lancée officiellement le 30 juillet dernier sur la RN1 entre le Carrefour Méga et le Carrefour Nel, a profondément modifié la circulation dans le secteur. Pour ceux qui passent leurs journées au volant, chaque détour et chaque minute dans les bouchons a un impact direct sur leur profession.
Des trajets qui prennent deux fois plus de temps
Djaffar, taximan à Kawéni, mesure la différence par rapport à son activité habituelle. Avant, il pouvait faire six ou sept allers-retours dans une journée, aujourd’hui, il en fait au maximum trois ou quatre.
Le temps nécessaire pour effectuer certains trajets a lui aussi fortement augmenté. Pour revenir jusqu’à la barge, son point de départ, Djaffar compte désormais environ une heure, alors qu’il lui fallait auparavant une trentaine de minutes, voire moins. Pendant ce temps, le taxi n’avance pas, mais le compteur de la journée, lui, continue de tourner.

Et les heures passées derrière le volant commencent aussi à se faire sentir physiquement. « J’ai jamais eu des douleurs aux pieds comme maintenant », lâche le chauffeur. Avec les travaux, il dit devoir désormais adapter son rythme et accepter de faire moins de trajets pour pouvoir tenir sur la durée.
La circulation alternée a tout de même apporté un peu d’air frais depuis sa mise en place, maintenant les chauffeurs peuvent notamment aller jusqu’aux Hauts-Vallons plus facilement qu’au début du chantier. « Certaines zones restent difficiles, surtout autour du tribunal et jusqu’au centre Kinga, où les bouchons sont importants surtout aux heures de pointe, car les travaux sont juste à côté ».
Des détours qui coûtent cher
Le problème ne se limite pas au temps passé dans les embouteillages. Pour les taximans, les nouveaux itinéraires compliquent aussi les déplacements à l’intérieur même de Kawéni. « On a des clients qui travaillent au centre de Kawéni et d’autres qui veulent aller de l’autre coté au tribunal. Je suis obligé de faire le détour aller au tribunal puis aller au centre. C’est autant compliqué pour nous que pour les clients ».
À la fin de la journée, ces détours représentent moins de courses et donc moins de recettes. « On passe le plus clair de notre temps dans les embouteillages, forcément nos recettes diminuent et de quasiment la moitié », estime Djaffar.

À cela s’ajoute le carburant, les véhicules restent immobilisés dans les bouchons, moteur allumé, alors que les prix de l’essence ne font que grimper et pèsent déjà sur les chauffeurs. « Le moteur tourne, c’est de l’essence et de l’argent en plus à débourser », rappelle-t-il.
Certains usagers finissent aussi par chercher d’autres solutions. Ramatou, habitante de Petite-Terre, a préféré laisser sa voiture à C’tam avant de prendre un taxi pour se rendre au tribunal. « Je ne me voyais pas conduire avec les embouteillages et puis une voiture en moins sur la route c’est déjà ça ».
Mais encore faut-il trouver un taxi, pour le retour elle a dû marcher jusqu’au centre Kinga pour espérer en trouver un. Une situation qui montre aussi le paradoxe actuel : alors que certains habitants cherchent à éviter de prendre leur voiture pour ne pas ajouter un véhicule aux bouchons, les taxis eux-mêmes restent bloqués dans la circulation.
« On est aussi des transports en commun »
Face à ce problème, les taximans demandent surtout davantage de possibilités pour circuler. Ils souhaitent que certains passages puissent leur être ouverts, notamment au niveau du rond-point SFR. Pour ces usagers, les taxis devraient pouvoir bénéficier de certains accès réservés aux transports collectifs. « On est aussi des transports en commun comme les bus », insistent-ils.

L’objectif, pour les chauffeurs, est de pouvoir déposer les clients là où ils doivent aller sans être obligés de faire de longs détours. Car l’itinéraire d’un taxi dépend de la destination demandée par le passager. Il faut désormais trouver un équilibre entre continuer à travailler et ne pas s’épuiser sur la route. « Chacun va s’organiser par rapport à sa santé, pour pouvoir tenir le plus longtemps possible », explique Djaffar.
Pour l’instant, les taximans de Kawéni doivent composer avec ces nouvelles contraintes. Ils réduisent leurs trajets, prennent leur mal en patience et tentent de s’adapter à la circulation.
Shanyce MATHIAS ALI.


