C’est une liste qui en a surpris plus d’un au commissariat de Mamoudzou. Au début du mois de juillet, un arrêté du ministère de l’Intérieur a fixé une liste de 1.919 personnes récipiendaires d’une médaille de la sécurité intérieure portant l’agrafe “Chido”. La distinction vient récompenser les membres du ministère qui se sont distingués par leur dévouement à la suite de l’événement climatique du 14 décembre 2024. On y trouve autant les préfets de Mayotte ou de La Réunion (François-Xavier Bieuville et Patrice Latron) que des membres de la protection civile, des pompiers, des gendarmes ou des policiers, qu’ils soient venus en renfort ou étaient déjà sur place en décembre 2024. Dans ce contingent réparti en trois échelons (or, argent ou bronze), une centaine de fonctionnaires de la direction de la police nationale de Mayotte y figurent. Un chiffre éloigné des 400 noms proposés initialement par le service (soit la moitié de la DTPN de Mayotte).

“Il y a la frustration et une grosse déception”, constate Blandine Rostang, la déléguée adjointe de l’Unsa police à Mayotte. “Ils ont fait tout simplement leur travail, mais cela aurait été une reconnaissance par rapport à leur investissement aux dépens du temps avec leurs familles.” La responsable syndicale rappelle qu’une partie d’entre eux sont revenus de congés ou de repos pour travailler dans les jours qui ont suivis le cyclone. D’autres ont continué à travailler alors que leurs logements ont été détruits par le vent et la pluie.
« Le coeur est partagé »
“Mes parents habitent en Petite-Terre. Il n’y avait pas de téléphone. J’allais au travail sans savoir si mes proches étaient vivants ou s’ils mangeaient à leur fin”, raconte un policier mahorais de 34 ans, en souhaitant garder l’anonymat. “J’ai su quelques jours plus tard qu’ils n’avaient plus de toit. Je ne vous cache pas, même si on est fonctionnaire, quand il faut aller au travail dans ces conditions, le cœur est partagé.” Dans les jours qui ont suivi, il rappelle qu’il a continué à travailler en exerçant de nouvelles missions. “On faisait du recensement, on cherchait les blessés. On allait à Kawéni pour prendre contact avec la population”, poursuit-il. Si son logement à Mamoudzou a été partiellement endommagé, il a vu ses collègues dormir au commissariat.
Alors, pourquoi une centaine de noms ont été retenus et pas les autres ? Dans les rangs des policiers, on s’interroge sur les critères requis, que ce soit pour intégrer la liste ou atteindre tel ou tel échelon. Le policier présent pendant Chido s’attendait à ce que “les plus méritants soient ceux présents pendant le cyclone”. Mais à son grand étonnement, même si son chef d’unité avait bien transmis son nom, il n’a jamais vu le sien. “J’ai des collègues très honnêtes qui admettent qu’ils n’ont pas été là pendant le cyclone, ils étaient en congés en métropole”, assure-t-il.
“Tout s’est fait au ministère de l’Intérieur*”, rappelle la syndicaliste. Alors que les policiers ont eu connaissance de la liste au lendemain du passage de leur ministre Laurent Nunez à Mayotte, les 26 et 26 août, l’Unsa police via son bureau national a demandé des comptes au ministère et obtenu un début de réponse. Ce dernier aurait promis de “réouvrir le dossier”.
Alexis Duclos
*Contacté, le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu à nos questions.


