Le navire Marion Dufresne a quitté La Réunion vendredi dernier avec, à son bord, des chercheurs, des marins, mais aussi des étudiants de plusieurs territoires de l’océan Indien, dont l’Université de Mayotte.
Jusqu’au 8 octobre, ils vont participer à la campagne MAYOBS36, consacrée à l’étude du volcan sous-marin Fani Maoré, à quarante kilomètres des côtes mahoraises. Une expérience particulière pour les étudiants de Mayotte, plus directement confrontés à ce sujet, qui vont découvrir la recherche scientifique en immersion réelle sur le terrain.
Une université sur l’eau

Pendant près de trois semaines, le Marion Dufresne va servir de laboratoire flottant. Le navire est engagé dans la campagne MAYOBS36, consacrée notamment au suivi du volcan sous-marin Fani Maoré et de la chaîne volcanique située à l’est de Mayotte.
À bord, les étudiants inscrits en Licence 3 Sciences de la Vie de l’Université de Mayotte vont découvrir concrètement comment se déroule une campagne scientifique en mer. Au contact des chercheurs, ils pourront travailler à partir des données recueillies pendant la mission, notamment sur la température, la salinité, le dioxyde de carbone, la sismicité ou encore la bathymétrie.
Le but est de comprendre comment une mesure réalisée en mer devient une donnée scientifique, puis comment cette donnée permet aux chercheurs de mieux comprendre ce qui se passe sous l’océan. Pour l’Université de Mayotte, l’enjeu est de « permettre à des étudiants d’être directement associés à la recherche menée sur leur territoire ».
Un sujet qui touche directement les étudiants de Mayotte
Cette immersion prend un relief particulier pour les étudiants de Mayotte, puisque la campagne porte sur un phénomène qui se déroule à seulement quelques dizaines de kilomètres de leur île. Depuis 2018, Mayotte fait l’objet d’une surveillance scientifique renforcée après l’apparition d’une importante activité sismique au large de l’île. En 2019, les chercheurs ont notamment découvert le volcan sous-marin Fani Maoré, situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Petite-Terre.
Les étudiants pourront ainsi découvrir les instruments utilisés en mer, observer les scientifiques au travail et suivre les différentes étapes qui permettent de recueillir et d’interpréter les données. Une manière de voir la recherche autrement que depuis une salle de cours.
La mission réunit également des étudiants de La Réunion, des Seychelles et de l’île Maurice. Au-delà de l’expérience scientifique, l’Université de Mayotte veut en faire un moment d’échange entre des jeunes de différents territoires de l’océan Indien, autour de problématiques qui concernent toute la région.
La science, mais aussi l’art

L’expérience ne concerne pas uniquement les étudiants en sciences. Des étudiants en Licence Lettres Modernes de l’Université de Mayotte et de l’École supérieure d’art de La Réunion participent également au projet. Leur travail sera consacré à la manière de raconter et de rendre accessibles les découvertes réalisées pendant la mission.
Ils pourront notamment utiliser l’écriture, l’illustration, le son ou encore la mise en voix. Après la mission, ce travail doit donner naissance à un livret de vulgarisation scientifique. Une restitution est également prévue le 27 novembre à l’Université de Mayotte.
Les scientifiques et les étudiants espèrent réussir à faire comprendre des phénomènes parfois difficiles à voir et à expliquer avec des mots plus accessibles à tous et d’autres vecteurs, comme l’art, pour sensibiliser la population. Car si les chercheurs étudient et rapportent constamment ce qui se passe sous plusieurs centaines ou milliers de mètres d’eau, les étudiants auront pour mission de raconter cette science à ceux qui ne peuvent pas être à bord.
Pour l’Université de Mayotte, cette mission est donc une manière de rapprocher les étudiants de la recherche, mais aussi de leur territoire. « Pendant que certains commentent depuis le quai, nous choisissons d’embarquer », écrit ainsi l’université dans son communiqué.
Mathilde Hangard


