C’est dans les salons du restaurant Le 5/5, sur le front de mer de Mamoudzou, que la fédération locale des Républicains (LR 976) a tenu sa conférence de presse ce lundi 21 septembre. Face aux journalistes, l’état-major de campagne local entourait Pierre Danon. Venu tout droit de l’Hexagone, le trésorier national et artisan du programme présidentiel de Bruno Retailleau achevait une mission de trois jours sur l’île pour ajuster la déclinaison ultramarine du projet de la droite.
Dans les mémoires mahoraises, l’analogie historique est soigneusement choisie : celle de la fameuse « lettre aux Mahorais » de Nicolas Sarkozy en 2007, prélude à la départementalisation de 2011. Vingt ans plus tard, la droite entend réitérer l’exercice sous la forme d’un « contrat de mandature » articulé autour de dix engagements cardinaux pour le quinquennat 2027-2032. Au total, l’enveloppe globale revendiquée s’élève à 5,36 milliards d’euros, combinant 3,76 milliards d’euros de crédits déjà budgétés (notamment issus de la loi de programmation pour Mayotte d’août 2025 post-Chido) et 1,6 milliard d’engagements financiers nouveaux.

L’impératif constitutionnel
Mais au-delà des montants annoncés pour les infrastructures ou l’approvisionnement en eau potable, le cœur du réacteur doctrinal présenté par Pierre Danon repose sur le volet régalien. Pour l’émissaire national de Bruno Retailleau, aucun redressement économique ni aucune politique publique ne pourront fonctionner à Mayotte sans un rétablissement préalable de « l’ordre » républicain. Or, selon le diagnostic posé par le parti, les outils juridiques ordinaires sont arrivés à épuisement face à la jurisprudence du Conseil constitutionnel.
Pour contourner les censures systématiques des Sages, Les Républicains subordonnent leur action à une révision de la Constitution française. Une telle refonte impliquerait d’inscrire directement dans le texte fondamental de 1958 des dispositifs d’exception qui bousculent les équilibres démocratiques traditionnels de la Nation.
Au premier rang de ces ruptures figure l’abrogation définitive et générale du droit du sol, étendue à l’ensemble du territoire national. À cela s’ajoute le rétablissement d’un délit de séjour irrégulier interdisant purement et simplement toute régularisation ultérieure pour les étrangers entrés clandestinement. Le projet défend une réécriture constitutionnelle abaissant l’âge légal de la majorité pénale en instaurant l’exécution automatique et immédiate de courtes peines de prison (de quinze jours à un mois).

Une telle refonte soulève un vrai dilemme démocratique : jusqu’où l’État peut-il aller au nom de la fermeté sans piétiner les libertés fondamentales et ses engagements internationaux ? Pour concrétiser le renvoi des personnes en situation irrégulière vers des pays tiers — à l’instar d’accords bilatéraux avec des pays africains sur le modèle australien ou britannique — ou la détention administrative prolongée jusqu’à dix-huit mois, la droite propose une dissociation assumée avec les standards juridiques actuels de l’État de droit. Une vision radicale que la délégation assume sans détour comme le seul rempart contre « la politique des pompes aspirantes ».
Bases militaires, justice et eau
Le pacte décline cette fermeté sécuritaire par la construction d’une Cité judiciaire, d’un deuxième centre pénitentiaire et l’édification d’une nouvelle brigade de gendarmerie à Bandraboua servant de centre de commandement névralgique. Pour verrouiller le lagon face aux arrivées quotidiennes de kwassas, le programme acte l’aménagement d’une base navale permanente et l’acquisition d’un patrouilleur d’outre-mer (POM) à Longoni.
Sur les aspects sociaux et économiques, le pacte entend sanctuariser la fin définitive des tours d’eau dès 2027 grâce à l’usine de dessalement et au lancement de la troisième retenue collinaire, tout en portant la part des énergies renouvelables à 30 % à l’horizon 2032. Sur le plan de la formation, Les Républicains réclament la création d’une Université des métiers décentralisée, gérée directement par le Conseil départemental, afin de former sur place la jeunesse mahoraise aux filières en tension : BTP, économie bleue et transformation agricole.
L’urgence des délais de paiement
À l’issue d’un échange matinal avec une douzaine de chefs d’entreprise mahorais, Pierre Danon a toutefois soulevé une vive alerte, le risque d’asphyxie économique immédiat du secteur privé mahorais. « En deux ans, nous sommes passés de 3 000 à 1 850 entreprises de plus d’un salarié à Mayotte », a martelé le cadre national, dénonçant les retards abyssaux de règlement des collectivités publiques pouvant s’étaler sur un à trois ans. Pointant du doigt la responsabilité de l’État, qui n’aurait toujours pas décaissé les 626 millions d’euros programmés au profit du territoire dans la dernière loi de finances, le trésorier LR a promis de porter ce dossier d’urgence au niveau national pour sauver les 27 000 emplois privés de l’archipel. Le projet désormais posé sur la table locale doit encore recevoir l’arbitrage définitif du candidat Retailleau.
Léo Vignal


