Ce matin, le village de Vahibé est calme. Puis on aperçoit les enfants, par petits groupes, qui marchent dans les rues, le long du plateau sportif tout juste réparé, et nous conduisent vers l’école. Un chant de coq, quelques parents sur le chemin, peu à peu, l’agitation monte autour de la place où se trouve l’établissement scolaire. Près de deux ans après le cyclone Chido, l’école reçoit toujours bien plus d’élèves qu’avant la catastrophe. Les murs, eux, ne sont pas tous revenus.
À Vahibé 1, le terrain attend encore l’école

En arrivant à Vahibé, c’est d’abord l’ancienne école que l’on aperçoit. Vahibé 1, qui comportait onze salles de classes, a été lourdement endommagée par les vents de Chido. Un an plus tard, le site a été débarrassé et terrassé. Il est aujourd’hui clôturé et cadenassé. Sur place, un vaste terrain vague domine, où l’on devine les traces de ce qui a été détruit.
C’est ici que doit s’élever la future école T20. Le projet avait été pensé avant Chido, mais le cyclone en a renforcé l’urgence. Vingt classes doivent être construites sur cet ancien site, pour un coût de 11 millions d’euros. Sur le papier, le projet est bien engagé. Le marché a été signé. Mais les entreprises n’ont pas encore reçu officiellement l’ordre de commencer les travaux.

Contactée par notre rédaction, la Ville de Mamoudzou explique attendre encore la notification de l’arrêté de subvention de l’État, qui doit financer une grande partie de l’opération.
Selon les services municipaux, le dossier pourrait désormais se débloquer, mais le chantier, lui, n’a pas encore démarré. L’ancienne école a disparu en partie, et la nouvelle est loin d’être là. Il faut alors descendre dans le quartier pour voir où sont passés les élèves.
Plus bas, Vahibé 2 absorbe le choc

La route descend puis remonte le long du plateau sportif tout juste réparé. Par petits groupes, les enfants avancent, souvent accompagnés de leurs parents. Tous se dirigent vers Vahibé 2, au bout d’une place en cul-de-sac où se trouve l’établissement scolaire.
Depuis la destruction de Vahibé 1, c’est ici que les élèves ont été regroupés.

Près de 1.400 enfants y sont aujourd’hui accueillis, contre environ 450 habituellement, dans une quinzaine de salles. Les journées ont dû être adaptées à cette situation. « Les enfants n’ont que trois heures de cours par jour, c’est depuis Chido », raconte une mère.
Dans la cour de Vahibé 2, des travaux sont néanmoins visibles. Le chantier T6 doit ajouter six salles de classe à cet établissement. Les travaux ont pris du retard, reconnaît la Ville, notamment à cause « d’un problème d’approvisionnement survenu quelques mois plus tôt ». La livraison est désormais annoncée par fin septembre 2026, annonce la mairie.
En face, sept salles presque terminées à T7

De l’autre côté de la place, le chantier T7 fait face à Vahibé 2. C’est ici que cette même mère de famille espérait voir ses enfants accueillis pour qu’ils aient plus d’heures de cours. Au début de l’année scolaire, elle a participé au blocage de l’école avec une dizaine d’autres personnes, pour demander qu’ils puissent rejoindre les nouvelles salles. « On a bloqué l’école au début car on voulait que les enfants aillent dans l’autre école », explique-t-elle, dans un vacarme de sons de travaux.
Sept salles doivent être installées dans ce nouveau bâtiment. Leur livraison était attendue plusieurs mois plus tôt, mais le chantier a connu un long arrêt. Selon la Ville, des personnels intervenant sur le site ont été agressés par des jeunes. Ils ont exercé leur droit de retrait et les travaux ont été suspendus en mars 2026, avant de reprendre en août dernier.
Le 17 septembre, les ouvriers étaient à pied d’oeuvre. D’après la mairie, la livraison est imminente. Il reste le branchement électrique et la commission chargée de contrôler les installations. La Ville vise une mise en service la semaine suivante, soit à la fin du mois de septembre 2026. Ainsi, les six salles installées au sein de Vahibé 2 et les sept futures salles du bâtiment T7 doivent « compenser », déclare la mairie, « les onze classes perdues à Vahibé 1 », en attendant la reconstruction de l’école T20 sur son ancien site.
Pour les familles, le provisoire dure

Il serait inexact de dire que rien ne bouge à Vahibé. Les chantiers existent, certains avancent, d’autres doivent encore franchir des étapes administratives ou techniques. Mais leur calendrier n’est pas celui des familles. Entre les retards d’approvisionnement, les financements à notifier, les arrêts de chantier et les raccordements électriques, il y a surtout des enfants qui, chaque jour, vont à l’école pour quelques heures, d’autres qui attendent une place, et des parents qui doivent sans cesse jongler avec cette réalité.
« Je les emmène à l’école et je viens les chercher après, je suis femme au foyer, c’est mon travail », raconte une mère. Aggravée par le cyclone Chido, l’organisation scolaire est devenue une affaire quotidienne pour les familles. Les horaires, les déplacements, les places disponibles… tout se répercute à la maison.
La reconstruction avance par étapes. Six salles ici, sept là. Puis, à plus long terme, une école de vingt classes à l’endroit où se trouvait Vahibé 1. Ces projets doivent permettre de retrouver progressivement les onze classes détruites par Chido. Mais pour les familles, le provisoire dure.
Un peu plus loin, le long de la route, une femme vend des sachets de popcorn, des bonbons et des sucreries. Sa fille de trois ans est assise en tailleur à côté d’elle. Chaque matin, la petite voit les autres enfants partir vers l’école. Elle voudrait les suivre, mais elle n’a pas encore de place en maternelle. Sa mère raconte qu’elle est triste. Deux de ses enfants sont scolarisés. Pour la troisième, elle n’a pas d’autre choix que d’attendre. « La directrice m’a dit qu’elle me dirait s’il y a une place pour ma fille, mais j’attends », raconte-t-elle. Et tous les matins, la petite fille pose la même question à sa mère : « Pourquoi les autres enfants vont à l’école et pas moi ? »
Mathilde Hangard


