Réunis ce jeudi matin à la Technopole de Dembéni pour le colloque « Yatru Malalao », sur les plantes médicinales locales, les acteurs de la forêt ont alerté sur les menaces qui pèsent sur les massifs, alors que la saison sèche ne fait que débuter.

La menace des feux de forêt s’est invitée au colloque « Yatru Malalao »

Réunis ce jeudi matin à la Technopole de Dembéni pour le colloque « Yatru Malalao », sur les plantes médicinales locales, les acteurs de la forêt ont alerté sur les menaces qui pèsent sur les massifs, alors que la saison sèche ne fait que débuter.

Recenser les plantes, les documenter, apprendre à les connaître et mieux s’en servir, c’est essentiel. Mais avant d’en arriver là, il faudrait d’abord pouvoir les protéger face aux multiples dangers qui les menacent : catastrophe climatique, déboisement, plantes envahissantes, et à cela s’ajoutent les feux de forêt.

La question s’est invitée ce matin lors du colloque « Yatru Malalao », à la Technopole de Dembéni : comment protéger nos forêts, et par la même occasion, nos plantes médicinales  face à tous ces risques ?

La sujet est intervenu alors que la saison sèche a commencé, amenant avec elle les incendies en forêts. Fin août, un feu à Barakani avait déjà mobilisé plus de 130 pompiers pendant trois jours, avec 25 hectares brûlés. Dans les hauteurs de Bouéni, un autre feu avait également touché cinq hectares, provoqué par de la culture sur brûlis.

Une forêt sous pression 

Mayotte compte environ 1.350 espèces de plantes vasculaires, dont 719 indigènes et entre 50 et 60 espèces strictement endémiques du territoire. Pour Soulaimana Issouffou, directeur adjoint de l’ONF à Mayotte, les conséquences des dégradations forestières ne doivent pas être regardées uniquement à travers les grands arbres.

« Quand on dit un arbre est tombé, ça veut dire qu’il y a aussi les petites espèces, notamment endémiques ou indigènes ou médicinales, qui étaient au sol qui sont aussi touchées. Il y’a des espèces qui vont disparaître  », rappelle le représentant de l’ONF.

Mayotte, SDIS, pompiers, incendies, feux,
Plusieurs feux de forêts ont été recensé le mois dernier.

Un constat qui prend encore plus de poids depuis le passage du cyclone. D’après les diagnostics réalisés en janvier et février avec l’ONF International, les niveaux de dégâts sont compris entre 40 et 90 % selon les secteurs forestiers.

L’an dernier, c’est environ 300 hectares qui avaient été touchés par les feux. Pour cette année, le bilan n’est pas encore établi, mais les intervenants reconnaissent que la situation est inquiétante. Une grande partie de ces feux qui atteignent les forêts commencent à l’extérieur, notamment dans les zones cultivées. Avec la pente et le vent, les flammes remontent ensuite vers les massifs. « Il y’a aussi la question du charbon de bois clandestin. On a encore des puits de charbon qu’on contrôle dans le nord », explique Chanrani Soidri, service forestier du Département.

À cela s’ajoute une autre difficulté : accéder aux massifs et y assurer la surveillance. « Avant Chido, on avait un peu plus la main dessus. Après Chido, c’est devenu compliqué à cause de tous les dégâts ».

« On passe notre temps à compter les dégâts »

Le public était très actif lors différentes tables rondes. CR : CESEM.

Dans le public, Abdou Dahalani, président du CESEM, a interpellé les acteurs présents sur les mesures réellement mises en œuvre pour sortir de ce « cercle vicieux ». « Pas moins d’une trentaine d’hectares, voire 50 hectares sont reboisés par an avec l’ONF », a répondu Soulaimana Issouffou. Des opérations de restauration qui sont notamment financées par des fonds européens.

Aujourd’hui, une trentaine d’agents sont chargés de surveiller les domaines forestiers gérés par les différents organismes : trois techniciens pour l’ONF, une vingtaine d’agents pour le service forestier du Département et sept agents pour la réserve naturelle nationale.

Une trentaine d’agents qui se trouvent dans le périmètre de la réserve, avec des missions de contrôle et de surveillance, notamment dans les hauteurs, alors que l’accès à certains sites est devenu plus compliqué depuis Chido et que les incendies viennent ajouter une difficulté supplémentaire.

Des renforts pour contrôler les forêts

Face à ces difficultés, des renforts ont été mobilisés, Soulaimana Issouffou explique que l’ONF a fait venir des agents de départements voisins pour épauler les équipes locales, surtout pour  les opérations de surveillance et de contrôle.

Ces opérations ont été menées avec la Direction de l’ Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt ( DAAF) et l’Office français de la biodiversité (OFB). L’intérêt est notamment de disposer de moyens humains supplémentaires et de compétences plus larges.

Les agents de l’OFB, sont venus prêter mains fortes aux organismes locals.

Les agents venus en renfort ont ainsi permis de mener des opérations avec un effectif plus important, avec la possibilité de contrôler les pratiques et lorsque des infractions sont constatées, de les verbaliser. « Tous ces dégâts-là,  sont réalisés par les humains, ça c’est sûr, mais des humains qu’on n’arrive pas toujours à contrôler  ».

Pour les intervenants du colloque, la protection des forêts passe donc par plusieurs étapes : surveiller davantage, contrôler, restaurer les espaces dégradés et mieux les protéger. Et alors que la saison des incendies ne fait que commencer, les hectares brûlés ces dernières semaines donnent déjà une idée de l’ampleur du défi.

Shanyce MATHIAS ALI.

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