Pour certains professionnels du tourisme, être visible sur internet reste encore difficile, notamment lorsqu’il faut investir dans leur promotion. C’est à partir de ce constat qu’Anli Paul Henry Maba Dali, fondateur d’Outre-mer Tourisme, propose une solution gratuite pour leur permettre d’être davantage vus par les visiteurs.
L’idée est de permettre aux hôtels, restaurants, guides, prestataires de loisirs et artisans de créer gratuitement un compte professionnel sur la plateforme, avec des photos, une présentation de leur activité, et leurs coordonnées. Cette solution doit permettre aux professionnels de bénéficier rapidement d’une présence numérique sans avoir à supporter les frais liés à la création et à la gestion d’un tel outil.
Une plateforme gratuite
Anli Paul Henry Maba Dali explique avoir contacté, il y a environ deux mois une dizaine de professionnels à Mayotte afin de leur présenter le principe. Selon lui, plusieurs se sont montrés intéressés, mais ont expliqué ne pas disposer des moyens financiers nécessaires, dans un contexte économique difficile après le passage du cyclone Chido. « On va leur donner gratuitement, c’est une façon de les accompagner et d’être solidaire », explique le fondateur d’Outre-mer Tourisme.

La plateforme prévoit également un classement par secteurs, notamment l’hébergement, la restauration, le nautisme, l’artisanat, la culture et les excursions, ainsi que par thématiques comme l’écotourisme, la plongée ou les activités traditionnelles.
« Le mois dernier, il y’avait 119.000 visiteurs uniques, d’après les statistiques d’Ionos sur notre site. Si on regarde les données récentes on est à 67.000 visiteurs par an sur l’île », affirme-t-il. Pour lui, cette audience est parfaite pour le territoire, puisque la plateforme est consacrée aux destinations ultramarines.
L’objectif est donc de faire apparaître les professionnels mahorais devant des visiteurs qui consultent déjà un site consacré à l’outre-mer, plutôt que de leur demander de construire eux-mêmes une audience. Au-delà du tourisme, l’idée est aussi de faire émerger une autre image du territoire en ligne, où les recherches sur Mayotte font des contenus négatifs.
Un projet en attente de soutien

Pour pouvoir proposer cette gratuité à l’ensemble des professionnels concernés, Outre-mer Tourisme sollicite le Département-région pour un soutien de 50.000 euros. Cette somme doit notamment permettre de financer les besoins techniques liés à la création et à la gestion des comptes, ainsi que le travail des équipes chargées de faire fonctionner le dispositif. « Ça ne couvrira pas tout les supports numériques, mais au moins c’est un début », confie le créateur.
Aucune commission ne serait prélevée sur les échanges entre les professionnels et leurs clients. La plateforme doit simplement servir de vitrine et de point de contact, les visiteurs pouvant ensuite contacter directement l’établissement ou le prestataire.
Le projet sera déployé en plusieurs étapes : « La deuxième phase consistera à lancer le dispositif à travers les médias, justement pour expliquer à l’ensemble des professionnels l’existence de ce projet ». À terme, le fondateur vise au minimum 1.000 comptes professionnels, avec un premier bilan six mois après le lancement pour mesurer les inscriptions par secteur et établir une cartographie des activités touristiques.
Des outils existent déjà, rappelle l’UMIH
Pour Charles Henri Mandallaz, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie 976, l’initiative mérite surtout d’être regardée à travers ce qui existe déjà sur le territoire. Il rappelle que plusieurs structures travaillent déjà sur la promotion du tourisme, comme l’ADTM, les offices de tourisme et le Cluster Tourisme, auxquels s’ajoutent différentes initiatives privées.
« Je pense pas à proprement parler que c’est forcément un manque de visibilité », explique-t-il, estimant qu’il serait important de faire fonctionner correctement les dispositifs qui existent déjà. Sa principale interrogation porte donc sur la capacité du nouveau dispositif à rester actif dans le temps.

Pour autant, Charles Henri Mandallaz considère que travailler ensemble reste nécessaire dans un secteur où les activités sont étroitement liées. « Quand vous avez des confrères hôteliers, restaurateurs qui vont pas bien, dites-vous bien qu’à un moment ça sera votre tour ».
Surtout, pour le président de l’UMIH 976, le développement du tourisme ne pourra pas reposer uniquement sur le numérique. Il cite parmi les conditions nécessaires : la sécurité, le prix de la desserte aérienne, les capacités d’hébergement, l’accès à l’eau et l’état du réseau routier, alors que plusieurs de ces sujets restent encore des préoccupations majeures pour l’île.
Le projet doit désormais obtenir la validation et le soutien financier des élus locaux. Restera ensuite à voir si cette nouvelle plateforme trouvera sa place parmi les outils déjà existants.
Shanyce MATHIAS ALI.


