
Les préparatifs de mariages, les maoulidas ou encore les chants traditionnels rassemblent chaque semaine des centaines de femmes à Mayotte. C’est dans ces lieux de vie que les équipes de la DRDFE et leurs partenaires ont choisi d’installer leurs stands de prévention.
Pour Boina Manarssana, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité, cette approche répond à une réalité de terrain. « Nous arrivons plutôt à toucher les jeunes parce qu’ils sont en milieu scolaire », observe-t-elle. « Les femmes adultes, elles, n’ont pas forcément recours au dépistage ni aux actions de sensibilisation ». Beaucoup consultent lorsqu’elles sont déjà malades ou autour de la maternité, ce qui a conduit les organisateurs à « renforcer les actions d’aller vers » afin de « faciliter l’accès à l’information ».
L’objectif est clair, faire évoluer durablement les comportements et encourager les Mahoraises à intégrer le dépistage dans leur parcours de santé.
Des rassemblements culturels au service de la prévention
Les événements culturels permettent de rencontrer les femmes là où elles se trouvent déjà. « Les femmes à Mayotte portent beaucoup de choses sur leurs épaules. C’est donc à nous de nous adapter à leur quotidien et à leurs habitudes », explique la directrice régionale. « La culture est portée par les femmes. Quand on organise un maoulida shengué, elles viennent naturellement. Nous n’avons même plus besoin d’aller les chercher, elles viennent à nous ».
Cette campagne ne se limite pas à une seule journée. Six familles ont accepté d’accueillir les équipes de prévention pendant les préparatifs de leur mariage tout au long des mois de juillet et d’août. Si cette première édition est concluante, l’opération sera reconduite en décembre.
Informer pour lutter contre des maladies évitables

La campagne répond également à un enjeu de santé publique majeur. À Mayotte, le cancer du sein est la première cause de mortalité par cancer chez les femmes, tandis que le cancer du col de l’utérus figure parmi les principales causes de décès. Pourtant, ces maladies peuvent être détectées précocement, voire évitées.
« Beaucoup de femmes n’ont jamais entendu parler de ces maladies », constate Boina Manarssana. « Certaines ne savent pas comment faire un frottis ou une palpation mammaire. Il existe aussi une forme de fatalisme elles pensent que si la maladie doit arriver, elles n’y peuvent rien. Pourtant, près de 90 % de ces cancers peuvent être évités grâce au dépistage », poursuit-elle.
Sur place, une sage-femme réalise des frottis et des palpations mammaires, un médecin propose des dépistages du VIH et des hépatites, tandis que des infirmières assurent les vaccinations adaptées aux participantes. La campagne cherche également à toucher les parents afin que les messages de prévention relayés à l’école se poursuivent à la maison. « Il ne faut surtout pas que les jeunes entendent un discours contradictoire chez eux », insiste la directrice régionale. « Il est important de parler de santé sexuelle, de contraception et de donner aux enfants les outils nécessaires pour éviter les comportements à risque ».
Une mobilisation portée par les associations
Associations et bénévoles jouent également un rôle essentiel dans cette démarche. Parmi eux, Saïd Atoumani, membre fondateur d’une association composée majoritairement de femmes âgées, accompagne les participantes tout au long de la journée.
« Il était important pour moi d’être présent », confie-t-il. « Mon association est composée essentiellement de mamies. Nous partageons beaucoup de moments ensemble et il est normal que je sois à leurs côtés pour cette action de santé ».
Selon lui, les mentalités commencent à évoluer. « Avant, on ne parlait pas de ces sujets. Aujourd’hui, grâce au travail mené avec la préfecture et les associations, on en discute beaucoup plus lors de nos réunions ». Il rappelle également que le dépistage devient d’autant plus important avec l’âge. « Quand on prend de l’âge, on est davantage exposé aux risques. Il vaut mieux prévenir d’éventuelles maladies que les découvrir trop tard ».

« Il faut venir se faire dépister ». Le message est partagé par les participantes elles-mêmes. Venue assister à cette journée, Hassanati Kamardine encourage les autres femmes à franchir le pas. « Si nous sommes venues aujourd’hui, c’est parce que c’est important », affirme-t-elle. « Nous allons même insister auprès des autres femmes pour qu’elles viennent se faire dépister. Il faut aller voir un médecin, faire les examens, les vaccins nécessaires et savoir si tout va bien ».
Pour elle, attendre l’apparition des premiers symptômes est une erreur. « Si on reste à la maison, on ne saura jamais de quoi on est malade. Beaucoup de femmes décèdent parce que les maladies ne sont pas prises en charge assez tôt. Plus on consulte rapidement, plus on a de chances d’être soignée ».
En s’appuyant sur les traditions et les grands rassemblements féminins, la campagne « Aller vers ma santé et mes droits de femme » espère faire du dépistage un réflexe. En allant directement à la rencontre des Mahoraises, les organisateurs souhaitent lever les freins liés au manque d’information et rappeler qu’en matière de santé, la prévention reste le meilleur des traitements.
Amelle Djaroudi


