Le constat est sans appel. À Mayotte, où près de 8.900 enfants sont nés en 2024, les indicateurs de santé périnatale demeurent parmi les plus préoccupants de France. La publication du mercredi 8 juillet, du bulletin régional de Santé publique France confirme l’ampleur des défis auxquels le territoire est confronté.
Pour l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, ces données confortent une stratégie déjà engagée, fondée sur le renforcement des soins de proximité, l’accompagnement des femmes enceintes et la prévention.
Des indicateurs qui confirment les fragilités du territoire

Avec un taux de natalité près de trois fois supérieur à la moyenne nationale, Mayotte continue d’exercer une pression exceptionnelle sur son système de santé. Dans son communiqué, l’ARS souligne que le territoire connaît « une pression sans équivalent sur son système de soins périnatal ».
Les chiffres publiés par Santé publique France témoignent de difficultés persistantes. Le taux de mortalité infantile atteint 10,55 décès pour 1.000 naissances vivantes, contre 4,08 au niveau national. La mortalité maternelle demeure, elle aussi, deux fois plus élevée que dans l’Hexagone.
Le bulletin met également en lumière le poids des grossesses précoces. En 2024, 10,7 % des accouchements concernent des femmes de moins de 20 ans, alors que cette proportion s’établit à 1,8 % en France. Le territoire affiche également un taux de prématurité de 10,7 %, auquel s’ajoute une prévalence importante du surpoids et de l’obésité avant la grossesse.
Pour autant, l’ARS prend le soin de ne pas établir de relation immédiate de cause à effet. Elle rappelle que, « sans qu’un lien de causalité direct puisse être établi, ces résultats s’inscrivent dans un contexte de forte vulnérabilité sociale et de contraintes d’accès aux soins », en citant notamment un suivi de grossesse encore nettement insuffisant sur l’île, l’éloignement des structures de soins, des tensions sur les ressources médicales et une couverture maladie encore trop limitée.
Selon l’agence, ces constats « confortent l’ARS et ses partenaires dans la nécessité d’une organisation davantage fondée sur la proximité et « l’aller-vers » ».
Des points forts sur lesquels l’ARS veut s’appuyer

Le tableau dressé par Santé publique France ne se limite toutefois pas aux difficultés. Plusieurs indicateurs sont aussi présentés comme des leviers sur lesquels s’appuyer et construire les prochaines évolutions sanitaires du département.
L’allaitement maternel figure parmi les principaux atouts du territoire. D’après les données publiées, 95,4 % des femmes tentent d’allaiter et 94,6 % mettent en place un allaitement mixte ou exclusif dès la maternité. L’ARS voit dans cette pratique un « atout culturel et sanitaire majeur » qui constitue « un point d’appui essentiel pour la santé du nouveau-né » et qu’elle entend « consolider ».
Les pratiques obstétricales apparaissent également moins « interventionnistes » qu’au niveau national. Le recours à la césarienne concerne 17,2 % des naissances, contre 22 % en France entière. Le taux d’épisiotomie est lui aussi inférieur à la moyenne nationale, avec 0,6 % des accouchements par voie basse non instrumentale, contre 2,8 %.
Le communiqué met également en avant « une consommation de tabac pendant la grossesse très faible, une bonne adhésion au dépistage néonatal et une baisse de la mortinatalité observée depuis 2022 ».
Une feuille de route pour réorganiser le parcours des mères et des nouveau-nés
Au-delà du constat, l’ARS inscrit ces résultats dans une stratégie plus large pour les années 2026-2030. Son ambition est d’ailleurs de « construire un parcours périnatal gradué, coordonné et accessible à l’ensemble des femmes vivant à Mayotte, avec une attention particulière aux publics vulnérables, afin de réduire la mortalité infantile, les complications obstétricales et les ruptures de parcours ».

Cette feuille de route repose avant tout sur un renforcement de l’offre sanitaire de proximité. L’agence souhaite développer les centres périnataux de proximité, renforcer les structures de protection maternelle et infantile (PMI) et accroître le recours aux sages-femmes libérales afin d’assurer le suivi des grossesses physiologiques hors du Centre hospitalier de Mayotte, réservé prioritairement aux situations les plus complexes.
L’ARS prévoit également un accompagnement renforcé après l’accouchement. En lien avec le Département-Région, la Caisse de Sécurité Sociale de Mayotte (CSSM) et le Réseau de périnatalité de Mayotte (REPEMA), un parcours orienté autour du post-partum doit permettre aux jeunes mères de bénéficier d’un suivi en diététique, en rééducation périnéale, en activité physique adaptée ainsi que d’un accompagnement psychologique, notamment face à la dépression du post-partum. Le soutien à l’allaitement est présenté comme « un axe central de cet accompagnement ».
L’agence annonce par ailleurs un accompagnement spécifique des jeunes filles mineures par l’intermédiaire de la Maison des adolescents, le renforcement des actions de prévention en santé sexuelle, notamment dans les établissements scolaires, ainsi que la création d’un observatoire territorial de la périnatalité destiné à améliorer le suivi des indicateurs et des pratiques professionnelles.
Car derrière les chiffres, c’est bien l’organisation du système de soins qui apparaît désormais comme l’un des principaux leviers d’amélioration pour un territoire confronté à une démographie sans équivalent en France.
Mathilde Hangard


