Lundi 13 juillet 2026, le parvis de la MJC de M’gombani s'est mué en un carrefour décisif pour la jeune génération mahoraise. Organisé par l’association Émanciper Mayotte, la 10e édition du Forum de la mobilité a rassemblé de nombreux néo bacheliers. Face à un taux d'échec massif en première année d’études en métropole, l'événement met en lumière le rôle crucial du tissu associatif pour briser l'isolement des étudiants débarquant dans l’Hexagone.

Forum de la mobilité à M’gombani : Le grand saut vers l’Hexagone

Lundi 13 juillet 2026, le parvis de la MJC de M’gombani s'est mué en un carrefour décisif pour la jeune génération mahoraise. Organisé par l’association Émanciper Mayotte, la 10e édition du Forum de la mobilité a rassemblé de nombreux néo bacheliers. Face à un taux d'échec massif en première année d’études en métropole, l'événement met en lumière le rôle crucial du tissu associatif pour briser l'isolement des étudiants débarquant dans l’Hexagone.

Une effervescence s’empare du grand chapiteau blanc dressé sur le parvis. Des groupes de jeunes, sourires aux lèvres et dossiers sous le bras, se pressent autour des tables. Pourtant, derrière les rires de ces bacheliers fraîchement diplômés, une pointe d’anxiété plane. Pour la majorité d’entre eux, ce Forum matinal constitue le tout premier contact concret avec les rouages d’une vie future à des milliers de kilomètres de leur île natale.

« Beaucoup de jeunes ont tendance à idéaliser le départ. Les copains leur disent : viens, c’est bien ! Mais personne ne leur raconte la réalité », constate Houssaini Assani Tafara, fondateur et président de l’association Émanciper Mayotte.

Depuis 2016, date à laquelle un jeune originaire de Tsoundzou a été retrouvé mort de faim dans sa chambre étudiante à Lille, sa structure mène un combat acharné pour briser le silence. L’objectif du Forum est simple : préparer au choc culturel et logistique qui attend les étudiants afin qu’ils s’y préparent avant de monter dans l’avion.

Le mirage de l’exode et le mur des 93 % d’échecs

Le taux d’échec des étudiants mahorais en première année est considérable. Un désastre humain et scolaire souvent lié à des départs mal ficelés…

Les chiffres font froid dans le dos. Mayotte enregistre plus de 93 % d’échecs en première année universitaire dans l’Hexagone. Un désastre humain et scolaire souvent lié à des départs mal ficelés, bourses non finalisées, méconnaissance totale des réseaux de transports urbains et, surtout, absence critique de logement. « Tous les ans, on a des anecdotes de gamins persuadés que la métropole fonctionne comme Mayotte, qui pensent pouvoir aller de l’aéroport Charles-de-Gaulle jusqu’à Nîmes à pied ou qui prennent des taxis hors de prix à l’arrivée », confie le président d’Émanciper Mayotte.

À cela s’ajoute le poids psychologique de l’échec. Devenus la fierté de leur famille en décrochant le bac, beaucoup s’enferment dans l’isolement et la honte, refusant de revenir sur le territoire après avoir échoué. Pour contrer cette détresse, les associations d’étudiants mahorais déjà installées dans l’Hexagone se mobilisent en première ligne. Sur le Forum, le stand de l’Association Mahoraise de la Métropole Lilloise (AMML), représentée par Alexia Lipire Zamate, ne désemplit pas. Créée en 2007, l’AMML propose un accompagnement de proximité indispensable : accueil à la gare, aide aux démarches administratives (APL, bourses, etc.) et organisation d’événements mensuels pour lutter contre le fléau de l’isolement.

Les associations en première ligne face au « lâcher-prise » des institutions

« Nous récupérons des bases de données de lycéens pour créer des groupes d’entraide avant même leur arrivée », explique Alexia. Une solidarité partagée par d’autres structures venues de Rhône-Alpes ou de l’AOM (Association des étudiants d’outre-mer).

Le Département organise également des forums dédié aux étudiants sur tout le mois de juillet. Léo Vignal / JDM

Parallèlement, France Volontaires et la mairie de Mamoudzou présentaient des alternatives de mobilité solidaire, à l’instar d’Amilad Binti, ancienne volontaire en Service civique revenue transformée après six mois de mission environnementale au Togo. « C’est une opportunité unique pour inspirer les jeunes, acquérir de l’expérience et s’ouvrir au monde avant de reprendre les études », témoigne-t-elle.

Cette béquille associative omniprésente interroge directement la responsabilité du Département. Si Amada Boustoini, gestionnaire à la Direction des Études Supérieures (DEES), rappelle que la collectivité déploie des aides financières indispensables échelonnées sur douze mensualités, il concède que l’institution reste cantonnée au volet purement financier. La gestion des mobilités pures incombe à LADOM, tandis que la crise du logement étudiant sature l’ensemble du réseau national.

Développer le territoire pour retenir ses forces vives

Pour Houssaini Assani Tafara, l’implication politique doit aller beaucoup plus loin : « Le Département donne les billets d’avion, mais les jeunes partent sans savoir où dormir. Il faudrait instaurer une clause stricte : pas de logement validé, pas de billet d’avion délivré. Cela forcerait les institutions et les familles à s’approprier véritablement le sujet ».

CROUS, Réunion, Mayotte, Frédérique Vidal
La saturation des places disponibles et le manque de formations proposées à l’Université de Mayotte demeurent les principaux facteurs d’exode pour des centaines de bacheliers obligés de s’exiler pour décrocher un diplôme. (illustration)

Au-delà de la stricte préparation administrative, la saturation des places disponibles et le manque de formations proposées à l’Université de Mayotte demeurent les principaux facteurs d’exode pour des centaines de bacheliers obligés de s’exiler pour décrocher un diplôme.

Pour de nombreux acteurs présents, la solution à long terme passera inévitablement par un élargissement des filières d’études supérieures sur l’île aux parfums, notamment l’ouverture d’une première année de médecine réclamée de longue date.

Léo Vignal

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