Les cartons s’entrechoquent et passent de main en main. Les gouttes de sueur coulent sur les fronts. Dans le local de l’agence d’événementiel Angalia, la Course de pneus, c’est d’abord une véritable préparation physique. « On fait une première réunion à chaque fin d’édition pour établir un bilan et faire quelques prévisions pour la prochaine. On peut dire que la Course de pneus se prépare un an à l’avance », précise Mohamed Ahamada Tostao, directeur de l’excellence sportive et de la vie associative à la mairie de Mamoudzou.

Grâce à une étroite collaboration entre la municipalité et l’agence Angalia, ce dimanche 28 juin s’est tenue la 42e édition de la Course de pneus, la plus vieille compétition de ce genre dans l’océan Indien. Dans cette mécanique bien huilée, les rôles sont intelligemment répartis : la mairie s’occupe de la logistique territoriale tandis qu’Angalia gère le cœur de la course et la coordination générale. « Ce qu’on a tendance à retenir, c’est la course en elle-même, mais je pense que les gens n’imaginent pas tout le travail d’organisation en amont que cela demande », confie Laurent Mounier, gérant de l’agence.
Dans les coulisses de l’armée de l’ombre
Deux jours avant le coup d’envoi, des chaises, des tables, la signalétique et des dizaines de cartons de lots sont chargés dans des camions pour être acheminés le jour J au point de départ, à la MJC de Mtsapéré. « Avant, la Course de pneus avait lieu le samedi. Depuis, on a gardé l’habitude de préparer tout le matériel pour l’installation le vendredi », ajoute-t-il, soulignant l’importance d’un week-end millimétré pour éviter les imprévus.

La Course de pneus, c’est aussi l’histoire d’une armée de bénévoles mobilisés tout au long de la journée de dimanche. Cette année, 28 volontaires de l’UFOLEP et une trentaine du côté de l’association Action Coup de Pouce ont arpenté le bitume. « Au départ, on a commencé avec seulement 16 bénévoles et aujourd’hui on est à 28. Chaque année, le nombre de personnes mobilisées augmente pour faire face à l’ampleur de l’événement », déclare Darka Youssoufou, directeur adjoint de l’association Action Coup de Pouce. Le rôle crucial de chaque bénévole était de sécuriser le parcours pour éviter les débordements.
Du cyclone à la ligne de départ

De son côté, la mairie de Mamoudzou a également mobilisé des moyens exceptionnels. De nombreux policiers municipaux, étaient présents pour que la fête se déroule dans le calme. « Il y a quelques années, des délinquants avaient perturbé le championnat. Depuis, on a mis en place des dispositifs de sécurité renforcés pour éviter que cela ne se reproduise », rapporte Mohamed Ahamada Tostao. À la tête du service des sports de Mamoudzou depuis six ans, il a vu la préparation de la course s’industrialiser au fil des ans : « Le jour J, c’est plus de 200 agents municipaux qui sont sur le pont, entre la propreté urbaine et la technique ».
Pendant deux jours, le parcours a été nettoyé, les déchets ramassés, la route balisée, et les barrières du village artisanal dressées. Même après le passage du cyclone Chido qui avait bousculé le calendrier des réunions en décembre, les équipes ont tenu bon pour offrir cette « Formule 1 » mahoraise aux 85 équipes adultes et aux centaines d’enfants venus de toutes les communes de l’île.
Le grand frisson sur le bitume
Pour Laurent Mounier, l’enjeu de cette année résidait aussi dans le respect strict des règles de l’art. Si les catégories « Mama » et « Femmes » s’élancent dans une ambiance folklorique et joyeuse, la catégorie « Mixte » faisait l’objet d’une vigilance accrue : finies les équipes masculines déguisées à la va-vite à l’approche de la ligne d’arrivée, la mixité devait être réelle dès la ligne de départ.

Dimanche midi, sous un soleil de plomb, tout le monde est enfin en place. Les bénévoles de l’association Action Coup de Pouce ont enfilé leurs gilets, les équipes de Laurent Mounier ont distribué les derniers chronomètres et le directeur de l’excellence sportive et de la vie associative à la mairie de Mamoudzou supervise le départ des premiers concurrents. La route est entièrement coupée de Baobab jusqu’au rond-point Mahabou. Des milliers de Mahorais massés le long des trottoirs hurlent leur joie, les pneus de camion et de voiture s’élancent dans un vacarme assourdissant, guidés par les fameux bâtons en bois. Les premiers coureurs franchissent la ligne d’arrivée, exténués mais fiers.
Léo Vignal


