Menacée par l’érosion côtière, l’école maternelle de Mangajou voit son terrain s’effondrer progressivement dans le lagon. Malgré les alertes répétées des parents d’élèves et l’annonce de futurs travaux, aucune intervention n’a encore débuté.

L’école maternelle de Mangajou et son avenir au bord du précipice

Menacée par l’érosion côtière, l’école maternelle de Mangajou voit son terrain s’effondrer progressivement dans le lagon. Malgré les alertes répétées des parents d’élèves et l’annonce de futurs travaux, aucune intervention n’a encore débuté.

À marée basse, la baie de Chiconi change de visage. La mer se retire sur plusieurs centaines de mètres, découvrant une vaste vasière. Un paysage éphémère apparaît alors, visible seulement quelques heures avant le retour des eaux. Parmi les rochers, les palétuviers et les arbres morts émergent, ce mardi 16 juin, les vestiges du mur de l’école maternelle de Mangajou.

Un mur s’écroule sous les yeux des enfants

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La houle et la marée grignotent la côte et le terrain de l’école maternelle de Mangajou. Victor Diwisch / JDM.

Fragilisé depuis des années par l’érosion côtière, sous l’action de la houle et des courants qui grignotent progressivement le littoral, l’ouvrage connaît un premier effondrement le 27 janvier 2025, à la suite des passages successifs du cyclone Chido et de la tempête Dikeledi. Alors que des enfants jouent dans la cour de récréation, une partie du terrain se dérobe et s’effondre quelques mètres plus bas. Malgré le vacarme provoqué par la chute, le drame est évité de justesse : aucun enfant n’est blessé.

Un ruban rouge et blanc est alors rapidement installé pour interdire l’accès aux abords du précipice. À ce stade, le mur est encore bien présent, mais troué en son cœur, laissant apparaître le lagon. Afin de sécuriser plus durablement la zone, un grillage est posé sur toute sa longueur. La cour de récréation se retrouve alors coupée en deux.

Après l’accident, la vie de l’école reprend son rythme avec le traditionnel va-et-vient des enfants. Rénové en 2023, l’établissement dispose de plusieurs salles de classe équipées et accueille près de 190 élèves dans un cadre apaisé. Installée entre Mangajou et Sada, le long de la route nationale 2, sur un terrain plat doté d’un parking, l’école bénéficie d’un emplacement particulièrement pratique pour les parents et les nounous qui viennent chercher les enfants à pied ou en voiture. Le trottoir qui mène jusqu’à Mangajou permet à la plupart d’entre eux de rentrer chez eux sans avoir à se soucier de la circulation.

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L’école qui a été rénovée en 2023, accueille près de 190 enfants. Un chiffre qui, selon le délégué des parents d’élèves augmente chaque année. Victor Diwisch / JDM.

À la rentrée scolaire du mois d’août 2025, les enfants retrouvent les salles de classe. La cour de récréation, elle, est toujours délimitée par le grillage. De l’autre côté, les herbes folles ont envahi le terrain. Il ne reste plus rien du jardin pédagogique construit et entretenu par les élèves.

En décembre dernier, un pan entier du mur finit par s’effondrer à son tour, rappelant à tous sa bataille contre les eaux, perdue d’avance. Puis, en février 2026, une autre partie s’écroule. Le terrain se creuse progressivement, les pavés de la cour se soulèvent et, à terme, c’est l’école entière qui risque de basculer dans le lagon. Malgré cela, l’établissement reste ouvert et accueille même des élèves supplémentaires, dans un contexte de manque de places dans les écoles du territoire.

Un budget « voté par la 3CO », mais pour le moment aucun travaux

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La cour de récréation est coupée en deux par un grillage suite à la chute d’une partie du mur. Victor Diwisch / JDM.

Depuis la chute des premières pierres, les parents d’élèves de Mangajou alertent les autorités sur la situation. Le 2 février, ils publient également une vidéo sur les réseaux sociaux afin de montrer au plus grand nombre l’ampleur des dégâts. On y voit Christophe Longuechaud, délégué des parents d’élèves de Mangajou, les traits tirés, exténué par des mois d’attente et l’absence de réponses concrètes de la part de la Ville de Sada.

« Il n’y a absolument aucune réaction. La commune vient, constate et avoue son impuissance, car elle dépend de la Communauté de communes du Centre-Ouest (3CO). Cette dernière dépend à son tour de la préfecture et de la DEALM. D’après eux, un projet de nouvelle école est en cours. Mais on ne sait pas pour quand », déplore-t-il.

Les semaines passent et les parents d’élèves obtiennent finalement « quelques informations » de la part de la municipalité. « On nous a informés qu’un budget aurait été voté par la 3CO afin de construire un mur de soutènement », se souvient Christophe Longuechaud, ce 16 juin. « Mais à ce jour, nous ne voyons ni travaux ni même le début d’un chantier ».

La cour de récréation coupée en deux

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Le jardin pédagogique et les espaces de jeux ne sont plus accessibles depuis l’installation du grillage. Victor Diwisch / JDM.

Plus de quatre mois après le dernier effondrement, la situation est en effet la même. Seule une bâche vert foncé, accrochée au grillage, obstrue désormais la vue sur le lagon, renforçant davantage encore le sentiment d’enfermement.

Devant le portail de l’école, il est un peu plus de 12 h 15, l’heure de la sortie des classes. Les parents, pressés de retrouver leurs enfants, s’agglutinent devant l’entrée. « Du calme, du calme, ils ne sont pas encore regroupés dans les salles », lance un surveillant avant d’ouvrir finalement le portail.

« Le mur effondré ne change pas grand-chose au bon déroulement des cours. La cour de récréation est plus petite, mais on n’a pas le choix », raconte une mère de famille. Un sentiment partagé par de nombreux parents ce jour-là. Les enfants partis, l’établissement retrouve son calme.

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Un garçon passe devant la bâche verte qui bloque la vue sur le mur éventré. Victor Diwisch / JDM.

À 14 heures, un conseil d’école réunissant notamment les délégués des parents d’élèves et des représentants de la municipalité est prévu. Christophe Longuechaud attend ce moment autant qu’il le redoute. « La dernière fois, les parents n’ont pas obtenu de réponses et on a failli en venir aux mains », se souvient un témoin souhaitant rester anonyme.

Quelques mois plus tôt, en mars, les élections municipales reconduisent le maire sortant Houssamoudine Abdallah à Sada, tandis que les élections communautaires portent Mohamadi Madi Ousseni à la présidence de la 3CO. Un changement qui pourrait bien peser sur l’avenir du dossier, estime le délégué à l’issue de la réunion.

« L’effondrement de l’école concrétisé d’ici trois ou six ans »

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A terme, c’est tout le littoral de Mangajou qui sera concerné par le retrait du trait de côte. Victor Diwisch / JDM.

« Une délibération a bien été votée sous l’ancienne présidence de la 3CO, d’après les informations qui nous ont été communiquées, mais il semble que l’ancien et le nouveau président n’aient pas les mêmes priorités », relève-t-il amèrement.

« Les travaux sont censés se dérouler en deux phases. La 3CO doit prendre en charge l’enrochement et la mairie la construction d’un mur de soutènement, dont le coût est estimé à environ 600.000 euros, dont 40.000 euros d’études qui ne sont toujours pas réalisées », apprend tout de même le délégué, qui reste plus que sceptique quant à la réalisation effective du projet. « L’école élémentaire du village attend depuis au moins 3 mandats de nouvelles salles de classe. On y croit pas ».

« Si rien n’est fait, les risques d’effondrement de l’école pourraient se concrétiser d’ici trois à six ans ». Jusqu’à présent, les parents d’élèves n’ont pas osé « bloquer l’école », afin de faire pression sur la municipalité et la 3CO et sauver l’établissement, avoue le délégué. « On craint qu’ils finissent par fermer l’école et qu’ils nous laissent nous débrouiller pour scolariser nos enfants ailleurs », soutient Christophe Longuechaud.

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Fermer l’école maternelle de Mangajou aurait un impact important pour les parents d’élèves, contraints d’inscrire leurs enfants dans des écoles bien plus éloignées. Victor Diwisch / JDM.

Le délégué plaide pour une solution durable qui passe par l’enrochement d’une partie du littoral aux abords de l’école, similaire à la digue de la commune de Chiconi, bien visible depuis Mangajou. « Une solution qui, selon les réponses obtenues, se heurte à l’avis du Conservatoire du littoral, qui souhaite préserver le milieu et la mangrove qui borde le village », explique le délégué.

Pourtant, à terme, c’est l’ensemble du littoral du village de Mangajou, de l’école au plateau sportif en passant par le parc Kakazouhéli, qui sera concerné par le retrait du trait de côte.

Malgré nos sollicitations, la Ville de Sada, la 3CO et la DEALM n’ont pas répondu à nos questions concernant l’avenir de l’école maternelle de Mangajou au moment de la publication de cet article.

Victor Diwisch

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