Depuis plusieurs semaines, les consultations s’enchaînent dans le cadre de la campagne « Juin vert » 2026. Des opérations de terrain qui s’inscrivent dans un dispositif large, coordonné par le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) et mené en partenariat avec la CSSM, Santé Sud, Nariké Msada, EndoMayotte et ASCA, ainsi que la commune d’Acoua, l’intercommunalité et les CCAS, dont l’objectif est d’aller au plus près des habitants pour informer, sensibiliser et proposer un dépistage gratuit aux femmes âgées de 25 à 65 ans, directement avec des sages-femmes.
« Quand on fait des événements, on a du monde », observe Claire Bertin, coordinatrice médicale du CRCDC à Mayotte. Mais la dynamique ne tient pas sans présence continue. « Si on ne fait pas de maraudes, à Mayotte, il faut aller chercher les femmes. Elles ne viennent pas toutes seules en consultation », confie-t-elle, car dans un territoire marqué par des contraintes d’accès aux soins, la prévention ne repose pas uniquement sur l’offre médicale, mais sur sa capacité à se déplacer vers les populations.
Un cancer évitable, mais encore trop présent

Le cancer du col de l’utérus reste un enjeu majeur de santé publique. Il figure parmi les principales causes de mortalité par cancer chez les femmes dans le monde, et reste particulièrement présent dans les territoires où le dépistage est insuffisant. À Mayotte, il se classe au troisième rang des cancers féminins mortels. « Il y a un manque de suivi, peu de dépistage, alors que plus on se dépiste tôt, moins il y a de conséquences », rappelle Claire Bertin.
Dans l’immense majorité des cas, le cancer du col de l’utérus est lié à une infection persistante par le papillomavirus humain (HPV), une infection sexuellement transmissible très fréquente. Souvent asymptomatique, elle peut disparaître spontanément, mais parfois persister et entraîner des lésions précancéreuses évolutives. « Se faire dépister, ça ne veut pas dire qu’on va trouver un cancer« , insiste Claire Bertin. « On cherche justement à repérer des anomalies avant qu’elles ne deviennent dangereuses ».
Le dépistage est recommandé dès l’âge de 25 ans. À partir de 30 ans, il repose principalement sur la recherche du HPV, réalisée tous les cinq ans lorsque les résultats sont normaux. Un suivi régulier permet de détecter précocement les lésions et d’éviter, dans la plupart des cas, des traitements lourds. « C’est un dépistage rapide, indolore, une consultation qui dure quinze minutes », déclare encore la coordinatrice.
Après 40 ans, une baisse préoccupante du suivi

Les équipes du CRCDC constatent une rupture nette dans la participation avec l’âge. « Entre 25 et 40 ans, on arrive à cibler les femmes. Après 40 ans, on a beaucoup plus de mal », explique Claire Bertin. « On observe une chute des dépistages après 40 ans ». Un phénomène inquiétant, alors que le risque de lésions persistantes augmente avec le temps.
Au-delà du dépistage, le suivi médical constitue un point critique. La remise des résultats repose encore en partie sur les patientes. « On leur demande de nous rappeler pour savoir quels sont les résultats mais on n’arrive pas à recontacter tout le monde quand ce n’est pas pathologique et on voit que les gens ne rappellent pas toujours pour savoir », reconnaît la coordinatrice.
En cas d’anomalie, les patientes doivent être orientées vers une colposcopie au Centre hospitalier de Mayotte. Mais près de 45 % des femmes concernées ne s’y présentent pas. Les raisons sont multiples : difficultés de transport, éloignement, contraintes familiales, mais aussi organisation hospitalière. « Les transports sont compliqués, certains oublient, ont peur, et surtout, il y a de l’attente, même si on travaille à résoudre cela car souvent les gens sont convoqués à la même heure », souligne Claire Bertin.
En parallèle du dépistage, la vaccination contre le HPV constitue un outil essentiel de prévention. Elle est désormais proposée en rattrapage jusqu’à 26 ans, pour les filles et les garçons, en trois doses. « On incite aussi vraiment à la vaccination, qui diminue le risque », affirme la coordinatrice.
Une campagne encore en recherche de visibilité

Si les actions de terrain se multiplient, « Juin vert » reste encore peu identifié par le grand public, comparé à « Octobre rose », surtout à Mayotte. « Il y a un manque de connaissances en santé au niveau national ça c’est clair », estime Claire Bertin. « Et juin vert c’est encore peu connu ici, on est à la deuxième édition ». Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus est par ailleurs relativement récent, structuré depuis 2018.
À Mayotte, la lutte contre le cancer du col de l’utérus repose désormais sur une logique claire : combiner dépistage, vaccination et présence de terrain. « C’est un travail de terrain permanent », résume Claire Bertin. « Sinon, on passe à côté des femmes ». Derrière cette approche, un objectif central : transformer une offre de prévention gratuite, simple et efficace en recours réel. Car aujourd’hui encore, le cancer du col de l’utérus reste l’un des rares cancers dont la quasi-totalité des cas pourrait être évitée grâce au dépistage et à la vaccination. Encore faut-il que ces dispositifs atteignent effectivement toutes celles qu’ils concernent.
Mathilde Hangard


