Photographies, peintures, sculptures, installations, collages et créations hybrides sont réunis dans cette exposition autour d’une même question : que devient une image lorsqu’elle est produite en grande quantité, diffusée partout et transformée en permanence ?
Pour Denis Balthazar, directeur artistique et président de l’association Zangoma, ce sujet s’est imposé presque naturellement car il fait déjà partie des préoccupations de nombreux artistes. « L’IA est sur toutes les lèvres avec des controverses, des inquiétudes et des questions. Les artistes voient l’image prise en otage par le numérique et ils se demandent quelle place ils peuvent encore avoir dans ce flot d’images », explique-t-il.
Les réseaux sociaux, nouveau « temple de l’image »

Derrière cette réflexion, il y a une réalité simple : les images n’ont jamais été aussi nombreuses. Les téléphones portables, plateformes numériques et réseaux sociaux en diffusent en permanence. « Les gens passent leur temps à scroller et faire défiler des images sans vraiment prendre le temps de les regarder », dit-il.
D’ailleurs, une installation présentée dans l’exposition reprend cette idée : « Je publie donc je suis ». Une manière d’interroger les habitudes actuelles et les liens qui se construisent désormais derrière les écrans.
Pour l’artiste, le paradoxe est là, en effet, désormais nous pouvons avoir des milliers de contacts sur les réseaux et rester seul chez soi. Une contradiction qui pose des questions plus larges sur la place du virtuel dans les relations humaines.
L’IA, comme outil de création
Mais l’objectif de l’exposition n’est pas de condamner l’intelligence artificielle (IA) ou les outils numériques. Au contraire, elle s’intéresse à la place de l’intelligence artificielle dans le monde artistique, comme menace possible ou comme nouvel outil de création.
À Mayotte aussi, les artistes se posent les mêmes questions que ceux présents ailleurs dans le monde. Car l’IA occupe aujourd’hui une place importante et touche déjà plusieurs secteurs de la société. « On peut avoir de l’IA dans l’administration ou dans la comptabilité ». Pour l’artiste, les évolutions technologiques ont toujours soulevé des questions dans le monde artistique. Il prend l’exemple des peintres portraitistes avant l’arrivée de la photographie et rappelle que cette apparition a fait disparaître la peinture.

Cette réflexion, l’artiste l’a aussi intégrée à son oeuvre, également présentée dans l’exposition. Il est parti d’un travail classique fait de croquis avant d’utiliser l’intelligence artificielle, puis de revenir ensuite à une toile physique sur laquelle il a ajouté d’autres éléments.
« Cette image aurait pu rester dans mon téléphone. Il aurait fallu l’envoyer à chaque personne pour qu’elle puisse l’admirer chacune de son côté. Ici, elle est commentée dans un espace de rencontre, au lieu d’être un contenu qui défile rapidement sur un écran », explique le président de Zangoma.
Ralentir pour retrouver un autre regard
Les réactions des visiteurs montrent d’ailleurs que les œuvres ne laissent pas indifférents. Denis Balthazar explique que certains repartent avec des avis partagés ou des interrogations, mais que beaucoup se disent aussi surpris par ce qu’ils découvrent. Ils évoquent aussi la question de la tentation, pour certains artistes, de laisser les machines produire à leur place, mais Denis Balthazar rappelle qu’il existe une limite importante : celle de la sensibilité propre à chaque artiste.

« Nous passons par plusieurs étapes avant d’arriver à une œuvre finale. Nous recommençons, modifions, cherchons une couleur, une forme ou une sensation qui correspond à ce que nous essayons réellement de faire apparaître », confie-t-il.
À ses yeux, l’intelligence artificielle peut accompagner une démarche, mais elle ne remplace pas cette recherche personnelle ni cette part sensible liée à la création. « Posez un téléphone sur une table, l’IA ne fait rien. Il faut que quelqu’un lui donne un ordre, il faut que quelqu’un l’invite à faire quelque chose ».
À travers cette exposition, le message que l’association Zangoma et ses artistes veulent véhiculer consiste à ralentir, prendre le temps de regarder une image autrement et lui laisser une place différente de celle qu’elle occupe sur un écran où elle disparaît parfois quelques secondes après avoir été vue.
Shanyce MATHIAS ALI.


