L’un a connu les débuts du métier de taximan à Mayotte, l’autre s’y est lancée après plusieurs vies professionnelles. À Petite-Terre, deux chauffeurs racontent un quotidien marqué par des réalités différentes mais un même attachement à la route.

Au volant du même métier, deux histoires bien différentes…

L’un a connu les débuts du métier de taximan à Mayotte, l’autre s’y est lancée après plusieurs vies professionnelles. À Petite-Terre, deux chauffeurs racontent un quotidien marqué par des réalités différentes mais un même attachement à la route.

Il connaît Petite-Terre comme sa poche, chauffeur de taxi depuis plus de vingt ans, Fakhi Ahmed a commencé en 2004, à une époque où le métier était encore peu développé sur l’île. « Je voulais devenir taximan parce que je pensais que c’était un travail confortable, ça m’attirait beaucoup », raconte-t-il, en se souvenant de ses débuts, après avoir passé le permis et les formations nécessaires pour se lancer.

Très vite rattrapé par la réalité du terrain

Ahmed Fakhi, est taximan en Petite-Terre depuis 2004. Léo Vignal / JDM

Pourtant très rapidement, il va découvrir que l’image qu’il se faisait du métier est très différente de la réalité. Il parle d’un quotidien déjà difficile à l’époque, avec des revenus faibles et une activité encore en construction. « C’était compliqué pour moi, car la course  était à 60 centimes ! », se rappelle-t-il. Malgré tout, le chauffeur insiste sur ce qui l’a toujours retenu dans ce métier : les rencontres, les échanges et le lien avec ses clients. « On rencontre beaucoup de personnes et on connaît beaucoup de gens », explique le taximan, pour qui chaque journée est riche humainement.

Avec les années, il dit ne pas avoir assisté à une véritable révolution dans sa profession, à part l’évolution des tarifs, passés de 60 centimes à 2 euros le trajet. Pour le reste, le taximan évoque un métier resté globalement le même, avec des horaires lourds. « On est toute la journée sur la route, on quitte la maison très tôt et on rentre tard », partage le chauffeur.

Conduire, plus qu’un métier

Cependant, il dit n’avoir jamais envisagé d’arrêter le métier de taximan ou même de se reconvertir. « Même si parfois c’est compliqué, je préfère rester car j’aime mon métier, conduire c’est la seule chose que je sais faire », confie-t-il. Il va plus loin en décrivant une forme d’attachement presque physique à la conduite. « Une journée sans conduire, je me sens bizarre », ajoute-t-il.

Au fil des trajets, le chauffeur évoque aussi des moments où le taxi sort de son rôle habituel, devenant un lieu d’échange où des passagers, parfois en difficulté, trouvent une oreille, des conseils ou simplement un peu de réconfort.

Malgré les difficultés, Fakhi Ahmed continue donc de rouler, fidèle à une activité qu’il connaît depuis sa jeunesse et qu’il n’a jamais quittée.

 

Une même route, des expériences différentes

À quelques kilomètres de là, une taxiwoman exerce le même métier, mais avec un parcours bien différent.

Raiminati Mohamed Lihady est Taxi woman depuis 4 ans sur Petite-Terre. Léo Vignal / JDM

À 41 ans, Raiminati Mohamed Lihady fait partie des trois taxiwoman de Petite-Terre depuis  quatre ans. Après un parcours pourtant opposé à ce métier, puisqu’elle a d’abord travaillé comme couturière en brodant des tenues traditionnelles, avant de devenir commerçante faisant des voyages réguliers à Dubaï et en Thaïlande.

C’est finalement au fil de ces expériences mais également en observant ses anciens compagnons qui étaient eux-mêmes taximan, que son aventure débute. « Je me suis dit : pourquoi pas moi ? Pourquoi pas nous les femmes ? ».

Elle passe son permis de conduire, puis enchaîne avec la formation obligatoire de taxi, une étape décrite comme assez intense. « Il y’avait six jurys qui me posaient plein de question c’était vraiment chaud ! », dit la taxiwoman en riant.

Un métier assumé, malgré les regards

Elle raconte notamment qu’on la surnomme « Madame Casquette », ce qui ne la dérange pas du tout. « Je m’en fous, appelez-moi Madame Casquette, je fais mon travail, je rentre chez moi avec des sous dans ma poche », dit-elle sans détour. Raiminati Mohamed Lihady insiste sur sa manière d’aborder le métier sans se laisser impressionner. « Si lui il peut faire, moi aussi je peux le faire, c’est le challenge qui m’a donné envie de me lancer », affirme-t-elle.

Raiminati Mohamed Lihady fait partie des trois seules femmes qui exercent la profession sur Petite-Terre. Léo Vignal / JDM

Du côté de ses collègues, au début, certains pensaient que sa présence dans le métier serait temporaire, “juste un ou deux mois”. « Maintenant ils ont accepté, quand ils nous voient, ils sont contents ».

Le regard des clients, souvent positif, ne la gêne pas non plus. Certains lui font des compliments sur sa conduite et la décoration assumée de son véhicule au point de lui laisser parfois des pourboires. « Les femmes me disent que je suis courageuse et qu’elles ne pourraient pas faire ce métier », dit-elle le sourire aux lèvres.

Passion du métier et nouveaux projets

Avec le temps, la chauffeuse dit avoir vu le métier évoluer, notamment avec l’arrivée des bus qui ont réduit la demande de taxis. Cependant, elle continue à y trouver un intérêt, surtout dans le contact humain. « Avec le travail, je rencontre des gens avec qui causer, et j’oublie mes soucis ! », confie-t-elle.

Mère de deux enfants, elle parvient à organiser son quotidien entre travail et vie familiale, malgré des journées qui commencent tôt et se terminent en fin d’après-midi. Si elle se projette encore dans le métier aujourd’hui, elle ne s’imagine pas y rester indéfiniment. La mère de famille évoque déjà d’autres projets, comme devenir chauffeur de bus ou se reconvertir dans la restauration avec un camion-restaurant ambulant. « J’ai d’autres idées en tête ».

Pour celles qui hésitent encore à se lancer, son message reste simple et direct : ne pas se limiter à cause du genre ou des peurs. « Pour moi, il n’y a pas de boulot de femme ou d’homme », conclut la taxiwoman.

 Shanyce MATHIAS ALI.

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