Ce mardi matin, l’hémicycle Younoussa Bamana affichait complet. Dans la salle, des élus locaux, des représentants de l’Etat mais aussi des structures locales comme la Mission locale ou France Travail. En face d’eux, un public jeune composé de lycéens et de jeunes accompagnés par la Mission locale.
Cette matinée organisée par le Département-Région de Mayotte s’inscrit dans le cadre de sa politique en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Au programme : état des lieux, tables rondes et témoignages.
Un accès aux responsabilités inégal
Dès son discours d’ouverture, la vice-présidente du Département chargée des sports, de la culture et de la jeunesse, ainsi que référente égalité femmes-hommes, Zouhourya Mouayad Ben, a insisté sur l’importance de cette mobilisation. « Si protéger les femmes est un devoir, leur permettre de s’épanouir professionnellement est une ambition essentielle ». Pour elle, la présence de cette jeunesse dans la salle était importante afin de sensibiliser dès maintenant les futures générations aux questions d’égalité professionnelle et d’encourager les jeunes filles à oser viser des études longues et des postes à responsabilités.

L’élue a également évoqué les déséquilibres encore présents dans le territoire ainsi qu’au sein de la collectivité. En effet, les femmes représentent 32 % des effectifs en 2025, mais seulement 17 postes de direction sur 61. De plus, une seule femme figure parmi les dix plus hautes rémunérations. « Ces déséquilibres doivent nous interpeller. Les femmes n’osent pas prendre ces postes plus haut alors qu’elles sont formées et ont le niveau » , a-t-elle martelé. Car même si les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes sur l’île, les difficultés restent nombreuses lorsqu’il s’agit d’accéder à certains postes ou de poursuivre un parcours professionnel.
Des freins persistants
Plusieurs intervenants ont évoqué ces freins sociaux et matériels qui continuent de peser sur les parcours féminins. Selon les chiffres présentés pendant cette matinée, 63 % des femmes rencontrent encore des difficultés à l’écrit en français, contre 58 % des hommes. Un obstacle important pour l’accès aux concours, aux formations qualifiantes ou même à certains droits administratifs.
D’autres problématiques ont été mises en avant, comme le manque de structures de garde. « La parentalité pèse davantage sur les trajectoires professionnelles féminines », ont souligné plusieurs intervenants, rappelant qu’à Mayotte, la moyenne est de 3,6 enfants par femme entre 2024 et 2026. La question de la culture et du poids des habitudes familiales est également revenue à plusieurs reprises durant les échanges, notamment à travers certaines attentes sociales, qui peuvent encore peser sur les choix d’études et les parcours professionnels des femmes.

Pour Nadia Djoumoi, directrice de la Mission locale, cette question reste centrale : « Il faut savoir jongler entre le professionnel, où on nous demande de grandes responsabilités et la vie personnelle ». Elle estime toutefois que les mentalités évoluent progressivement. En rappelant que plusieurs femmes occupent aujourd’hui des postes de direction à Mayotte et ont réussi à construire leur parcours malgré ces pressions sociales.
Dans la salle, plusieurs lycéennes ont également pris la parole, Loulou Boura, élève en terminale STMG Ressources humaines au lycée Younoussa Bamana, dit être ressortie « valorisée » de cette rencontre. « Voir des femmes défendre nos droits et raconter leurs parcours, ça encourage à viser plus loin », confie-t-elle.
Des pistes d’action pour réduire les inégalités
Pour répondre à ces problématiques, plusieurs pistes ont été avancées, telles que le développement des crèches, le renforcement de la lutte contre l’illettrisme, l’amélioration de la sécurité dans l’espace public ou encore le soutien à l’entrepreneuriat féminin. Des dispositifs existants ont aussi été présentés, comme les aides de France Travail pour la garde d’enfants ou encore le programme « Cadres d’avenir », destiné aux étudiants et actifs mahorais poursuivant des études supérieures ou des formations dans les métiers de la santé.

Le Département-Région a également rappelé ses investissements réalisés dans la formation. Selon des éléments transmis par la collectivité, près de 20,1 millions d’euros ont été mobilisés pour la formation professionnelle entre 2025 et 2026, permettant l’entrée de 2.149 bénéficiaires en formation. En 2025, parmi les 1.199 stagiaires recensés, 877 étaient des femmes. Concernant l’enseignement supérieur, près de 13,8 millions d’euros ont été accordés pour financer la scolarité de 3.003 étudiants, dont 1.914 femmes.
Tout au long de cette matinée, les échanges ont finalement tourné autour d’une même idée. En effet, malgré les avancées observées ces dernières années, notamment dans l’accès des femmes aux études supérieures. Les inégalités restent encore bien présentes sur l’île, surtout lorsqu’il s’agit d’accéder à des postes de cadre.
Shanyce MATHIAS ALI.


