Au camp de Tsoundzou 2, la députée Anchya Bamana dénonce « une honte de la nation française »

La députée demande le retour des demandeurs d’asile déboutés vers le continent africain, le transfert des réfugiés éligibles vers la France hexagonale, l’accélération des procédures administratives, ainsi que le démantèlement du camp de Tsoundzou 2.

La députée de Mayotte, Anchya Bamana (RN), s’est rendue ce mardi 28 avril en début d’après-midi au « camp de migrants » de Tsoundzou 2, qui accueille depuis octobre dernier plusieurs centaines d’exilés, majoritairement des demandeurs d’asile originaires notamment de la République démocratique du Congo, de la Somalie, du Burundi, mais aussi d’Éthiopie, du Yémen ou encore d’Afghanistan. Installés dans des conditions particulièrement précaires, ces exilés vivent entre la mangrove et la route nationale, faute de places disponibles en hébergement d’urgence, dans l’attente de l’examen de leur demande d’asile.

Un appel à la diplomatie et à la solidarité nationale pour organiser les retours des déboutés et l’accueil des réfugiés

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La députée appelle à la destruction du camp existant, sans volonté de trouver un autre moyen d’accueil de ces personnes, qui continuent à arriver à Mayotte. (Léo Vignal / JDM).

« Je suis venue ici voir de près la réalité du camp de migrants installé dans la mangrove de Tsoundzou 2. J’ai écrit au ministre de l’Intérieur, au ministre des Affaires étrangères et de l’Europe pour les sensibiliser sur la situation d’insécurité et la situation migratoire de l’île, mais aussi tout ce que nous subissons suite aux conséquences de l’immigration illégale massive non contrôlée », explique-t-elle à son arrivée, devant de nombreuses personnes, surprises par sa présence et celle des forces de l’ordre.

« Il faut absolument faire marcher la diplomatie pour renvoyer en Afrique des Grands Lacs tous ceux qui sont déboutés du droit d’asile et envoyer en métropole dans le cadre de la solidarité nationale tous ceux qui ont droit à l’asile. Ce camp de la honte doit être démantelé par la France, notre France ».

« Le Gouvernement se débrouille (pour détruire le camp), le 13 avril dernier, le préfet a ouvertement dit qu’avec l’autorisation du Gouvernement, il envisage d’installer un camp officiel. Et comme les arrivées illégales ne s’arrêtent pas, cela veut dire que tout Mayotte va devenir un camp géant. Aucun maire ne va délivrer un terrain pour ça ! Les Mahorais ne veulent pas de ce camp de la honte ! », assène-t-elle, tout en soulignant que « ce qui se passe ici c’est une honte de la nation française. Des enfants, des femmes, ne peuvent pas vivre dans une mangrove, c’est indigne de la République française ! ».

La préfecture annule sa visite par refus d’instrumentalisation à des fins politiques

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Les forces de l’ordre étaient présentes sur place, suscitant l’inquiétude parmi les personnes qui redoutaient un démantèlement imminent du camp. (Léo Vignal / JDM).

Initialement, la députée avait invité le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, ainsi que le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, à participer à la visite du camp, en demandant la protection de la police aux frontières et de la police municipale. Ils n’ont finalement pas participé.

« Il est en effet apparu ce matin que les conditions nécessaires à un déroulement serein, constructif et respectueux, conformément à l’objectif initial de cette visite, ne sont plus réunies. L’événement, tel qu’il avait été initialement sollicité auprès de la préfecture et organisé par ses soins, a connu des modifications substantielles de la part de Madame la députée (appel au rassemblement de la population et de la presse), qui en ont altéré la nature, le détournant de sa finalité première », a fait savoir la préfecture dans un communiqué, peu avant la visite. « Par respect pour les personnes présentes sur site et par refus d’instrumentalisation de sa venue à des fins politiques, le préfet a pris la décision d’annuler son déplacement ce jour. Cette décision ne remet nullement en cause l’engagement de l’État dans le suivi de la situation sanitaire, sociale et environnementale du site de Tsoundzou ».

La députée demande l’accélération du traitement des dossiers d’asile des exilés. Ces derniers sont d’ailleurs d’accord avec elle. Pour la plupart, dont certains rencontrés pendant la visite, ils ne souhaitent pas rester à Mayotte.

Une solution plus humaine de transition ? : « On les met nulle part à Mayotte »

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Plus de 1.000 personnes vivent dans le camp depuis octobre. La majorité des demandeurs d’asile. (Léo Vignal / JDM).

Interrogée sur l’arrivée quasiment continue des personnes depuis l’Afrique continentale, et sur la nécessité de proposer un « nouveau camp », un espace qui permettrait d’accueillir les personnes « dans de meilleures conditions », la députée répond : « on les met nulle part à Mayotte ! Pourquoi le Gouvernement ne met pas le Mur de Fer en haute mer avant que les kwassas n’arrivent dans les eaux internationales pour leur faire barrage ? Les routes migratoires sont clairement identifiées. La France connaît parfaitement ce dossier, pourquoi ils n’appliquent pas la diplomatie pour arrêter ces arrivées illégales ? », questionne-t-elle avant de s’engouffrer au milieu des tentes dans le camp.

Une question qui sonne comme une insulte pour un ressortissant congolais qui a écouté les échanges. « Elle croit qu’elle pourrait vivre ce que nous avons vécu au Congo ? », demande-t-il, confus. Comme en Méditerranée depuis des dizaines d’années, les politiques restrictives et les renvois n’influencent en aucun cas la volonté des personnes de sauver leur vie, et ces dernières continuent d’arriver en Europe : on compte ces dernières années plusieurs centaines de milliers de traversées irrégulières chaque année vers l’Union européenne.

Le conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo s’inscrit dans l’un des drames humanitaires les plus lourds de ces dernières décennies. Depuis la fin des années 1990, les violences armées, impliquant une multitude de groupes rebelles et d’interventions étrangères, ont fait environ 5 à 6 millions de morts selon les estimations des organisations internationales, directement ou indirectement liées aux combats, aux famines et aux maladies. La région reste également marquée par des déplacements massifs de population, avec plusieurs millions de personnes contraintes de fuir au fil des années. Depuis la résurgence du M23 en 2021, la situation s’est de nouveau fortement dégradée dans le Nord-Kivu, entraînant une intensification des combats, plusieurs milliers de morts supplémentaires ces derniers mois — dont près de 7.000 lors de phases d’offensives récentes selon des estimations onusiennes — et des centaines de milliers de nouveaux déplacés, aggravant une crise humanitaire déjà chronique.

Le conflit en Somalie lui s’inscrit dans l’un des plus longs et persistants épisodes d’instabilité armée du continent africain. Depuis l’effondrement de l’État central en 1991, le pays est plongé dans une guerre civile fragmentée impliquant des clans armés, des milices locales et des groupes jihadistes, notamment Al-Shabaab, affilié à Al-Qaïda.

Sur plusieurs décennies, les violences, combinées aux famines récurrentes, aux sécheresses extrêmes et à l’effondrement des services publics, auraient causé plusieurs centaines de milliers de morts, certaines estimations allant jusqu’à plus d’un million de victimes indirectes sur la longue durée. La situation humanitaire reste extrêmement fragile, avec des épisodes de famine particulièrement graves, notamment celle de 2011 qui aurait fait environ 250.000 morts selon les Nations unies.

Le conflit a également entraîné des déplacements massifs de population : on estime que plusieurs millions de Somaliens ont été déplacés à l’intérieur du pays ou ont fui vers les pays voisins (Kenya, Éthiopie, Djibouti), créant l’une des plus importantes crises de réfugiés de la région.

Victor Diwisch

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