Depuis quelques mois, des bus gratuits circulent entre Pamandzi et Labattoir pour rejoindre la barge. Il s'agit d'une phase test du futur réseau de transport urbain "Msafara" initié par l'Assemblée de Mayotte. Celui-ci, change déjà les habitudes de nombreux habitants entre soulagement, ajustements et inquiétudes du côté des taxis.

À Petite-Terre, les bus gagnent du terrain sur les trajets des habitants

Depuis quelques mois, des bus gratuits circulent entre Pamandzi et Labattoir pour rejoindre la barge. Il s'agit d'une phase test du futur réseau de transport urbain "Msafara" initié par l'Assemblée de Mayotte. Celui-ci, change déjà les habitudes de nombreux habitants entre soulagement, ajustements et inquiétudes du côté des taxis.

Les anciennes navettes mises en place en septembre 2023 dans le cadre des travaux des quais de barge ont disparu depuis le mois de février dernier, laissant place à un dispositif plus large de bus gratuits qui sert désormais de test pour le futur réseau de transport urbain « Msafara ».

Quatre véhicules sont aujourd’hui en circulation, entre Pamandzi et Labattoir, avec des passages le matin entre 5h30 et 7h45 pour conduire les usagers vers la barge, puis un retour assuré entre 15h15 et 17h15 pour les trajets du soir, et des horaires susceptibles d’évoluer le mois prochain lors du lancement des lignes officielles.

Des habitudes qui s’installent

À Labattoir, les véhicules sont souvent pleins, signe que le service a trouvé son public, surtout parmi les salariés qui prennent la barge chaque jour. Hayissati Madi fait partie de  ceux qui ont adapté leur journée de travail aux horaires des bus. « Moi je prends le bus tous les matins à 7h30 pour avoir la barge de 8h et au retour je le prends à 17h, il n’y’a plus de stress pour savoir si j’aurais un taxi », explique-t-elle, en insistant sur le côté pratique mais aussi économique.

Mi-mai, les bus circuleront toute la journée, et non plus uniquement au heures de pointe. Léo Vignal / JDM

Pour la passagère, la mise en place de ce moyen de transport est un vrai soulagement pour les habitants de la Petite-Terre qui dépendent de la barge pour aller au travail. « Les taxis c’est plus contraignant, ils font beaucoup de détours, en plus avec le bus c’est gratuit, deux euros le matin et deux euros le soir sur une semaine ou un mois ça fait beaucoup », dit-elle, faisant référence au prix du taxi.

Comme d’autres, elle regarde déjà vers l’avant, avec l’arrivée annoncée de nouvelles lignes payantes par l’Assemblée de Mayotte. « Vingt euros par mois c’est moins cher que ce que je peux dépenser en une semaine en taxi », estime-t-elle.

Mais malgré cet engouement, le bus ne s’est pas encore imposé partout, surtout dans un territoire où les taxis occupent une place importante depuis des années. Maria, par exemple, oscille encore entre les deux solutions : « quand je vais au travail je prends le bus, mais parfois je finis à 17h30, du coup je dois prendre un taxi », partage-t-elle, en évoquant aussi le manque d’arrêts, qui oblige parfois à marcher encore longtemps après être descendue. Tandis que, le taxi peut la déposer au plus près, une différence importante dans l’usage.

Une inquiétude chez les taximans

Les taxis sont directement impactés par la mise en place de transports en commun sur petite terre. Léo Vignal / JDM

Du côté des professionnels du taxi, l’inquiétude est bien présente, même si elle ne s’exprime pas encore de manière unifiée, Ba Zaina Moussa, porte-parole des taxi-mans de Petite-Terre, préfère attendre avant de prendre position. « On ne compte pas faire la grève pour l’instant, on veut voir l’impact réel sur notre profession ».

D’autres sont plus directs sur les conséquences, un taxi-man de Petite-Terre estime que la situation est déjà critique. « Les navettes gratuites nous impactent beaucoup, les gens ne vont pas payer deux euros si de l’autre côté c’est gratuit », affirme-t-il, avec une chute de 50 à 60 % de sa clientèle aux heures les plus importantes de la journée, celles où l’activité était jusqu’ici la plus forte. Avec certains de ses collègues, ils envisagent déjà des actions : « On prévoit de faire grève, même si les bus sont payants. C’est une menace pour nous ! », dit-il.

Un dispositif en observation

Le lancement officiel des transports en commun du Département-Région de Mayotte aura lieu mi-mai 2026. Léo Vignal / JDM

Dans ce contexte de transition, un contrôleur de Transdev chargé de suivre la fréquentation dans le cadre de la phase test rappelle que le dispositif s’inscrit dans un projet plus large de transport urbain. « Certains pensent que c’est les navettes mais non, ce sont des bus en phase test pour le lancement de Msafara pour mai, c’est un vrai transport en commun », confie-t-il. Sur le terrain, il observe surtout la manière dont les habitants s’approprient le système. Pour lui, l’essentiel est ailleurs : « Les usagers, ce qu’ils veulent, c’est être emmenés d’un point A à B », poursuit-il.

Les prochains mois seront donc décisifs, avec la mise en place annoncée du réseau « Msafara », avec plus de bus et des horaires élargis de 5h à 19h, mais aussi davantage d’arrêts pour couvrir l’ensemble du territoire.

Présenté récemment par les élus de l’Assemblée de Mayotte, ce projet de transport urbain doit être lancé en mai prochain. L’objectif est de faciliter les déplacements quotidiens, de relier les communes et d’initier durablement les habitants au transport collectif, une étape que certains Mahorais attendent déjà de pied ferme.

Shanyce MATHIAS ALI et Léo VIGNAL.

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Élections municipales de Mamoudzou : la justice décide qu’il n’y aura pas de nouveau scrutin

Le tribunal administratif de Mayotte entérine le score de la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla au premier tour des élections municipales de Mamoudzou. Ce mardi 15 septembre, il donne en partie raison au requérant, Ahamada Haribou (arrivé deuxième), en retranchant 104 voix litigieuses.

Des parents d’élèves demandent le départ de la rectrice : « Si elle ne s’occupe pas de nous, elle doit démissionner »

Le lycée de la Cité du Nord entame ce lundi 14 septembre sa troisième semaine de blocage. Près de 180 parents, enseignants et représentants syndicaux se sont réunis devant l'établissement scolaire. La mobilisation des parents prend de l'ampleur, tandis qu'aucune rencontre avec la rectrice ou une délégation du rectorat n'était encore confirmée dans la matinée.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Environnement : Plus de 41 000 euros attribués à trois projets écologiques à Mayotte

L'Office français de la biodiversité (OFB) a dévoilé les lauréats de la seizième édition de son programme de financement TeMeUm (Terres et Mers Ultramarins). Au total, trois projets mahorais d'initiatives locales, associatives et écologiques vont donc se partager une enveloppe de 41.550 euros.