« Attention, ne cours pas trop vite », lance Mikayila Abdillah à El Fazzal, 14 ans, coiffé d’une casquette et vêtu d’un tee-shirt bleu et blanc aux couleurs du Club de Sport Adapté de Mayotte (CSAM). Ce samedi, 18 avril, au milieu de la forêt de Ouangani, entre les arbustes le sol est boueux et les pentes rendent chaque pas délicat, la chute peut arriver à tout moment. Pour autant, le risque en vaut la peine, il est même signe de découverte et de liberté pour El Fazzal, atteint d’un trouble du développement intellectuel (TDI) et d’une malformation à la cheville, dans un quotidien parfois morose, en grande partie à la maison ou à l’institut médico-éducatif (IME) de Combani.
Sortir du quotidien en pleine forêt

Comme lui, des centaines d’enfants — vivant avec des difficultés d’attention et de concentration, des troubles du développement affectant l’apprentissage, le langage ou la communication, des formes d’autisme, des troubles associés combinant plusieurs difficultés, une trisomie (anomalie génétique) ou encore un trouble du développement intellectuel — ont participé à la randonnée inclusive organisée par l’Office de Tourisme du Centre-Ouest, en partenariat avec la 3CO, la police intercommunale et le CSAM, et en présence de nombreuses associations et structures, dont l’APAJH, la classe ULIS du collège de Tsingoni, le CCAS de M’tsangamouji et surtout 7 services du Pôle Handicap de Mlezi Maoré : la MECS de Miréréni, l’IME et le SESSAD de Tsoundzou 2, IMPro, l’IME Centre de Combani, le DITEP et l’IME de Chirongui, ainsi que le DIME de Kangani.
Le parcours de 5 km, au départ du Pôle d’Excellence Rural de Coconi, a été spécialement pensé pour permettre au plus grand nombre de participer. Avec plusieurs arrêts pour se reposer et s’hydrater, chacun a pu y trouver son rythme. Pour autant, il ne s’agissait pas d’une simple promenade de santé. Les nombreux cours d’eau à traverser ont rythmé la marche, créant des obstacles aussi magnifiques que parfois difficiles à franchir, provoquant même quelques « embouteillages », selon les mots amusés des jeunes progressant en file indienne.

Plusieurs participants ont d’ailleurs chuté, déclenchant parfois des rires, parfois de brèves larmes, tant la bienveillance était au rendez-vous. Malgré les consignes et l’aide des accompagnants, El Fazzal n’a pas pu éviter la glissade en sortie de rivière, à l’approche de Ouangani. « Ne t’inquiète pas, ça va aller. Tu n’as rien, ce n’est pas grave si tu as un peu de boue sur toi », le rassure Mikayila, éducatrice spécialisée à l’IME de Combani. Quelques mètres plus loin, le garçon repart déjà en trottinant, débordant d’énergie, sous le regard de l’éducatrice, à la fois légèrement inquiète et incapable de dissimuler sa joie de le voir s’épanouir.
Apprendre à vivre avec le handicap

« A l’IME on a des jeunes qui ne sortent que très rarement de l’établissement. Cette randonnée leur permet de s’aérer, de partager des moments, de rencontrer d’autres jeunes, c’est super », indique-t-elle. « Avec son handicap El-Fazzal peut tout de même suivre des cours à l’école et il alterne le temps scolaire et le temps à l’IME. Mais il est souvent marginalisé, il n’a pas trop de copains. Même à la maison ses frères et sœurs ne sont pas tout le temps avec lui, il se renferme sur lui et ne sort pas beaucoup ».

« Suite à une chute, le réflexe est souvent de pleurer même sans douleurs, pour se protéger des autres, j’essaye de lui dire qu’on est là, qu’il n’est pas seul, que ce n’est pas grave et que surtout ce n’est pas lié à son handicap », poursuit Mikayila. « Le but est de progressivement lui apprendre à vivre avec sa cheville malformée de façon à ce qu’elle ne soit pas un handicap justement pour lui ».
Après avoir traversé Ouangani, une dernière surprise attendait les randonneurs : la découverte de la cascade du village. Au cœur d’un écrin de verdure luxuriant, nourri par l’humidité, la rivière, gonflée par la saison des pluies, se déverse sur plusieurs dizaines de mètres au milieu d’un petit cirque de roches volcaniques.
Des rencontres qui apaisent et donnent confiance

Les personnes n’ayant pas pu participer à la randonnée, ont été accueillies au PER tout au long de la journée à travers de nombreux ateliers et activités, à commencer par une visite guidée du site et de son laboratoire, puis des ateliers de poterie, de découverte de la culture de la vanille, de jardinage et de plantation, de tressage, de sensibilisation à la gestion des déchets, ainsi que des activités autour de l’alimentation, des massages, et même une initiation au VTT pour les enfants.
« Pour les jeunes, c’est important de sortir et de rencontrer d’autres jeunes venus des quatre coins de Mayotte, et de se reconnaître en eux », remarque Abdoul Oihabi Mihidjay, coordinateur du CSAM, qui permet chaque semaine à des enfants en situation de handicap de pratiquer des activités sportives variées : randonnées, football, vélo, mais aussi kayak et natation.

« Le parcours, avec ses différents sols et matières, leur permet aussi de travailler la motricité ! Pour eux ça leur confirme qu’ils peuvent faire du sport comme tout le monde, qu’ils ne sont pas différents, ça redonne confiance », souligne-t-il, avant d’être interpellé par une animatrice du club. « Je sais qu’on avait prévu des repas, mais ils ont vu les brochettes au stand, ils préfèrent ça ! », lui glisse-t-elle, arrachant finalement son approbation.
De quoi faire plaisir à tous lors de cette journée sans contraintes, qui s’achève pour les jeunes, assis dans l’herbe, au milieu des ylang-ylang.


