Entre ambitions d’investissement et critiques sur la sincérité des comptes, la séance plénière de ce 25 mars a mis en lumière des fractures politiques et financières.

Budget du Département-Région : 80 millions d’euros d’excédents au cœur de la polémique

Entre ambitions d’investissement et critiques sur la sincérité des comptes, la séance plénière de ce 25 mars a mis en lumière des fractures politiques et financières.

Ce mercredi 25 mars 2026, les élus du Conseil départemental de Mayotte se sont réunis dans l’Hémicycle Younoussa Bamana, d’abord en Assemblée plénière, puis en Commission permanente, sous la présidence de Ben Issa Ousseni. La séance, annoncée à la presse moins de deux heures avant son ouverture, a pourtant examiné plusieurs dossiers structurants pour le territoire, allant du développement portuaire à l’orientation budgétaire et aux compétences des agents.

Dès son allocution, le président Ousseni a exprimé la solidarité de Mayotte avec la population de la région d’Antsiranana, frappée par le cyclone Gezani, qui a détruit près de 80 % de la ville de Tamatave. L’Assemblée a voté une aide d’urgence de 25.000 euros et s’est engagée à rester en contact avec les autorités malgaches pour assurer le rapatriement des Mahorais encore sur place.

L’ambition d’un « Grand Port Maritime »

Mayotte, port,
Le port de Longoni, cœur stratégique du futur « Grand Port Maritime » de Mayotte. Le Schéma Directeur adopté prévoit la réorganisation des infrastructures et l’extension des quais pour accompagner la croissance du trafic commercial.

Le Schéma Directeur du Port de Mayotte, voté à l’unanimité, fixe la feuille de route pour l’avenir du site de Longoni et de son activité commerciale. À moyen terme, les infrastructures existantes devront être réorganisées pour accompagner la croissance du trafic de marchandises. À plus long terme, après 2035, le projet prévoit l’extension des quais et des surfaces de stockage. Le schéma inclut également le développement d’un réseau maritime interne pour passagers et fret, ainsi qu’une filière locale d’entretien et de réparation navale adaptée aux flottilles présentes dans l’archipel.

Dans la continuité de cette stratégie, l’Assemblée a adopté la création d’un Etablissement Public Industriel et Commercial (EPIC), permettant à la collectivité de reprendre la gestion commerciale du port après la fin anticipée de la délégation de service public (DSP) confiée à Mayotte Channel Gateway, alignant ainsi la gouvernance portuaire sur l’ambition d’un « Grand Port Maritime ».

Reconstruction et priorisation des investissements

Le Débat d’Orientation Budgétaire 2026 a constitué un autre temps fort de la séance. Les recettes de fonctionnement sont estimées à 507 millions d’euros pour 469 millions de dépenses, avec 249 millions d’investissements prévus. Le Département-Région met l’accent sur la reconstruction durable, intégrant les normes de résistance cyclonique et autres aléas, et sur la priorisation des équipements essentiels au développement du territoire. Pour soutenir ces orientations, des réformes ont été adoptées afin de renforcer l’ingénierie de projet, mobiliser les cofinancements, valoriser le patrimoine immobilier, accroître la rigueur des dépenses et accompagner la transformation numérique du territoire.

Parallèlement, les commissions ont voté plusieurs projets visant à moderniser les compétences des agents et à accompagner la transition institutionnelle, notamment avec le Plan de développement des compétences 2026-2028, destiné à former les agents aux nouvelles responsabilités liées aux transferts progressifs de compétences régionales, améliorer la qualité du service public et favoriser l’épanouissement professionnel. Parmi les autres décisions, le Département-Région a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour valoriser le site industriel de « Vallée 3 » à Longoni, voté la tarification et le nom du futur réseau de transport interurbain « M’safara », et renouvelé les cartes de transport scolaire avec de nouvelles modalités.

Les critiques du CESEM : une collectivité fragile

Si les rapports ont été adoptés, la séance a mis en lumière les critiques du Conseil économique, social et environnemental de Mayotte (CESEM). L’instance consultative a souligné la fragilité financière du Département-Région, très dépendante des subventions de l’État, et a recommandé de sécuriser les ressources, prioriser les investissements et renforcer les capacités de pilotage interne. Sur le SRDEII, le CESEM note des progrès mais déplore un diagnostic économique incomplet et un manque de clarté sur le financement, estimant que le document devrait devenir un véritable outil stratégique et de suivi pour le territoire.

L’opposition dénonce des excédents « artificiels »

Assemblée plénière, Conseil départemental, Mayotte.
« Le budget du département n’est jamais voté avant le 31 décembre… 80 millions d’euros d’excédents totalement artificiels deviennent indécents quand les Mahorais n’ont rien », dénonce Soula Saïd-Souffou, conseiller départemental de Sada-Chirongui, après le vote du budget 2026 du Département-Région.

L’opposition, incarnée par le conseiller départemental de Sada-Chirongui, Soula Saïd-Souffou, a contesté la sincérité du budget. Selon lui, les 80 millions d’euros d’excédents annoncés sont artificiels, et le report du vote au mois de mars masque un déficit structurel. Il critique également l’insuffisance des mesures sociales, notamment pour les populations encore sans logement quinze mois après le cyclone Chido.

« Sur tous les points du budget, on ne parle que d’excédents. 80 millions d’euros totalement artificiels deviennent indécents quand les Mahorais n’ont rien », a-t-il déclaré. Selon lui, une partie de ces excédents aurait dû être affectée aux populations les plus vulnérables, mais cela n’a pas été fait.

Il dénonce également la subvention d’équilibre accordée au service des transports maritimes, devenu un goulot d’étranglement. « L’État nous laisse cette dette structurelle alors qu’il devait se charger de la continuité territoriale. Nous assumons, mais il ne compense pas », explique-t-il, dénonçant ce qu’il appelle la double peine pour le Département-Région. Sur les fonds européens, il ajoute : « Mayotte a la capacité de gérer ces fonds, mais l’organisation actuelle empêche leur consommation. Près de 50 millions risquent d’être perdus faute d’une administration stabilisée et performante ». 

Enfin, il a critiqué le traitement dérogatoire imposé par l’État, notamment pour l’AME (aide médicale de l’État), l’ASE (aide sociale à l’enfance) et les PMI (Protection maternelle et infantile), et appelle à un calendrier clair de transfert de compétences afin que le Département-Région puisse assumer ses responsabilités et sortir de sa dépendance vis-à-vis de l’État.

 Mathilde Hangard 

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