Depuis trois semaines, les coupures d’eau se multiplient dans le quartier des Manguiers. Les habitants vivent au rythme de robinets imprévisibles et de réserves qui demeurent impossibles à faire.

Passamaïnty : trois semaines sans eau, l’épuisement des habitants

Depuis trois semaines, les coupures d’eau se multiplient dans le quartier des Manguiers. Les habitants vivent au rythme de robinets imprévisibles et de réserves qui demeurent impossibles à faire.

« On ne sait jamais si l’eau va arriver, ni quand. Parfois, elle coule en pleine nuit et disparaît à six heures. C’est désespérant », se désole un habitant du quartier des Manguiers, à Passamaïnty. Depuis près de trois semaines, les riverains subissent des coupures à répétition, des horaires de distribution fantaisistes et une communication ubuesque. Les robinets sont muets, les cuves vides et les machines à laver à l’arrêt. Dans ce contexte, la SMAE que nous avons tenté de joindre reste silencieuse, et c’est le maire de Mamoudzou qui sert de principal intermédiaire pour les habitants.

Des habitants pris au piège du chaos hydrique

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Faute d’eau, cet habitant se retrouve sans possibilités de remplir ses réserves.

Pour les familles du quartier des Manguiers, le quotidien se résume à attendre et surveiller les robinets. Dimanche 22 février, l’eau devait arriver. Elle n’est apparue que vingt minutes, sous forme d’un filet dérisoire. « Je n’ai même pas pu remplir un tiers de ma cuve, et j’ai deux enfants en bas âge », raconte une habitante.

Le lundi 23 février, aucune goutte. Les machines restent inutilisées et les réserves sont vides. « Si cela suit le rythme des autres jours, nous aurons environ une heure d’eau, parfois à 17 heures, parfois à une heure du matin. Ceux qui dorment ratent leur tour et doivent attendre le lendemain pour une nouvelle distribution », explique la riveraine.

Résultat : impossible de prévoir le prochain filet d’eau, malgré les plannings transmis par la SMAE pour l’ensemble des communes de l’île.

Une distribution inégale et injuste

Même au sein du quartier, l’eau ne circule pas de manière équitable. Certaines maisons bénéficient d’un mince filet, d’autres restent totalement à sec. « Je fais partie des chanceux, mais toutes les maisons du côté droit n’ont parfois rien », raconte une habitante.

« On a systématiquement un filet d’eau dans les douze dernières heures de notre tour, uniquement la nuit, puis coupure de trente-six heures, plus parfois vingt-quatre heures sans eau de nouveau. Ce qui est vraiment désespérant, c’est la capacité à accuser l’autre et à ne jamais assumer la responsabilité. On ne sait jamais pourquoi on n’a pas d’eau ni comment faire pour en avoir », confie une autre habitante, décrivant la routine imposée depuis quinze jours.

Cette situation accentue le fossé entre certains propriétaires équipés de cuves et des locataires, disposant de solutions de stockage plus réduites. « Parfois, énormément d’eau coule en pleine nuit, puis plus rien. On ne peut jamais anticiper, et faire une lessive devient impossible », ajoute une riveraine.

Le maire de Mamoudzou, plus réactif que la SMAE 

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Ambdilwahedou Soumaila, maire de Mamoudzou, improvisé communicant de crise face au silence de la SMAE

Face à la désorganisation et au silence total de la SMAE, les habitants ont tenté toutes les démarches imaginables : appels et mails à la SMAE, messages sur le site Internet de la mairie, échanges WhatsApp avec le maire… Sans succès. Contactée par notre rédaction à plusieurs reprises, la SMAE est restée désespérément muette, c’est le silence radio.

Ironie du sort, le seul à jouer le rôle de communicant est Ambdilwahedou Soumaïla, le maire de Mamoudzou. Mardi 24 février après-midi, l’élu nous a confié avoir « relayé » l’information au président du syndicat Les eaux de Mayotte (LEMA), Ahamada Fahardine. « Le président a saisi le délégataire pour suite à donner ». On pourrait presque sourire de cette situation si elle ne nuisait pas aux habitants : le maire se transforme en intermédiaire officiel de l’eau, improvisant la communication en lieu et place du syndicat censé gérer la distribution.

En fin de journée, le maire s’est encore fait ingénieur. « Deux problèmes ont été identifiés : un défaut dans le réseau, désormais réglé, et un niveau de réservoir légèrement bas. À 16h30, le réservoir atteignait 2,99 mètres sur 3, permettant en principe un retour à la normale », nous a-t-il dit. Quinze minutes plus tard, l’eau disparaissait à nouveau dans le quartier des Manguiers, illustrant le décalage permanent entre annonces officielles et expérience réelle.

Une crise qui dépasse Passamaïnty

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La future usine de dessalement d’Ironi Bé, actuellement en chantier, viserait à produire jusqu’à 10 000 m³ d’eau potable par jour.

À Passamaïnty, les justifications techniques avancées par la SMAE — panne de pompe d’EDM, vandalisme d’un local technique — varient au fil des jours. Elles n’apportent aucun soulagement et rendent la situation incompréhensible : les raisons changent, les conséquences restent les mêmes, pas d’eau pour les habitants. Et le problème ne se limite pas au quartier des Manguiers. Depuis 2023, Mayotte traverse une crise de l’eau majeure qui touche l’ensemble du département, liée à un déficit structurel de production d’eau sur l’île. La SMAE publie son planning toutes les deux semaines et diffuse parfois des communiqués annonçant des coupures imprévues… mais souvent trop tard pour que la population puisse anticiper.

Mardi 24 février, d’autres secteurs ont été touchés par des coupures en dehors des tours d’eau quotidiens : Cavani, Mtsapéré, Pamandzi Ouest ou Labattoir-La Vigie. Selon les autorités, « les dernières pluies ont fragilisé la production de l’usine de potabilisation de Mamoudzou. Son réservoir, ainsi que ceux de Majihaut et de Petite-Terre, sont à un niveau trop bas pour maintenir la distribution ». 

Pour les habitants, cette situation est d’autant plus frustrante que l’usine de dessalement de Pamandzi, en Petite-Terre, est censée rendre cette partie de l’île autonome. Quant à la future usine de dessalement de Ironi Bé en Grande-Terre, dont la mise en service est prévue pour fin 2027, une question s’impose : à quoi bon sacrifier la mangrove et le lagon, si même la pluie peut couper l’eau ?

Mathilde Hangard

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