Adoptée le 26 décembre 2025, la loi de finances de l’Union des Comores a été promulguée le 16 janvier 2026, incitant le chroniqueur Abdourahamane Cheikh Ali, Président du Mouvement pour une République Démocratique et Progressiste aux Comores, à une tribune caustique.

Loi de Finances des Comores : le « train de vie stratosphérique » du chef de l’Etat dénoncé par l’opposition

Adoptée le 26 décembre 2025, la loi de finances de l’Union des Comores a été promulguée le 16 janvier 2026, incitant le chroniqueur Abdourahamane Cheikh Ali, Président du Mouvement pour une République Démocratique et Progressiste aux Comores, à une tribune caustique.

Tribune – « Quelques observations sur la loi de finances de l’Union des Comores pour l’exercice budgétaire 2026 »

Je le dis tout de suite pour épargner, à ceux qui réservent aux experts en finances publiques le droit d’émettre des avis sur la politique budgétaire de la nation, des recherches sur mon parcours académique et professionnel. Je ne suis ni inspecteur des impôts ni docteur en économie. Néanmoins, je me permets d’user de la liberté d’expression garantie par la constitution pour formuler des observations sur le budget de la nation qui, dois-je le préciser, n’est pas un domaine réservé à une caste. À ce sujet, je rappelle que les débats citoyens sur les ressources publiques et sur leur affectation, en vertu du principe du consentement à l’impôt, constituent historiquement la première victoire de la démocratie sur l’absolutisme.

Le budget, document prévisionnel consacré par la loi de finances pour une année, révèle les intentions de ceux qui ont en charge le destin d’une nation et traduit les priorités d’un gouvernement pour l’exercice budgétaire à venir.

Le budget 2026 est arrêté comme suit : 139 058 536 171 francs comoriens (139 milliards de FC, ndlr) au titre des dépenses et 129 257 000 000 de francs comoriens (129 Mrds de FC, ndlr) au titre des recettes soit un déficit budgétaire de 9 801 536 171 francs comoriens (9 milliards de FC, ndlr). Le gouvernement devra encore une fois contracter des emprunts pour équilibrer le budget, aggravant ainsi notre endettement. Selon la Banque mondiale, notre dette publique a atteint 36,8% du PIB en 2024. Ce taux conduit la Banque mondiale et le FMI à classer les Comores comme pays à haut risque de surendettement.

Les meilleurs palaces et les pires écoles

Comores, Azali, Madagascar, Gen Z
Abdourahamane Cheikh Ali s’indigne du gaspillage des fonds nationaux

85,32 % de nos dépenses courantes servent à faire fonctionner l’État et à payer les charges de la dette. Elles financent entre autres le train de vie stratosphérique du Chef de l’État : 155 446 920 francs comoriens pour la rémunération et 276 000 000 de francs comoriens au titre des biens et services, c’est à dire en langage simple les perdiem, les billets d’avion et les frais d’hébergement dans les meilleurs palaces des 4 coins de la terre. Cet argent est gaspillé également pour entretenir une superstructure pléthorique et à l’utilité douteuse, comprenant des administrations qui sont des coquilles vides ou dont les missions se chevauchent (Centre national de recherche sur les politiques publiques, Agence nationale de conception et d’exécution des projets…, etc.) Les missions de ces 2 organismes peuvent être bien reversées dans le champ de compétences du Commissariat Général au Plan. Nous gagnerions en efficacité et nous économiserions des moyens.

La principale route des Comores, celle qui relie la capitale Moroni à Mitsamihouli, principale métropole du Nord de Ngazidja, en passant par Hahaya où est situé l’unique aéroport international des Comores (Aéroport international Moroni Prince Saïd Ibrahim), est en piteux état. C’est une route stratégique sur le plan économique. Elle dessert l’aéroport, le Mboudé qui est l’un des greniers des Comores et le Mitsamihouli qui est sans conteste la région la plus touristique des Comores. Son piteux état ne semble pas pourtant préoccuper outre mesure le gouvernement. Attend-il un partenaire étranger pour se pencher sur son sort ? Peut-être. En effet, la part des ressources alimentée par nos contributions et qui s’élève à 13 321 000 000 de francs comoriens (13,3 Mrds FC, ndlr), soit 14,68% de nos dépenses courantes, ne pourra pas suffire pour prendre en charge la réfection des routes existantes, la construction de nouveaux axes de circulation… sans compter les investissements nécessaires dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’enseignement, de la santé…, etc.

Une question essentielle s’impose : comment doter le pays des ressources humaines et des infrastructures qui sont indispensables au bien-être de la population et qui constituent également des leviers pour l’enrichissement futur du pays sans creuser le déficit budgétaire et sans alourdir davantage notre dette publique ? À tout seigneur tout honneur ! J’ose espérer que le Chef de l’État donnera l’exemple en renonçant à une partie de ses avantages afin de porter à 20% la part des dépenses courantes consacrées aux investissements. Je rappelle que cette part se limite aujourd’hui à un peu moins de 15%. Ce geste de responsabilité doit inspirer une loi de finance rectificative qui doit revoir la répartition des crédits entre dépenses de fonctionnement et dépenses d’investissement mais aussi corriger certains oublis que je pense involontaires au niveau des recettes. Je pense notamment aux recettes générées par le Programme de citoyenneté économique : 130 838 823 de francs comoriens en 2025 et ZÉRO franc prévu pour 2026. Par ailleurs, AUCUN THOUMOUNI* ni en 2025 ni en 2026 sur les recettes qu’aurait généré le pavillon de complaisance. Ce pavillon de complaisance qui, dit-on, permettrait à la flotte russe de contourner les sanctions. Qui peut jurer, la main sur le Coran, que le Programme de citoyenneté économique ne générera RIEN en 2026 et que notre pavillon ne nous rapporte RIEN ?

L’école publique souffre d’un déficit d’enseignants aux Comores

Ce collectif budgétaire que nous appelons de nos vœux devrait permettre d’augmenter au passage les crédits affectés à l’éducation nationale et à la formation professionnelle pour porter la part du budget qui leur est consacrée de 12,44 à 15%. Les défis posés par ce secteur justifient un effort financier particulier :  délabrement avancé voire état de ruine des établissements publics, forte désaffection de l’école publique en faveur de l’enseignement privé (70 % des effectifs), formation professionnelle à l’état embryonnaire, université aux classes surchargées et sous-équipées, problèmes d’équipement des élèves, faible qualification d’un grand nombre d’enseignants… etc.

Comment pourrions-nous consacrer seulement 12,44% de notre budget à l’action publique pour relever ces défis immenses au moment où les membres de l’OCDE, c’est-à-dire des pays qui ont posé depuis longtemps les bases et poursuivent désormais une ambition d’excellence, allouent entre 7 et 17 % , soit en moyenne 11 %, de leurs budgets à ce secteur ?

Abdourahamane Cheikh Ali

Président du MRDPC (Mouvement pour une République Démocratique et Progressiste aux Comores)

*Le thoumouni est une unité monétaire de petite valeur qui était utilisée aux Comores. Dans le langage familier, kapvatsi thoumouni signifie aucun sou

 

 

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