Avec 20 millions d’euros engagés dans la recherche de traitements, l’Union européenne veut rompre sa dépendance aux solutions venues d’ailleurs et se placer au cœur de la lutte contre une maladie en pleine expansion.

Dengue : l’Europe mise sur 20 millions d’euros pour développer de nouveaux traitements

Avec 20 millions d’euros engagés dans la recherche de traitements, l’Union européenne veut rompre sa dépendance aux solutions venues d’ailleurs et se placer au cœur de la lutte contre une maladie en pleine expansion.

C’est une annonce passée presque inaperçue, mais elle pourrait bien marquer un tournant. Le 4 novembre dernier, la Commission européenne a annoncé un investissement de 20 millions d’euros pour financer la recherche de nouveaux traitements contre la dengue, maladie virale transmise à l’humain par les moustiques femelles du genre Aedes (principalement Aedes aegypti, mais parfois le moustique tigre, Aedes albopictus).

Financé par Hera, l’Autorité européenne de préparation et de réponse aux urgences sanitaires créée après la crise du Covid-19, le programme prévoit deux essais cliniques de phase avancée dans des pays où la dengue sévit depuis longtemps. La mise en œuvre sera confiée à la Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDi), organisation à but non lucratif spécialisée dans les maladies négligées, celles qui tuent beaucoup mais génèrent peu de profits.

Une maladie ré-émergente et meurtrière

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Le changements climatique influe sur la transmission de la dengue, en raison des modifications de température et de pluviosité affectant le moustique vecteur du virus.

La dengue, longtemps confinée aux régions tropicales et subtropicales, est aujourd’hui une maladie ré-émergente, en expansion rapide. Entre 2000 et 2019, le nombre de cas signalés est passé de 500.000 à plus de 5,2 millions, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’elle provoque environ 20.000 décès chaque année.

Cette progression résulte du réchauffement climatique, de la globalisation économique et de l’intensification des flux humains et commerciaux, qui permettent au virus de gagner de nouvelles zones. Dès 2010, les premiers cas autochtones européens ont été recensés, signe que la maladie n’est plus limitée aux tropiques mais peut s’étendre à des régions tempérées.

Des traitements difficiles à trouver 

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Ce nouveau traitement pourrait atténuer les symptômes de la dengue s’il est administré avant et après l’infection.

Près de la moitié de la population mondiale est exposée au risque de la dengue. Chaque année, 100 à 400 millions de personnes sont infectées. Pourtant, aucun traitement spécifique n’existe. Les symptômes (forte fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, nausées, éruptions cutanées) se confondent souvent avec ceux d’autres arboviroses comme le zika ou le chikungunya. Dans les cas sévères, la dengue peut provoquer des hémorragies et entraîner la mort.

L’un des traitements envisagés pour les essais cliniques est le « Dengushield », un anticorps monoclonal développé par le Serum Institute of India, tandis que le second candidat sera un antiviral encore en phase de sélection.

Le début des essais est prévu pour août 2026, avec l’objectif de proposer des traitements abordables et accessibles à l’échelle mondiale, capables de réduire la gravité de l’infection et de limiter sa transmission.

Outre-mer et Europe du Sud : un front sanitaire en mutation

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Au début de l’année 2020, le Centre hospitalier de Mamoudzou était confronté à un afflux de patients porteurs de la dengue, quelques semaines avant l’arrivée du Covid-19 sur le département.

La dengue s’étend désormais bien au-delà des zones tropicales. En 2025, plusieurs cas autochtones ont été recensés en France métropolitaine, en Italie et en Espagne, conséquence directe de la progression du moustique tigre.

Dans les territoires ultramarins, la dengue reste un fléau saisonnier, ponctué de flambées régulières. À Mayotte, la situation est, pour l’heure, relativement contenue. Selon le bulletin de la cellule locale de Santé publique France du 8 septembre 2025, 30 cas de dengue ont été signalés depuis le début de l’année, avec un pic début mai et aucune détection de nouveaux cas à la mi-juillet. «  Cette dynamique traduit une circulation virale ponctuelle et, pour l’instant, stable  », précise le rapport.

En comparaison, le chikungunya a frappé beaucoup plus fortement l’île, avec 1.257 cas confirmés entre mars et juin 2025, illustrant la vulnérabilité de Mayotte face aux arboviroses. Le moustique vecteur est présent, le climat favorable et les conditions locales propices à la prolifération des gîtes larvaires.

Dans ce contexte, où les soins sont concentrés sur le seul hôpital et les médecins libéraux peu nombreux, et où la lutte anti-vectorielle doit composer avec des contraintes logistiques et environnementales, la dengue demeure une menace sérieuse. L’arrivée de traitements curatifs efficaces pourrait enfin offrir une prise en charge réelle, permettant de réduire l’impact de la maladie sur la population, déjà éprouvée par des épidémies précédentes ces dernières années.

Mathilde Hangard

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