Le président Azali demande « une enquête » sur les agissements de la PAF à Mayotte

Á la tribune des Nations Unies, le dirigeant comorien est revenu sur les révélations faites par des médias internationaux dont Le Monde, The Times et Der Spiegel qui accusent la Police Aux Frontières (PAF) de "provoquer délibérément" des naufrages de kwassa interceptés au large de Mayotte.

Le président Azali Assoumani a demandé l’ouverture d’une « enquête » sur les agissements de la PAF de Mayotte au sujet de ses « agissements » lors de ses missions d’interception et d’arraisonnement de vedettes souhaitant se rendre dans l’île. Le chef de l’Etat comorien s’est fondé sur les récentes révélations du consortium de médias qui, à la suite de nombreux témoignages, a laissé planer des méthodes de la PAF qui virent au drame de kwassa, provoquant ainsi la mort des migrants souhaitant se rendre à Mayotte.

Une « barbarie », selon le président comorien

« Des faits d’une extrême gravité ont été révélés par une enquête du journal français Le Monde qui fait état de manœuvres délibérées de la Police opérant à Mayotte, qui conduisent régulièrement au naufrage d’embarcations et qui provoquent la mort de plusieurs ressortissants comoriens », s’est insurgé Azali Assoumani, dans son discours prononcé devant ses pairs du monde entier en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York.

Mayotte, PAF, expulsions,
Chaque année, les autorités réalisent plus de 20.000 reconduites à la frontière

Dans cette enquête d’investigation dont de nombreux faits ont été contestés par les services de la PAF de Mayotte, les journalistes des médias partenaires ont fondé leurs accusations sur des témoignages recueillis auprès de responsables de services, y compris de gendarmes qui admettent des techniques de la PAF contre les embarcations, allant jusqu’à « taper leur proue » et même à « créer une vague artificielle » dans le but, selon les témoignages cités dans l’enquête, de compliquer les kwasa dans leurs manœuvres de contournement des bateaux intercepteurs.

Pour Azali Assoumani, ces agissements et ces méthodes ne devraient pas se banaliser, se perpétuer et rester impunis. « L’Union des Comores appelle l’État français, puissance occupante à faire arrêter ces opérations, à diligenter les enquêtes appropriées et à sanctionner les auteurs de cette barbarie, pour que justice soit faite et pour que la dignité des vies humaines soit respectée », a-t-il plaidé, ajoutant que « l’Union des Comores poursuivra sans relâche, son action diplomatique et juridique afin que justice soit rendue et pour qu’une solution juste soit trouvée à la question de l’Ile comorienne de Mayotte, qui constitue l’une des dernières blessures de la décolonisation en Afrique ».

Le « cas isolé » du 15 juillet, selon la préfecture de Mayotte

kwassa, immigration, Mayotte, justice
Interception d’un kwassa (illustration)

À noter qu’à Mayotte, les autorités ont été étonnées de l’ampleur médiatique qu’a prise cette enquête d’investigation jusqu’à parvenir aux oreilles du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, et de nombreux chefs d’Etat. Selon la préfecture de Mayotte, l’enquête en question s’est « sans aucun doute » fondée sur un épisode tragique enregistré le 15 juillet dernier et qui s’est soldée par la mort de deux personnes sur les 19 occupants du kwassa. « Après nous avoir heurtés, ils ont fait marche arrière jusqu’à une distance de 30 mètres et ils nous ont regardés. L’embarcation s’est déchirée, tout le monde est tombé à l’eau. Et ils sont restés entre dix et quinze secondes sans réagir », a souligné un témoin cité dans cette enquête d’investigation.

Le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, en conférence de presse aux côté du procureur de la République, Guillaume Dupont, a déploré « ce cas isolé » du 15 juillet et a rappelé les principes qui doivent toujours guider l’esprit des agents appelés à intervenir en cas d’interception des kwassa, à savoir le sauvetage de toute personne en situation de détresse. « Une vie est une vie et on ne peut pas accepter que ces vies soient mises en danger de cette façon-là », a-t-il souligné. Mais  François-Xavier Bieuville a pointé du doigt le caractère « agressif » de ces kwassa, précisant que de nombreuses opérations en mer ont permis de sauver des migrants, souvent au péril des agents de la PAF de Mayotte. Reste à savoir où aboutira l’enquête réclamée à l’ONU par le chef de l’Etat comorien.

A.S.Kemba, Moroni

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Le réseau interurbain M’Safara opérationnel ce vendredi

Ce lundi, le Département-Région de Mayotte a annoncé la mise en service du réseau interurbain M’Safara à compter de vendredi prochain.

Tribune A. Cheikh Ali : « Quelle politique énergétique pour les Comores ? – Partie 1 »

Alors qu’une flambée de violences sur fond de nouvelle hausse des prix des carburants aux Comores a fait deux morts à Anjouan, notre chroniqueur Abdourahamane Cheikh Ali écarte l’arbre qui cache la forêt : l’argument de la conjoncture internationale masque la gabegie de l’État comorien qui ne règle pas ses factures d’électricité à la Société Comorienne des Hydrocarbures… comptant alors sur le portefeuille de ses citoyens

Action Logement Mayotte souhaite relancer l’intérêt autour du prêt à taux zéro après Chido

Plus d'un an après le passage du cyclone Chido, Action Logement a signé ce lundi à dans ses locaux à Mamoudzou son 100ème dossier de Prêt à taux zéro destiné aux habitants touchés par les dégâts.

Les opérateurs nautiques durcissent le ton plus d’un après le passage de Chido

Une quinzaine de bateaux ont perturbé ce lundi matin la circulation entre Grande-Terre et Petite-Terre, bloquant temporairement les quais de Mamoudzou et de Dzaoudzi avant une reprise progressive du trafic autour de 10h, à la suite d’une réunion entre les opérateurs nautiques et les autorités.