Le choléra est-il vraiment sous-contrôle ?

19 patients positifs au choléra sont actuellement hospitalisés au CHM, les autorités sanitaires parlent d'un "record de cas".

Mercredi, 19 patients positifs au choléra ont été admis au sein de l’unité choléra du Centre hospitalier de Mayotte. Si les autorités sanitaires n’ont donné que très peu de précisions sur cet afflux, il s’agirait depuis le début de la circulation du choléra sur le territoire, d’un « record de cas ».

Le directeur de l’ARS, Olivier Brahic, a déclaré que « le sujet porte sur Tsoundzou et Doujani ». Malgré nos tentatives, nous ne sommes pas parvenus à joindre les équipes de l’ARS mobilisées sur ces actions. D’après les informations transmises par la direction du CHM, il pourrait s’agir d’un cluster de cas intra familial.

Peut-on parler d’épidémie ?

Mayotte, préfet, ARS, choléra
Olivier Brahic et François-Xavier Bieuville lors d’une conférence de presse sur le choléra le 26 avril 2024

Fin avril 2024, le directeur de l’ARS affirmait que la situation sanitaire ne correspondait pas à un stade épidémique. Le 10 mai dernier, le ministre délégué en charge de la Santé et de la Prévention, Frédéric Velletoux, affirmait que la circulation du choléra à Mayotte était « circonscrite » et « sous contrôle ». Pourtant, depuis le 18 mars, les cas de choléra augmentent chaque semaine à Mayotte et deux personnes en sont décédées. Pour le médecin épidémiologiste, Antoine Flahault, qui s’est exprimé chez nos confrères de l’Express sous le titre « L’épidémie de choléra à Mayotte serait déjà jugulée si le gouvernement le voulait« , on pourrait parler d’épidémie « sous contrôle » si le nombre de nouveaux cas de choléra venait à baisser de façon significative et durable. Or, il n’en est rien sur le 101ème département français.

Des négligences dans la gestion du choléra ?

Défaillance des systèmes d’assainissement, absences de sanitaires, stagnation des eaux, ou encore des inondations, sont autant de facteurs qui favorisent le développement et la circulation du choléra sur un territoire. De fait, la bactérie vibrio cholerae ne circule que dans les pays ou territoires, au sein desquels les habitants ne bénéficieraient pas d’une eau potable.

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En raison de possibles actes de vandalisme, l’ARS s’est engagée à installer des « rampes grillagées avec 4 robinets » dans les zones « sans accès à l’eau avec des usages de rivière pour divers usages (boissons, lessive, vaisselle, hygiène corporelle… ) »

À Mayotte, Santé publique France avait confirmé que la grande majorité des cas de choléra recensés sur le territoire, concernait des personnes qui n’avait pas accès à une eau potable, pour boire, se laver ou faire leurs besoins. En effet, les enquêtes de terrain avaient révélé que les personnes touchées par la bactérie utilisaient l’eau des rivières pour satisfaire leurs besoins primaires. Alors que les cas augmentent sans faiblir, une négligence politique serait-elle en cause dans la gestion sanitaire d’une maladie que l’on croyait révolue sur le territoire français ?

Vaincre le choléra dans un contexte de coupures d’eau et d’eaux embouteillées aux odeurs suspectes ? 

Le 30 janvier dernier, les acteurs de l’eau, réunis en conférence de presse présidée par l’ancien Préfet du département, Thierry Suquet, avaient déclaré que les coupures d’eau pourraient prendre fin en mars 2024. Près de quatre mois plus tard, les coupures d’eau perdurent. Les habitants de Mayotte raccordés au réseau d’eau potable n’ont accès à l’eau uniquement deux jours sur trois, et certains habitants se plaignent régulièrement de coupures en dehors du calendrier de ces « tours d’eau » transmis par la société mahoraise en charge de la distribution de l’eau sur le territoire, la SMAE.

Cristaline, Mayotte,
La mise à disposition des packs d’eau distribués sur le territoire pourrait être exigée pour permettre aux autorités sanitaires de mener des investigations plus poussées, afin de protéger la santé des consommateurs

Par ailleurs, depuis plusieurs semaines, après de nombreux signalements, l’ARS Mayotte a transmis plusieurs alertes sur des lots de bouteilles d’eau Cristaline défectueux. Plusieurs bouteilles « Elena » sorties de l’usine Cristaline, distribuées dans les grandes surfaces ou vendues à des restaurateurs, contenaient une forte odeur d’hydrocarbure. D’autres habitants nous ont fait remonter des odeurs de « poussière » sur d’autres lots du groupe. Bien que les événements soient nombreux, ces incidents n’aboutissent pas toujours à des signalements. À chaque alerte, alors que l’autorité sanitaire demande à la population de ne pas consommer les bouteilles appartenant au lot incriminé, la préfecture ne s’est pas exprimée sur le sujet. D’après nos sources, les premières analyses menées sur ces eaux embouteillées se sont révélées négatives à la présence d’hydrocarbure et le groupe des sources Alma aurait déclaré que la qualité des eaux en sortie d’usine était garantie : « Aucune anomalie n’a été détectée sur les autres eaux Cristaline aujourd’hui distribuées ou vendues à Mayotte » et « l’ensemble des contrôles réalisés sur les bouteilles produites à la source Elena sont conformes à la réglementation en vigueur ».

Pourtant, à leur arrivée à Mayotte, ces bouteilles ont des odeurs et des goûts désagréables. Que se passe-t-il entre la sortie d’usine et l’acheminement de ces bouteilles ? Dans les conteneurs de stockage à Longoni, ces bouteilles seraient-elles au contact de bidons d’essence ? Si le sujet n’a fait couler que très peu d’encre, des investigations sur l’origine de ces lots devraient être exigées, compte tenu de la gravité du sujet. Comment l’Etat pourrait-il être crédible dans sa gestion de l’eau et de l’épidémie de choléra à Mayotte, si l’accès à l’eau continuerait de ne pas être garanti sur le territoire et que des eaux embouteillées aux odeurs d’hydrocarbure étaient distribuées dans un silence abyssal ?

Mathilde Hangard

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