Pour n’importe quel travailleur mahorais en poste en dehors de l’agglomération chef-lieu, honorer une simple visite médicale d’aptitude ressemblait jusqu’ici à un véritable parcours du combattant. Entre embouteillages interminables sur la route nationale et blocages récurrents, le moindre rendez-vous imposait de sacrifier une demi-journée. C’est précisément pour briser ce goulet d’étranglement que la MEDETRAM (Service de prévention et de santé au travail interentreprises de Mayotte) – chargé du suivi médical de plus de 18 000 salariés et 1 100 entreprises adhérentes de l’île – s’implante dans le Centre-Ouest. Situé au 35 rue Foundi Adinani, dans le village de Méla à Tsingoni, le tout nouveau centre a accueilli ses premiers usagers en début de semaine avant son inauguration officielle prévue ce vendredi matin.
Rapprocher les médecins
« Ouvrir un centre à Tsingoni, c’est répondre à une réalité simple : la santé au travail doit être accessible là où les salariés travaillent », souligne Charles-Henri Mandallaz, président du conseil d’administration paritaire de la structure. Au-delà du confort évident apporté aux usagers et aux employeurs, cette démarche répond à une obligation légale stricte : la sectorisation géographique des équipes pluridisciplinaires. Jusqu’alors centralisé au centre Maharajah dans la zone industrielle de Kawéni, le service peinait à répondre aux besoins d’un territoire aux axes saturés.
Désormais, la répartition est claire : Kawéni conserve le suivi des établissements du cœur urbain (Mamoudzou, Cavani, M’tsapéré, Doujani, Kawéni, Hauts-Vallons et Majicavo Lamir). Tsingoni récupère l’ensemble des entreprises établies de Passamainty, Vahibé, Koungou et Dembéni jusqu’aux communes du Nord, du Centre-Ouest et du Sud. Sur place, les salariés retrouvent un plateau complet : médecin du travail, infirmier en santé au travail, intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP), psychologue-ergonome, assistante de service social et agents administratifs. « Avec Tsingoni, nos équipes gagnent du temps de terrain et les salariés gagnent du temps de vie », résume Nassem Zidini, le directeur du Service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI).
Une montée en puissance

Cette inauguration concrétise un vaste plan de modernisation initié en 2022. En quatre ans, la Medetram a doublé ses effectifs, passant de 11 à 22 collaborateurs, tout en assainissant sa gestion et en renouvelant ses instances paritaires (5 représentants des employeurs et 5 représentants des salariés). Après la validation de son projet de service par la DEETS en 2024, l’organisme a décroché en janvier 2026 la certification qualité Afnor SPEC 2217 de niveau 1.
Outre le suivi individuel d’embauche et de reprise, le centre déploie son offre socle intégrant des actions de prévention en entreprise : gestion du Document unique (DUERP), aménagement ergonomique pour prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS), lutte contre les addictions ou sensibilisation aux risques psychosociaux.
L’étape de Tsingoni préfigure d’autres chantiers d’envergure, dont l’arrivée annoncée d’un troisième médecin du travail au premier semestre 2027 et le lancement d’une vaste enquête financée par le FSE+ pour établir une radiographie précise de la santé des travailleurs mahorais. En sortant de la nasse de Mamoudzou, la médecine du travail fait le pari d’un maillage plus opérationnel.


