À Mayotte, les besoins sont nombreux et les projets aussi. Logements, écoles, équipements de santé, routes ou encore mobilité : le territoire doit faire face à de nombreux chantiers. Dans ce contexte, les participants aux Assises de la sécurité et de la citoyenneté ont cherché à répondre à une question concrète : comment choisir les projets à mener en priorité tout en prenant en compte la sécurité et le mieux-vivre ensemble ?
Partir du terrain
Pour Ibrahima-Maty Kane, directeur de l’opération d’intérêt national à l’EPRD Mayotte, l’un des enjeux est de ne pas penser les projets uniquement sous l’angle technique. « On est des techniciens, on sait faire, mais le plus important c’est aussi de se soucier de pour qui on fait ces projets-là », explique-t-il.
La concertation avec les habitants prend alors une place importante. Une balade organisée dans les Hauts de Cavani a notamment permis aux acteurs présents d’observer directement certaines difficultés du quartier, notamment l’accès des secours qui peuvent prendre plus de deux heures pour accéder à ces quartiers informels et les problèmes liés aux eaux qui descendent des hauteurs lorsqu’il pleut. « Tout es relié, ce qui se passe dans les hauts, va se déverser tôt ou tard vers le bas donc dans les quartiers de Cavani et le stade », rappelle le directeur.

D’après Ibrahima-Maty Kane, aller sur le terrain permet aussi de trouver les relais locaux capables d’expliquer les projets aux riverains, condition indispensable pour créer de l’adhésion et de l’appropriation chez la population. « On doit construire avec les mahorais pour les mahorais », ajoute-t-il.
Autre piste évoquée : la création d’un référentiel pour mieux prendre en compte les réalités locales. « Beaucoup d’acteurs qui sont peut-être en dehors du territoire, quand ils viennent sont un peu perdus, il faudrait qu’on travaille sur un référentiel, quelque chose qui permet de traduire les réalités locales sur le terrain », souligne Ibrahima-Maty Kane. L’objectif serait donc de disposer d’un outil commun, applicable et opérationnel, pour faciliter le travail des porteurs de projets.
Passer des échanges aux actions
La méthode choisie pour l’atelier se veut participative. Tous travaillent d’abord par petits groupes avant de mettre leurs idées en commun. Plusieurs propositions sont sélectionnées par un vote, avant un nouveau travail consacré à leur mise en œuvre. En déterminant concrètement ce qu’il faut faire, qui doit porter l’action et quels acteurs doivent être réunis.
Parmi les réflexions phares, la question du rôle des entreprises locales comme extérieures s’est invitée au cœur des débats. Comme l’a rappelé Valérie Dejour, animatrice de l’atelier, l’idée est d’utiliser la commande publique pour faire pression sur les sociétés retenues sur les chantiers. Sur le modèle de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), des critères pourraient devenir obligatoires : obligation d’employer des jeunes locaux, contribution à la tranquillité publique ou encore implication dans le tissu social du quartier.

La mobilité, l’insécurité et les embouteillages font également partie des problématiques les plus évoquées dans cette réflexion sur l’aménagement du territoire. Là encore, l’enjeu est de dépasser le simple constat pour identifier des réponses concrètes mais aussi de réelles solutions à mettre en place.
Face au nombre de chantiers à mener, Ibrahima-Maty Kane insiste sur la nécessité de « rester pragmatique ». « Il faut qu’on arrive à regarder quels sont les projets qui vont changer tout de suite la vie des Mahorais et Mahoraises. Sans forcément mettre de côté la vision sur le long terme car c’est toujours mieux d’en avoir une », explique-t-il.
Comme pour chaque temps partage d’idées de cette deuxième édition des assises, les propositions retenues lors de cet atelier seront présentées pendant la restitution prévue jeudi prochain. Elles pourront ensuite servir de base à une nouvelle feuille de route, avec pour objectif de transformer les échanges menés pendant les Assises en actions concrètes pour les années à venir.
Shanyce MATHIAS ALI.


