À 6h30, ce lundi 21 septembre, 32 élèves venus de Longoni se sont présentés au lycée de la Cité du Nord, à Mtsangadoua. Les gendarmes les ont protégés et leur ont permis d’entrer dans l’établissement. Mais aucun cours n’a finalement été dispensé. Les élèves sont ainsi restés jusqu’à midi, surveillés par 13 personnels de vie scolaire, avant que les bus ne viennent les chercher pour les reconduire chez eux. La plupart des autres élèves ne s’étaient pas déplacés, leurs parents ayant été prévenus qu’il n’y aurait pas cours.
Un élève venu à pied depuis Acoua et un autre ont néanmoins fait le déplacement. Sur place, ils ont résumé leur incompréhension : « On ne comprend rien, on nous dit que les cours reprennent, et quand on arrive, pas cours ».
Devant l’entrée, une douzaine de parents et d’enseignants étaient présents. La journée « sans cours » avait pourtant été annoncée par les organisations opposées à la reprise. Dans un communiqué daté du samedi 19 septembre, l’intersyndicale CGT Educ’action, SUD Education et SNES-FSU, avec le groupe La Voix des sans-voix et le « Collectif des parents responsables pour la dignité » mentionnaient clairement que « non, les cours ne reprennent pas lundi ! ».
Les parents se divisent sur la suite du mouvement

Mathilde Hangard / JDM
Le conflit a désormais fait émerger deux positions chez les représentants de parents d’élèves. La Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) et l’Association Conseil Des Parents d’Élèves de Mayotte appellent à reprendre les cours tout en poursuivant les négociations avec le rectorat. Elles estiment que certaines avancées doivent être reconnues, notamment la location pour 18 mois de quatre salles supplémentaires et le projet de créer 11 salles supplémentaires pour la rentrée 2027.
Dans un communiqué, les deux organisations écrivent que « la situation ne peut plus rester figée dans un face-à-face entre les personnels mobilisés et l’administration ». La FCPE estime que « les premières victimes de cette crise sont nos enfants » et demande un protocole de sortie de crise avec des engagements précis et un calendrier de mise en oeuvre. Une position contestée par Sud Education, le SNES-FSU, la CGT Educ’action et La Voix des sans-voix, qui reprochent à ces organisations d’avoir pris position sans concertation. Elles souhaitent maintenir la mobilisation, jugeant les propositions de la rectrice « insuffisantes au regard des besoins ».
Deux visites de la rectrice, sans sortie de crise

À deux reprises, les 8 et 15 septembre 2026, la rectrice de l’académie, Valérie Debuchy, s’est rendue au lycée, pour tenter de faire avancer les discussions. Mais ces rencontres n’ont pas permis de débloquer le conflit.
En effet, lors de cette seconde visite, près de 80 personnes étaient réunies en plénière. La rencontre s’était pourtant déroulée dans le calme, mais des parents d’élèves et personnels mobilisés expliquaient à l’issue à la presse, avoir constaté que la rectrice maintenait sa position, notamment sur les effectifs des secondes générales. Ainsi, après cet échec des négociations, les parents mobilisés ont décidé de s’adresser directement au gouvernement.
Quatre à cinq classes de plus, le point de blocage avec la rectrice

Dans un courrier daté du 17 septembre et adressé au ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, les parents expliquent notamment ne plus avoir « d’autre recours ». Ils décrivent un lycée construit à l’origine pour environ 900 élèves et qui en accueille aujourd’hui, selon eux, plus de 2 300. Leur courrier évoque également l’état de certains locaux, l’absence de restauration, les problèmes de sécurité et le manque de moyens humains et matériels. Ils demandent au ministère un plan d’urgence assorti d’engagements écrits, chiffrés et datés.
Au coeur du conflit, les effectifs en seconde générale. Les parents et personnels mobilisés réclament quatre à cinq classes supplémentaires pour ramener les classes à 25 élèves. Le rectorat souhaite, de son côté, maintenir des effectifs pouvant atteindre 30 élèves, avec des heures supplémentaires pour dédoubler certains groupes et des salles supplémentaires pour organiser les cours.
Sur les capacités d’accueil, les parents indiquent que quatre préfabriqués leur auraient été accordés sur les cinq demandés. Pour la rentrée 2027, entre sept et onze salles modulaires seraient envisagées, sans garantie sur leur nombre définitif. La mise aux normes de certaines salles serait annoncée « d’ici la fin de l’année », sans calendrier précis. Les parents regrettent également l’absence de réponse concernant la construction d’une cantine.
Le désaccord sur les effectifs a par ailleurs donné lieu à un recours gracieux adressé à la rectrice, afin qu’elle revienne sur sa décision concernant les secondes générales. Elle dispose de deux mois pour répondre. En cas de rejet, ou en l’absence de réponse à l’issue de ce délai, les auteurs du recours pourront alors saisir le tribunal administratif.
Pour l’heure, le blocage persiste. Les élèves restent privés de cours et les revendications des parents sont désormais sur la table du ministre de l’Éducation nationale.
Mathilde Hangard


