Quatre enseignants jugés après une pétition accusant une inspectrice de harcèlement

Dans cette affaire, chacun a sa propre lecture des faits, pour Farah B., inspectrice de l’Éducation nationale, la pétition publiée en ligne en janvier 2026 a été une attaque personnelle, avec des accusations graves et surtout fausses. Pour les quatre prévenus, elle raconte au contraire une réalité qu’ils disent avoir vécue dans leur travail et qu’ils ont voulu partager face au silence des supérieurs.

Publiée sur internet, elle accuse l’inspectrice de « harcèlement moral » et de menaces, affirme que la situation s’est aggravée depuis sa prise de fonctions d’encadrement et demande des sanctions. Selon les prévenus, certains de leurs collègues auraient même quitté le territoire à cause de cette situation.

Pour l’avocate de la partie civile, Fatima Ousseni, ce document n’a rien d’un simple message publié sur les réseaux sociaux. « Pour créer une pétition, il faut une signature, donc c’est une démarche réfléchie. Ce n’est pas comme sur les réseaux sociaux où c’est direct : un post, un clic », insiste-t-elle à l’audience. Selon elle, les enseignants ont pris le temps de préparer leur texte, et de créer une adresse électronique « Quand on écrit une pétition, on est plus posé, plus réfléchi, on est déterminé », ajoute-t-elle.

La pétition a par la suite été supprimée par le site qui l’hébergeait après une démarche de la victime. Mais même si son nom n’apparaissait pas directement, sa défense estime qu’il était facile de savoir qu’elle en était la cible. Car à Mayotte, Farah B. était, selon son avocate, la seule personne à exercer cette fonction au sein du rectorat.

« On peut s’exprimer, mais sans diffamer ! »

Fatima Ousseni, est l’avocate de la partie civile.

À l’audience, l’avocate de la partie civile rappelle d’abord le rôle de Farah B. : contrôler le travail des enseignants et les accompagner dans leur pratique. Une fonction qui peut créer des désaccords, mais qui, selon elle, ne justifie pas les accusations lancées sur internet. « On peut s’exprimer, mais sans diffamer ! », a rappelé Fatima Ousseni.

Ils avaient chacun des différends avec la fonctionnaire. Certains évoquent des remarques vécues comme rabaissantes, des pressions ou encore des décisions administratives qu’ils ont mal vécues, notamment un avis favorable qui a mené au non-renouvellement d’un contrat. L’un d’eux raconte aussi avoir ressenti une pression psychologique lors d’une inspection et avoir ensuite alerté la rectrice.

Aux yeux de Fatima Ousseni, ces différends ne suffisent pas à justifier de telles accusations. Car contester une décision ou une inspection est une chose, mais accuser publiquement une personne de harcèlement moral en est une autre. « Ils attaquent parce qu’ils se sentent attaqués », résume-t-elle.

Une attaque qui aurait profondément touché Farah B., qui a notamment eu recours au dispositif Stop Violence. Face à ce préjudice, la partie civile réclame 15 000 euros de dommages et intérêts.

« Ce n’est pas tombé du ciel »

En face, l’avocat des quatre enseignants demande leur relaxe, et invite le tribunal à ne pas regarder cette pétition comme un événement isolé. Des manifestations, des écoles bloquées par des parents d’élèves dont certains d’entre eux réclament le départ de la rectrice : il décrit une administration qui, en ce moment bat de l’aile.

lls sont quatre devant le tribunal, mais derrière eux, selon la défense, il existe un conflit plus large qui concernerait une trentaine de personnes. « Ce n’est pas tombé du ciel, il y a sûrement quelque chose », a-t-il soutenu à la barre.

À la barre les prévenus partagent le même sentiment envers  Farah B.

Devant le tribunal, les prévenus assument leur participation à la démarche. Certains disent ne pas avoir écrit la pétition, mais l’avoir signée ou partagée parce qu’ils se reconnaissaient dans les faits dénoncés, ou tout simplement car ils partageaient la douleur de leurs collègues.

L’un d’eux est notamment revenu sur une inspection au cours de laquelle l’inspectrice lui aurait dit : « Si vous faites ça, dans trois ans je vous vire ». Il affirme avoir ensuite alerté la rectrice, sans obtenir de réponse à ce jour.

Le tribunal devra maintenant trancher sur la question : les enseignants ont-ils simplement fait usage de leur liberté d’expression pour dénoncer ce qu’ils vivaient dans leur quotidien professionnel, ou sont-ils allés trop loin en accusant publiquement la fonctionnaire de harcèlement moral et de menaces ?

Il faudra attendre une semaine pour connaître la décision, celle-ci  sera rendue en délibéré le mardi 20 octobre prochain au tribunal de Mamoudzou.

Shanyce MATHIAS ALI.

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