16La grève des brancardiers et ambulanciers du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) a connu un premier tournant mardi 15 septembre, après plusieurs heures de discussions entre la direction générale et les représentants de la CFTC. Entre la reconnaissance d’heures considérées comme supplémentaires, des renforts d’effectifs à venir et une réorganisation des interventions des équipes de la Structure mobile d’urgence et de réanimation, certains brancardiers saluent des avancées, d’autres veulent rester prudents. Devant les urgences de l’hôpital de Mamoudzou, les agents doivent désormais décider s’ils poursuivent ou non le mouvement.
Des heures supplémentaires reconnues mais des centaines d’heures à récupérer

La question des heures supplémentaires constituait l’un des principaux motifs de la mobilisation. Depuis lundi 14 septembre matin, plus d’une vingtaine de brancardiers et ambulanciers internes dénoncent l’accumulation d’heures effectuées dans un contexte de sous-effectif, ainsi que des modalités de rémunération qu’ils jugent insuffisantes.
Après la réunion de mardi matin, le syndicat CFTC estime avoir obtenu une première avancée. La direction aurait accepté de distinguer les heures supplémentaires des heures additionnelles selon les services dans lesquels elles sont effectuées. « Ce n’est pas mi-figue mi-raisin car il y a eu une petite avancée », résume Zakouoini Hamada, brancardier au CHM et président de la CFTC, venu restituer les résultats de la réunion à ses collègues devant les urgences.
Selon lui, les heures effectuées dans plusieurs services considérés comme particulièrement en tension, comme la réanimation néonatale, la réanimation adulte, la salle de réveil ou encore la maternité, seront reconnues comme des heures supplémentaires et donc rémunérées comme telles. Pour les autres services, les heures resteront considérées comme des heures additionnelles, devant être récupérées.
Une distinction qui ne règle pas, à elle seule, le problème du sous-effectif que connaît le service des transports sanitaires. Certains brancardiers auraient accumulé plus de 400 heures additionnelles. Or, pour les récupérer, encore faut-il pouvoir s’absenter du service. La direction des ressources humaines se serait ainsi engagée à apporter des renforts et à prévoir des remplacements afin de réduire le recours aux heures supplémentaires et permettre aux agents de récupérer celles déjà accumulées.
Les transports sanitaires reconnus comme un « service en tension »
Parmi les autres avancées obtenues à l’issue de la réunion avec la direction, le service des transports sanitaires, qui regroupe les brancardiers et les ambulanciers, doit être reconnu comme un « service en tension ». Cette mesure doit permettre de mieux encadrer les heures supplémentaires effectuées par les agents et d’assurer leur rémunération avec les majorations correspondantes.
Le cas des heures effectuées pendant la crise des barrages en janvier et février 2024 et lors du passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, reste également sur la table. Des agents affirment ne pas avoir été intégralement payés malgré deux versements intervenus en janvier puis en juillet 2026. Pour ces situations, les personnels concernés sont invités à se rapprocher individuellement de la direction des ressources humaines afin que leur dossier puisse être examiné. « Si tout cela aboutit bien, c’est positif », estime Zakouoini Hamada.
Les ambulanciers ne devraient plus intervenir seuls sur les situations graves à partir de 2027

La négociation a également permis d’avancer sur l’un des autres points sensibles de la grève. Les ambulanciers dénonçaient notamment le fait d’être sollicités sur certaines interventions relevant du SMUR, alors que ces missions peuvent concerner des situations médicales particulièrement graves.
Pour les grévistes, cette organisation s’explique notamment par le manque de moyens et d’effectifs au sein des équipes du SMUR. Ils souhaitent que les missions relevant de ce service soient davantage prises en charge par des professionnels qui y sont spécifiquement affectés. Sur ce point, un changement est annoncé à compter du 1er janvier 2027. Les ambulanciers ne devront plus intervenir seuls sur des situations graves. Ils devront systématiquement être accompagnés d’un médecin ou d’un infirmier SMUR.
La direction prévoit également de renforcer l’équipe du SMUR afin de permettre à ses professionnels de prendre davantage en charge ces interventions. « Nous voulions que ces missions soient surtout réalisées par des gens du SMUR », explique Zakouoini Hamada. « On va abonder l’équipe du SMUR, on a des gens chez nous qui ont des compétences, pour renforcer l’équipe du SMUR, pour que le SMUR fasse du SMUR et les transports sanitaires du transport sanitaire ». Pour le président de la CFTC, cette évolution constitue l’une des principales satisfactions de la journée. « Je ne pouvais pas espérer mieux sur cela », estime-t-il.
La question des retours à domicile demeure en revanche beaucoup plus incertaine. Les agents contestent être sollicités pour ramener certains patients chez eux lorsque ces transports ne relèvent pas, selon eux, de leurs missions prioritaires. Une exception avait été envisagée pour les patients en fin de vie, afin de leur permettre de rentrer auprès de leurs proches. Pour les autres situations, les brancardiers et ambulanciers souhaitent que ces transports ne leur soient plus confiés.
« En dehors de la fin de vie, on ne fait plus de retours à domicile », affirme Zakouoini Hamada. « Si le médecin a estimé que la personne va mourir, nous, on peut faire un retour à domicile pour que la personne puisse rentrer auprès des siens, mais sur les autres motifs, non, on n’est pas des taxis ». Sur ce sujet, aucune décision définitive n’a encore été arrêtée. Le dossier doit être renvoyé devant les instances de l’hôpital et la direction devra l’inscrire à l’ordre du jour avant qu’une décision puisse être actée.
À la morgue, les brancardiers veulent limiter leur intervention au transport des corps

Les missions confiées aux brancardiers à la morgue constituaient également l’un des points de tension soulevés depuis le début du mouvement. Les agents contestent certaines tâches qui leur sont demandées dans ce service et estiment notamment ne pas être formés pour intervenir auprès des familles des personnes décédées ou effectuer certaines opérations qui dépasseraient le cadre de leur fonction.
Sur ce point, les négociations n’ont pas permis d’obtenir la suppression de la prise en charge des corps par les brancardiers. « J’ai essayé de nous dispenser d’aller chercher les corps mais je n’ai pas réussi », reconnaît Zakouoini Hamada. Les agents souhaitent néanmoins qu’une distinction soit clairement établie entre le transport d’un corps et les autres tâches qui peuvent leur être demandées. « Si on nous demande de prendre un corps et de l’emmener, d’accord, mais pas plus », explique le syndicaliste. « Pas d’aller parler aux familles, de faire des soins ou quoi ».
Après la réunion, Zakouoini Hamada estime globalement que les représentants syndicaux ont obtenu des réponses importantes à plusieurs de leurs revendications. « On pouvait difficilement avoir mieux », juge-t-il.
Mais devant les urgences du CHM, tous les agents ne semblent pas encore prêts à mettre fin au mouvement. Une brancardière se montre notamment plus réservée et souhaite encore réfléchir à la suite à donner à la mobilisation. « On aimerait bien continuer la grève pour avoir des mesures concrètes, on va réfléchir, car là on dirait que rien ne va changer », confie-t-elle. Reste à savoir si la grève se poursuivra ou non.
Mathilde Hangard


